• Le Relais des Insectes Voyageurs


    Le RIV ou Relais des Insectes Voyageurs fut créé pendant le règne de Shaïli Angama, période souvent considérée comme l’âge d’or de l’Ordre Ophrys.
    Cela faisait une vingtaine d’années que la Valoki était un pays à part entière, ses frontières s’étendaient alors jusqu’au Calsynn. À cette époque, l’immense nation tropicale englobait aussi les territoires qui réclameraient bien plus tard leur indépendance sous le nom de Nemosia.

    Les Sœurs Ophrys tenaient à ce que leur société se détache au maximum de la technologie industrielle. Mais sans les engins volants fabriqués dans les usines des Thars, certaines distances à parcourir pouvaient rendre les voyages extrêmement longs.
    L’usage des ballons dirigeables se généralisa rapidement pour effectuer de longs trajets. Cependant, ils s’avéraient assez lents et il n’était pas toujours pratique de devoir se limiter aux horaires ou aux destinations des transports en commun.

     

    Seules les moniales étaient capables d’utiliser le Seid pour chevaucher des insectes sociaux. Mais les aporims et les vespères, indispensables à leurs colonies, ne pouvaient effectuer de très longs parcours. Même les Sœurs avaient besoin de trouver d’autres moyens de voyager.
    L’idée du Relais des Insectes Voyageurs fut développée par une famille d’éleveurs valokins de la province du Jailong. Cette famille fut pionnière dans le dressage de montures ailées, les premiers élevages s’étant jusqu’alors limités aux usages agricoles.

    Les escarabes avaient été les premiers insectes géants domestiqués, d’abord pour leur chair et leurs œufs. Leur docilité permettait également de les utiliser pour les labours et comme animaux de bât. Mais s’ils se montraient très endurants et capables de transporter de lourdes charges, leur lenteur ne favorisait pas les voyages au long cours.
    Les autres animaux d’élevage tels que les copoces, triules, plismes… ne pouvaient servir de montures pour des raisons morphologiques ou comportementales.

    Après des tentatives infructueuses sur diverses espèces, les dresseurs de montures commencèrent à obtenir des résultats intéressants avec des locustrelles et des locristes.


    Ces deux familles proches d’insectes herbivores possèdent des ailes et des pattes arrière très longues et musclées, leur permettant d’effectuer de grands sauts.
    Les locustrelles se servent de leurs ailes pour prolonger leurs bonds en planant dans les airs, tandis que les locristes sont réellement capables de voler. Il en existe des dizaines d’espèces réparties sur tout l’hémisphère nord.
    Leur usage se généralisa rapidement, même jusqu’au Tharseim pendant la belle saison. Durant quelques années, ce furent les seuls types de montures ailées utilisées par le RIV. Puis l’on parvint même à dresser les membres d’une autre grande famille d’insectes, carnivores ceux-là : les odolules.

     

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    Au fil du temps, les odolules devinrent les montures volantes privilégiées du Relais des Insectes Voyageurs.
    En dépit de leur rôle naturel de prédateurs, elles n’attaquent jamais les humains. Elles volent bien plus rapidement que les locristes et vivent aussi plus longtemps à leur stade d’imago (l’âge adulte).
    En revanche, leur élevage représente de plus grandes difficultés en raison de leur premiers stades de développement.
    En tant que larves, les odolules sont d’abord des animaux aquatiques.
    Les élevages doivent donc se situer près de rivières, d’étangs ou de lacs. Il faut patienter de longs mois pour qu’elles atteignent leur dernier stade de développement. Et là seulement peut commencer leur dressage en tant que montures aériennes. Il reste avantageux pour les éleveurs de suivre leur évolution dès la sortie de l’œuf, afin qu’elles soient déjà habituées à la présence humaine au moment de leur premier envol.


    La plupart des points d’accueil du RIV sont des fermes-auberges basées sur le même fonctionnement.
    D’une part, un élevage où sont dressées et soignées les montures. De grands enclos en dôme sont utilisés pour parquer les animaux disponibles, en général entourés de bâtiments abritant sellerie, infirmerie et réserves de nourriture, sur le modèle du caravansérail terrestre.
    D’autre part, une auberge pour accueillir les voyageurs qui louent les insectes. Elle propose le gîte et le couvert pour des tarifs très variables selon les endroits, pouvant aller du simple au double.
    Les infrastructures et la main d’œuvre nécessaires au bon fonctionnement de ces établissements imposent une gestion en équipe, bien souvent familiale.

     

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    Toutes les montures du RIV sont louées à la journée. Elles sont dressées pour rentrer toutes seules dans leur élevage d’origine, dès qu’elles sont relâchées après une bonne nuit de repos. Il est donc primordial pour les voyageurs de savoir se diriger vers leur prochaine halte du jour qui est toujours définie à l’avance. Tous les relais successifs sont distants maximum d’une journée à vol d’odolule.
    Il est formellement interdit de déroger à ces règles.
    Des pauses régulières sont effectuées, en moyenne toutes les deux heures. En général, les propriétaires fournissent des rations de nourriture séchée qu’ils accrochent à la selle de la monture pour qu’elle reprenne des forces lors de ces pauses.

    Les odolules portent une muselière en vol pour leur éviter de se mettre en chasse d’autres insectes.
    Elles ont très peu de prédateurs et sont éduquées à voler en altitude lors de leur voyage retour. Les accidents sont rarissimes. Si par malheur l’animal ne rentre pas ou qu’il est blessé en arrivant dans sa ferme, le locataire de la monture risque de devoir rembourser le dresseur à la hauteur du préjudice subi. Peut s’y ajouter une peine de prison en cas de maltraitance avérée, selon le pays.

    Pendant plusieurs siècles, le Relais de Insectes Voyageurs resta le moyen de transport individuel privilégié sur l’ensemble des Ceintures Tropicale et Désertique.
    C’est seulement dans le Tharseim que les insectes volants ne purent jamais prendre autant d’importance que les véhicules technologiques. D’une part en raison de la longue saison hivernale pendant laquelle les arthropodes hibernent ou meurent… mais aussi en conséquence des décisions économiques et politiques des dirigeants qui se sont succédé à la tête de la grande nation nordique.


    Dans le Calsynn, l’avènement de certains clans de pillards a compliqué les choses quelques années avant que débutent les aventures de Naëlis Dirmel et Elorine Sequoia racontées dans les romans. Les voyageurs isolés et les caravanes peuvent être ciblés par des attaques de ces pillards dont certains pratiquent l’esclavage.
    La traversée du Calsynn n’a jamais été facile en raison des dangers représentés par les animaux carnivores, l’aridité du désert et la fréquence des tempêtes de sable. Elle est récemment devenue encore plus périlleuse. Le Relais des Insectes Voyageurs a fini par disparaître complètement de la Ceinture Désertique.

    Après que la Nemosia ait pris son indépendance vis-à-vis de la Valoki, les relations sont tout de même restées cordiales entre les deux nations. Les insectes du RIV et leurs passagers ont longtemps pu circuler librement dans toute la Ceinture Tropicale.
    Mais depuis quelques décennies, les Nemosians se sont nettement rapprochés des Thars. Ils ont favorisé la production industrielle dans tous les secteurs de leur économie. Les aérodocks se sont développés dans la plupart des agglomérations, au détriment du RIV dont les établissements tendent à se reconvertir.


    Même la paisible Vallée des Mousses, dont les habitants ont vécu sans technologie moderne pendant si longtemps, ne compte plus qu’un seul relais dans le village de Rizom. De moins en moins fréquenté par des voyageurs à dos d’insecte, il risque là aussi d’être remplacé un jour par une piste d’atterrissage pour les vaisseaux modernes.

     

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    En ce début de 7ème siècle, il n’y a plus qu’en Valoki que le Relais des Insectes Voyageurs n’est pas menacé de disparition, à plus ou moins long terme. Il y est toujours autant utilisé depuis l’époque de sa création.
    Du moins, c’est ainsi que se présente la situation au début des romans… Beaucoup de choses sont amenées à changer au fil de la trilogie en cours.

    C’est un monde en changement.
    Aussi, toutes les situations présentées sur ce blog sont antérieures au début du premier livre. C’est l’occasion de rappeler que les lecteurs et lectrices peuvent parcourir l’ensemble des textes mis en ligne ici, sans y trouver de révélations sur les intrigues des romans.

    D’ailleurs le deuxième tome de la trilogie avance bien, je pense toujours le publier avant la fin de cette année.
    Et d’ici là, il y aura sûrement d’autres articles à lire sur le blog…

    Je vous souhaite un très bel été.




  • Les peuples du désert


    Je ne sais pas si quelqu’un lira ce modeste carnet de voyage un jour…
    Dans cette éventualité, peut-être souhaiterez vous savoir que je m’appelle Fileas Meyo.
    Je suis né dans le Tharseim où je suis resté jusqu’à mes 27 ans. À vrai dire, fils d’immigrés, je ne m’y suis jamais senti chez moi. Après une série de mésaventures, tant professionnelles que personnelles, j’ai décidé de tenter une autre vie ailleurs… et retrouver mes racines. Celles de mes parents.

    Je me suis d’abord mis à suivre les traces de mon père, Bakir Meyo, dans le Calsynn où il est né. J’ai suivi le même chemin qu’il avait parcouru il y a de nombreuses années alors qu’il n’avait que 15 ans… mais dans l’autre sens. Et voilà qu’à l’instar de mon père, je me mets à écrire moi aussi. Dans nos rares échanges par lettres depuis que je suis parti (certaines caravanes acheminent heureusement du courrier), ma mère m’a d’ailleurs confié qu’elle trouve que nos styles se ressemblent un peu.

    Comme lui, je suis passé par Ombrouge où j’ai traversé la frontière, avant de trouver une caravane pour longer le désert par la voie terrestre et m’amener au bord de l’océan Armaz.

    Entre le désert et la mer


    Deux semaines de marche furent nécessaires pour arriver sur le territoire du clan Meyo.
    Dépaysement total pour moi, et je dois dire assez brutal. Même si je m’étais préparé à ce que j’allais trouver dans le Calsynn, l’imaginer et le vivre sont des choses bien différentes.
    Le changement de climat était déjà déconcertant. L’aridité, la poussière, la chaleur… Et puis les moyens rudimentaires auxquels sont habitués les Calsy pour subsister, comme pour affronter les insectes prédateurs encore si nombreux dans ces contrées désertiques.
    Ces gens sont tout aussi déroutants que leur pays quand on arrive du Nord.
    Je ne me suis pas senti très à mon aise auprès des caravaniers qui effectuaient la navette régulière depuis la citadelle frontalière. Mais ils m’ont quand même mené à bon port.

    Je me souviendrai toujours de mon arrivée dans le village où mon père passa son enfance.
    Les dunes de sable plongent alors subitement dans l’étendue d’eau bleue qui semble s’étendre jusqu’à l’infini. Comme deux mers qui se rencontrent.

    Parmi les autres peuples du Calsynn, les Meyo sont souvent considérés avec une crainte superstitieuse. Comme les gardiens d’un autre monde.
    Les autres habitants du désert ont peur de l’océan qui leur est inconnu.

    entre mer et désert


    Le clan Meyo forme de modestes tribus de pêcheurs. Leur réputation est bonne auprès des autres Calsy, mon patronyme m’a valu un certain respect la plupart des fois où je l’ai mentionné dans le reste du pays.
    Pacifiques et honnêtes gens aux dures journées de labeur, ils font partie des plus civilisés. Ceux que l’on peut considérer comme des « producteurs ».
    Leur accueil fut d’abord des plus chaleureux. Ils m’ont considéré comme un membre de la famille.

    Chaque clan du Calsynn est constitué de plusieurs tribus, certaines regroupées dans un secteur alors que d’autres sont dispersées dans tout le pays. Une partie des clans sont sédentaires, d’autres semi-nomades ou entièrement nomades.
    Le village où est né mon père est bâti dans une crique à l’abri des vents dominants qui balaient les côtes de l’océan. Ce qui ne l’empêche pas d’être frappé par de violentes tempêtes, de temps à autre.

    Ils vivent dans une telle simplicité… je dirais même une certaine misère. Pour moi qui n’avais connu que les mégapoles nordiques, ce fut un choc.
    C’est pourtant cette authenticité que je suis venu chercher ici. Vivre avec le maximum d’autonomie dans la nature, sans être complètement dépendant de la technologie moderne.
    Mais je ne réalisais pas à quel point mon monde était éloigné de celui des peuples du Calsynn.
    Bien que pacifique, le clan de mon père n’est pas très différent des tribus de guerriers qui peuplent le désert. Ce ne sont pas des tendres.

    Chaque jour, ils affrontent l’océan sur de frêles embarcations, pêchant ou chassant en plongée sous-marine des animaux souvent plus gros qu’eux. Les crabes géants tapis entre les rochers, les poissons carnassiers protégés par d’épaisses carapaces, les méduses au venin mortel… Tellement de dangers, de risques pour trouver de quoi subsister et troquer avec les caravanes. Les accidents sont fréquents.
    Malgré la rudesse de ses mœurs, ce clan a gagné mon admiration.


    Mais j’ai dû m’en aller…


    Les premiers temps furent difficiles avant que je commence à m’adapter à leur mode de vie. Étonnamment, j’ai parfois ressenti une certaines familiarité dans certaines tâches, comme si une partie des gestes perpétués par mes ancêtres étaient restés gravés dans mes gènes. Au bout de plusieurs semaines, je commençais presque à me sentir à ma place dans cet endroit.

    Mais les choses se sont gâtées entre eux et moi, quand j’ai commencé à me lier d’amitié avec une femme mariée. Nous ne faisions que parler et passer un peu de temps ensemble dans une bonne entente, mais le reste de la famille et surtout son mari ne voyaient pas notre proximité d’un bon œil. Je n’avais pourtant aucune intention de faire évoluer cette relation vers autre chose.
    J’ai commencé à sentir des animosités. L’ambiance devint franchement pesante quand elle m’avoua des sentiments amoureux de son côté, en évoquant un duel à mort entre son époux et moi pour la « conquérir ».
    Si la mentalité des Calsy est rude pour tous, c’est surtout envers les femmes qu’elle est la plus injuste. Même elles y sont habituées et trouvent cela normal… Un simple regard peut avoir de lourdes conséquences dans certains clans. Pour elle et les autres membres du village, nous étions déjà trop proches.

    Je la considérais vraiment comme une amie pour ma part. Une rupture encore assez récente, dans le Nord, avait laissé mon cœur dévasté. Et je pensais alors que je ne m’en remettrais jamais complètement.
    Après avoir passé six mois à partager leurs journées et leurs nuits, je me résolut à partir avec la première caravane pour continuer mon périple vers le sud.
    Peut-être est-ce grâce à cette décision que je suis encore en vie aujourd’hui…


    Elgadir


    À l’ouest du Calsynn, elle aussi proche de l’océan, cette grande cité est considérée comme la capitale. Elle forme une mosaïque de quartiers complètement hétéroclites, représentant chacun les clans les plus importants du pays. Toutes ces couleurs et ces formes architecturales réunies témoignent de la fabuleuse diversité qu’on peut observer entre les Calsy.
    Il existe même des quartiers temporaires pour les nomades, à l’orée de la cité, qui s’érigent pendant quelques mois puis disparaissent le reste de l’année.

    Il n’y a pas d’administration à proprement parler dans le Calsynn. Chaque clan envoie un chef de tribu pour le représenter lors de grandes assemblées pluriannuelles. C’est là que sont prises les décisions importantes, que sont traités les accords majeurs, que sont forgées les alliances… là aussi que certains litiges sont réglés.

    Pas vraiment d’intérêt à y rester lorsqu’on est un étranger, si ce n’est pour faire du commerce. Je ne voulais pas dilapider le peu qui restait de mes économies… Après quelques semaines, je trouvais une nouvelle caravane pour continuer plus avant dans le désert Agriote.

    le cœur du désert, aride mer de sel

    La mer de Sel


    C’est la partie du Calsynn la plus sinistre et la moins peuplée, ce qui n’est pas peu dire dans cet immense désert. Personne n’y a élu domicile et seuls quelques groupes de nomades ou des fous solitaires la traversent. Un lieu mortel pour tous ceux qui s’y attardent.
    Mis à part le sel qui constitue une denrée semi-précieuse dans le désert, il n’y a rien à trouver d’intéressant dans cette gigantesque étendue stérile. Je n’ai fait que la longer sans m’y attarder, avec une caravane du clan Messuga, le plus important clan de marchands.
    Nous avons contourné la mer de Sel pour nous enfoncer au cœur du désert Agriote. La beauté sauvage de ces contrées, reg rocailleux ou erg de dunes, m’a souvent laissé sans voix.

    Notre convoi était protégé des insectes et arachnides prédateurs par des diffuseurs de phéromones artificielles. Mais les plus grands dangers ne viennent pas des animaux dans ce désert.

    Des clans de prédateurs humains


    Après six mois relativement paisibles auprès du clan Meyo, puis deux mois avec les nomades, d’une caravane à l’autre vers le sud… C’est en compagnie de ces marchands que j’ai vraiment affronté des pillards.
    Jusqu’alors je n’avais assisté qu’à des négociations parfois tendues, quand les Meyo ou les caravaniers payaient un tribut afin qu’on les laisse tranquilles.

    Les Razgah sont des brutes sanguinaires, des esclavagistes, et l’on m’a même raconté que certains s’adonnent parfois au cannibalisme. Ils nous ont tendu une embuscade, perfidement cachés parmi des rochers comme des scorpides du désert.
    Mais les marchands du clan Messuga avec lesquels je cheminais étaient bien armés et décidés à défendre chèrement leurs marchandises. On me confia un fusil à la hâte ; le combat fut bref et très violent. Les Razgah battirent en retraite après avoir subi des pertes qu’ils durent juger trop importantes pour s’acharner davantage.

    De notre côté, il fallut aussi enterrer (ou devrais-je dire ensabler) quelques morts et nous occuper des blessés, avant de reprendre la route vers l’est.
    Cette caravane devait faire halte dans un village permanent des Sileca, un grand clan de mineurs disséminés dans le désert et spécialisés dans les travaux de la forge.

    Mais nous découvrions un village entièrement rasé par un autre clan de pillards dont on m’a dit le plus grand mal : les Morojir. Ils seraient encore pire que les Razgah. Et pourtant, eux aussi siègent aux assemblées des clans à Elgadir.
    Tolérés par les autres peuples, comme des prédateurs régulant leurs écosystèmes. Ils aiment semer la mort, sont capables de décimer ceux qui ont l’audace de résister à leurs pillages.
    Plutôt basés dans le nord et l’est du Calsynn, j’ai eu la chance de ne jamais croiser leur chemin. Leur emblème est un soleil noir.




    Mais aussi des peuples paisibles, cultivateurs et éleveurs


    La caravane des Messuga aurait dû me laisser m’arranger avec les Sileca pour continuer mon périple dans le désert. Mais finalement, ils s’enfoncèrent davantage vers le sud pour troquer leurs marchandises avec une autre tribu.
    En échange du peu d’argent qui me restait depuis mon départ du Tharseim, je les ai accompagnés jusqu’au territoire des Buhsi. Il s’agit d’un peuple d’éleveurs spécialisés dans le dressage de montures volantes ou bondissantes.
    De là, j’allais avoir une chance de poursuivre ma traversée du Calsynn par mes propres moyens. Encore fallait-il que je trouve quelque chose à échanger contre une monture, puisqu’il ne me restait rien.
    J’avais deux bras et deux jambes, une bonne santé… cela risquait de prendre du temps mais mon labeur pouvait se monnayer.

    Les Buhsi sont incroyables de simplicité. Je ne savais pas que l’on pouvait se passer de technologie à ce point-là. Et le désert est tellement grandiose dans cette région !
    Je suis resté chez eux plus de deux mois, à travailler dur avant qu’ils acceptent de me céder une monture volante. Une odolule que j’avais dressée moi-même, d’ailleurs.
    Cela faisait déjà un an que j’avais commencé ma traversée du Calsynn. Je devenais presque un habitant du désert moi aussi.

    Puis c’est auprès des Jezmir, des cultivateurs semi-nomades au sud du Calsynn, que j’ai passé le plus de temps. Trois années assez heureuses.


    Et j’ai trouvé l’amour à nouveau


    Elle s’appelle Besna Jezmir. Mariée très jeune, son époux avait révoqué leur mariage parce qu’elle ne lui avait pas donné d’enfant. Et depuis elle était restée célibataire.
    Nous sommes rapidement tombés amoureux l’un de l’autre… Elle a un sacré caractère mais quelle rencontre !

    Les Jezmir forment un clan de tribus éparpillées sur un vaste territoire, pratiquement dans tout le Calsynn. Ils ont la particularité de faire pousser différentes cultures, réparties sur trois ou quatre lieux parfois très éloignés les uns des autres. Accompagnés d’insectes de bât, ils effectuent le même parcours chaque année.

    Dans les lieux les plus arides, ils érigent des champs de pango, une céréale qui peut pratiquement se passer d’eau. Elle entre dans la fabrication de farine ou de la fameuse bière de pango, produite au sud du Calsynn et dans le nord de la Nemosia. Ils récoltent au bout de trois mois et repartent…
    Près des cours d’eau, les années qui ne sont pas trop sèches, ils plantent des tubercules comme le nyam ou surtout le fingsa qui demande moins d’arrosages. Là encore, deux ou trois mois suffisent de la plantation à la récolte.
    Puis ils s’en vont à nouveau ailleurs.

    (Dragonnier de Socotra – crédit photo : Rod Waddington)


    Ils font également des récoltes de végétaux sauvages. Dans les garrigues et les maquis au climat plus doux, souvent proches de la mer Orange ou de l’océan Armaz. Ils ne restent que le temps de ramasser des plantes aromatiques et médicinales, en général au moment de leur floraison. C’est la base de leur pharmacopée. Certains arbres et cactus sont également utilisés pour leurs fruits, leurs feuilles, leur sève ou les sucs qu’ils contiennent.

    Je pourrais vous raconter tant de choses sur ce peuple qui m’a adopté pendant trois ans. Ce sont des gens profondément bienveillants dans l’ensemble. Ils ont un sens de l’honneur très développé. Leurs mœurs sont un peu moins rudes que chez la plupart des autres peuples du Calsynn.
    Et il existe encore tant d’autres clans que je n’ai pas eu l’occasion de connaître…

    Mais je ne me sens toujours pas « chez moi ». Toutes ces péripéties m’ont donné le goût des voyages.
    Besna et moi essayons d’avoir un enfant, sans succès pour le moment. Après en avoir longuement discuté, nous avons décidé de partir pour découvrir la Nemosia. Juste tous les deux.

    Ainsi va s’achever mon récit, pour cette fois. Nous sommes à la fin de l’année 579, cela fait plus de quatre ans que j’ai quitté le Tharseim.
    Nous nous dirigeons vers le sud encore, vers le plus grand fleuve du monde.
    Si tout se passe bien et que je garde l’envie de continuer ce récit de voyage, je vous raconterai un jour ce que je vais découvrir dans cet autre pays. Celui d’où venaient les parents de ma mère…


    Au revoir.





  • Une année sans écrire



    Salutations et bonne année 2020 !
    Déjà un an qu’il ne s’est rien passé sur ce blog. Une année entière sans écrire du tout… ou presque.


    2018 était pourtant une année productive.


    J’ai publié Le journal illégal de Bakir Meyo en juillet, j’ai réédité Les Sœurs du Miel en septembre, tout en travaillant sur la suite.
    Et puis j’ai participé au dernier supplément de Chiaroscuro qui vient d’être publié récemment (un beau projet mené à son terme, c’est une bonne chose).

    À la fin de 2018, j’avais déjà créé toute la structure de mon prochain roman et écrit les trois-quarts du premier jet.

    Mais quand l’hiver arriva, je m’étais aussi lancé dans d’autres activités qui me tiennent à cœur, d’autres projets individuels ou collectifs liés à la terre. Comme je partageais certaines de ces activités avec d’autres personnes, j’y ai consacré de plus en plus de temps et d’énergie.

    Cela fait des années que je navigue entre des passions très différentes, voire opposées, dans l’état d’esprit qu’elles demandent. J’ai souvent du mal à passer des travaux manuels à la création artistique dans la même journée.
    Alors j’avais plutôt tendance à pratiquer plus intensément l’une ou l’autre de ces passions en alternance, en fonction des saisons.


    tomates du jardin

    2019 : une année plutôt physique


    Cette année 2019, je dois reconnaître que mes activités agricoles ont pris beaucoup de place, toutes saisons confondues.

    J’ai mis en place des pratiques de permaculture dans mon jardin potager, participé à la reconstruction d’un énorme mur de pierres avec mes voisins jardiniers… et aussi à une récolte d’olives qui nous a permis de produire notre huile.
    Au printemps 2019, les mêmes personnes allaient partager une partie des jardins mise en commun. Et la plupart des cultures ont duré jusqu’à fin novembre.

    Depuis septembre, j’ai aussi retrouvé un emploi à mi-temps, ce qui n’est pas toujours évident dans la petite vallée de montagne où j’habite. Il s’avère que ce boulot est assez physique également… Au moins, je ne dépends de personne pour payer mes dépenses.


    Et les aléas de la vie…


    Depuis le mois juin, l’état de santé de mon père s’est dégradé brutalement. Il a été admis aux urgences puis dans deux autres hôpitaux pendant l’été, pour être finalement placé dans un EHPAD dans un état de santé préoccupant.
    Cela fait longtemps que nous n’avons pas une bonne relation mais ce qu’il traverse me remue.

    Voilà, juste pour vous dire qu’il arrive aussi que notre temps et notre énergie soient absorbés par des évènements importants qui font partie de notre chemin.

    il reste toujours une lumière




    L’inspiration dans tout ça ?


    J’écrivais en 2016 dans un article sur ce blog qu’il faut aller la chercher, l’inspiration. Que même si on avance d’un petit pas à la fois, avec de la volonté on nourrit notre créativité et on parvient au bout de nos projets.
    Je le pense toujours. Au fond c’est vrai, je dois reconnaître que l’envie de me plonger corps et âme dans l’écriture m’a un peu quitté pendant cette année 2019.

    Rester des mois devant son ordinateur à écrire, ce n’est pas très bon pour le corps, à vrai dire. Pour mon équilibre personnel j’ai aussi besoin de m’activer dans la nature. D’alterner entre mes différents centres d’intérêt.

    C’est difficile à accepter mais parfois, il faut laisser le temps recharger nos réserves d’énergie créative. Quand on a donné tout ce qu’on pouvait dans une ou plusieurs créations, c’est ce qui arrive au bout d’un moment. Plus longtemps on a donné sans interruption, plus on peut avoir besoin de « repos ».
    L’esprit a quand même tendance à continuer de travailler sur ce qui nous tient à cœur, même inconsciemment.

    Pendant toute cette année écoulée je me suis nourri de nouvelles informations, j’ai observé, analysé, appris plein de choses.
    J’ai pris des notes, remis en question certains passages du roman en cours, ajouté d’autres idées. L’histoire s’enrichit progressivement.


    Une nouvelle année commence…


    Et j’espère que cette année verra la parution du deuxième tome des aventures de Naëlis, Elorine et d’autres personnages dont certains attendent de vous rencontrer depuis un moment.

    C’est encore difficile de promettre un délai pour moi, mais j’ai très envie d’écrire à nouveau. Je m’y suis déjà remis récemment, quelques heures par-ci par-là.
    Tout ce tome 2 est bouclé dans ma tête et mes notes, il reste « seulement » à lui donner vie.

    Finir un premier jet d’abord. Puis tout reprendre, tout corriger, encore et encore, comme il se doit dans les règles de l’art.
    Demander l’avis de regards extérieurs, si je trouve encore des personnes disposées à m’apporter une petite aide.

    Je ne vous cache pas qu’il me reste beaucoup de travail pour arriver à mon objectif sur ce roman.


    Idéalement, j’aurais souhaité ne pas trop faire attendre les lecteurs et lectrices qui ont aimé Les Sœurs du Miel et souhaitent lire la suite.
    Je voudrais bien publier un livre par an, mais c’est compliqué parfois de tenir un tel rythme de travail sur son temps libre. En tout cas, tous les ans… peut-être quand je serai grand.

    Maintenant, je me sens prêt à me replonger dans mon univers imaginaire toujours en création, malgré ce qui se passe dans la vie de tous les jours.
    Je préfère prendre le temps d’écrire une histoire qui sera, je l’espère, à la hauteur du premier tome. Voire mieux si j’y arrive.
    Sans me précipiter pour soutenir un rythme normalisé dans le milieu littéraire, qui peut pousser à privilégier la quantité au détriment de la qualité.

    Je pense que pour atteindre un objectif qui nous permet d’être fier de notre travail pendant longtemps, on a besoin de créer avec notre cœur autant qu’avec notre tête et nos tripes. Donner le meilleur de soi, ça prend forcément du temps et encore davantage pendant certaines périodes plus difficiles.
    Mes textes sont loin de me rapporter de quoi en vivre, mais je n’ai rien perdu de cette passion.

    Je voulais surtout vous dire que même si cela me prend plus de temps que je le souhaiterais, je ne lâche pas l’affaire et j’irai au bout de cette trilogie.

    Il y a toujours quelques petites histoires qui pourraient aussi surgir sur ce blog, de temps en temps. Des pistes restent à explorer, j’ai pas mal d’idées encore en gestation pour cet univers…

    À bientôt, en souhaitant que vos projets comme les miens se réalisent.
    Prenez soin de vous.





  • Légendes valokines (3) : L’intelligence des myrmes

     

    Valoki, future province du Jailong – Année 79

     

     

    — Que personne ne tire ! s’écria Shaïli.

    — C’est une blague ? lança Bert. On va se faire déchiqueter !

    Les myrmes resserraient leur étreinte inéluctable. Cernés de tous les côtés, les humains se blottissaient les uns contre les autres en brandissant leurs armes. Leur groupe ressemblait à un gros animal roulé en boule et hérissé de canons. Figé par la peur.

    La soldate la plus proche se montrait curieuse avec la mitrailleuse de Bert. Elle eut un mouvement de recul en touchant le canon encore chaud. Puis ses antennes se mirent à palper la grande arme sous tous les angles.

    Suivant une intuition, Shaïli pointa son fusil vers le sol. La myrme qui se tenait devant elle osa s’approcher à son tour pour examiner son arme.

    — On dirait qu’elles comprennent d’où vient le danger, dit-elle. Baissez-tous vos flingues !

    — Mais ça va pas dans ta tête ! rétorqua Palden. T’es folle ou quoi ?

    — Faites ce que je dis, insista Shaïli. Baissez vos canons et verrouillez les crans de sureté !

    Certains canons furent abaissés, des myrmes baissèrent aussi leurs mandibules pour ne mettre que leurs antennes au contact. Une bonne quinzaine de soldates entouraient les humains en touchant ces étranges objets métalliques qui produisaient un bruit effrayant.

    Les myrmes s’intéressaient aussi aux tenues des humains, à leur peau et leurs cheveux. Elles manifestaient une curiosité évidente. L’une d’elles parvint à enlever délicatement le chapeau de Solveg pour observer sa tête. La spécialiste en techniques de survie paniqua et releva son canon. L’insecte rouvrit aussitôt ses mandibules.

    — Ne la touche pas, saleté ! cria Romuald en pointant sa mitrailleuse.

    Son arme était presque aussi impressionnante que la rotative de Bert. Plusieurs myrmes firent claquer leurs tranchoirs. Romuald perdit son sang-froid quand l’une d’elles faillit le mordre. Une rafale de gros calibre faucha le premier rang d’insectes devant lui. Ce fut une terrible erreur.

    Toutes les myrmes se jetèrent sur eux. Les humains furent obligés d’ouvrir le feu pour repousser l’assaut. Les armes automatiques crachèrent leurs projectiles explosifs en pulvérisant des dizaines de soldates qui se ruaient sur eux toutes mandibules dehors. Certaines se retournaient au dernier moment pour tenter de les atteindre avec un dard venimeux au bout de l’abdomen. Lihn fut blessée au ventre.

    Devant le carnage, les insectes reculèrent un court instant. Les explorateurs en profitèrent.

    — Courez ! lança Palden.

    Tirant sans discontinuer en poussant des cris, ils réussirent à se frayer un passage dans la masse d’insectes qui leur barraient la route. Ils partirent vers leur campement à toutes jambes, en arrosant les alentours de balles dans le plus grand désordre. Les myrmes se ressaisirent et se lancèrent à leur poursuite alors qu’ils contournaient le cénote.

     

    (cénote mexicain. crédit photo : Serge Melki)

     

     

    Romuald voulut assurer l’arrière-garde mais il se fit dépasser par le nombre, les soldates le découpèrent en morceaux. En voulant lui venir en aide, Solveg fut blessée au bras et sauvée de justesse par Palden. Lui s’en sortit avec une belle plaie dans le dos.

    Bert envoya des grenades au phosphore au milieu de la horde d’insectes qui continuaient d’affluer depuis l’autre côté du cénote. Les explosions firent des dégâts monstrueux parmi les myrmes et la végétation alentours. Le souffle incendiaire brûla tout ce qui se trouvait dans son rayon d’action. Les rafales des armes automatiques balayèrent ce qui restait.

     

    Les myrmes cessèrent la poursuite, estimant sans doute que leurs pertes étaient trop importantes pour donner la chasse aux intrus mis en fuite. La colonie avait perdu un grand nombre de combattantes, mais les indésirables étaient repoussés. Des ouvrières ne tardèrent pas à revenir sur le champ de bataille pour rassembler des dizaines de leurs congénères mortes au combat, la plupart calcinées.

    Les humains réussirent à sortir de cette nasse terrible en ne laissant qu’un mort derrière eux. Mais il leur fut impossible de récupérer ses restes.

    Ils rejoignirent leur camp avec trois blessés. Palden et Solveg étaient touchés assez légèrement, en revanche Lihn était mal en point. Son ventre portait une profonde entaille empoisonnée, à la limite de l’éviscération. La géologue aux yeux bridés avait été ramenée sur les épaules de Harald, qui avait dû abandonner son arme dans le feu de l’action pour lui sauver la vie.

    Nami et Curtis firent de leur mieux pour soigner les blessés, mais il fut convenu d’évacuer Lihn en urgence.

    La technicienne radio, c’était Ruby. Se remettant de ses propres blessures et insistant pour faire son travail, elle se traîna jusqu’à son matériel pour demander de l’aide à la base de Rizom.

    Palden et Solveg purent ressortir de l’infirmerie après quelques minutes. Leurs plaies étaient heureusement superficielles, en partie grâce à leurs vêtements rembourrés et renforcés par endroits de plaques de protection.

    Effondrée par la mort brutale de Romuald, Solveg devait faire face à une autre douleur. Ces deux-là flirtaient depuis quelques temps. Bert aussi était très affligé par la disparition de son collègue expert en armement.

    Quelques membres de l’équipe les réconfortaient comme ils le pouvaient quand la navette des secours se posa, dans la clairière où ils avaient établi leur camp. Lihn avait perdu connaissance mais son état était stable. Elle fut installée sur un brancard et emportée dans le vaisseau, sous les regards anxieux et attristés de ses compagnons. Ils purent récupérer un peu de matériel médical avant que la navette ne redécolle et disparaisse dans le ciel crépusculaire.

     

     

    Les explorateurs se réunirent autour du feu, les mines défaites. Leurs sentinelles veillaient aux abords du camp avec des appareils de détection. Tout semblait à nouveau calme dans la jungle.

    — On aurait pu éviter tout ça, affirma Shaïli. Je suis sûre que les myrmes allaient nous laisser partir en paix.

    — Tu parles ! dit Solveg. Elles se demandaient plutôt si on était comestibles !

    — Mais vous avez bien vu qu’elles ont fait preuve d’intelligence !

    — Je n’irais pas jusque-là, intervint Palden.

    Sa sœur se tourna vivement vers lui.

    — Tu connais déjà cette espèce, peut-être ?

    — Non, reconnut-il. Mais ça reste quand même des myrmes…

    — Celles-ci sont différentes, s’obstina Shaïli. Elles réagissaient en fonction de nos propres gestes.

    Elle chercha des yeux l’approbation des autres. La plupart évitèrent son regard.

    — Solveg a raison, dit Bert. C’est de la vermine ces bestioles.

    — Je suis d’accord avec Shaïli, pour ma part, annonça Curtis.

    Celle-ci le remercia d’un sourire. Même si elle ne voulait pas se l’avouer, Shaïli avait un faible pour Curtis. Elle s’était promis de ne pas s’attacher, bien sûr, elle avait de bonnes raisons pour cela. Mais on ne choisit pas vraiment ce genre de chose. Le problème surtout, c’est qu’il était avec Bert. Les deux hommes échangèrent d’ailleurs un regard embarrassé après avoir exposé cette différence d’opinion.

    — Ces myrmes ont compris que nos flingues sont nos armes, se justifia Curtis. Je l’ai senti aussi.

    Nami et Alicia approuvèrent. D’autres semblaient indécis.

    — N’importe quoi, dit Ruby en hochant la tête de gauche à droite.

    Shaïli se retint de lui coller une gifle pour effacer son petit air supérieur.

    — Vous délirez, trancha Palden. Même si les insectes sociaux montrent une certaine forme d’intelligence collective, elle reste assez primaire. Aucune espèce n’est capable de comprendre que nous utilisons des outils.

    — Aucune espèce connue, peut-être, rectifia Shaïli.

    — Tu prêtes à ces animaux bien plus d’intelligence qu’ils n’en ont, affirma son frère d’une voix dure. Je n’interviens pas dans tes travaux sur les plantes alors laisse-moi faire mon boulot comme je l’entends. Je te rappelle que c’est moi, le zoologiste de ce groupe.

    Shaïli lui lança un regard perçant mais ne dit plus rien. Elle ne tarda pas à s’éloigner vers les guetteurs pour prendre son tour de garde, un peu en avance.

    Ruby s’approcha de Palden et le prit dans ses bras, ils échangèrent un long baiser tandis que les autres se lançaient dans des discussions par petits groupes. Peu se rangeaient à l’avis de Shaïli.

    Tellement d’aventuriers avaient déjà péri, depuis toutes ces décennies de découvertes et de colonisation. Tellement avaient dû s’habituer à vivre avec de graves séquelles, à cause de confrontations avec les insectes géants de ce monde. Le désert puis les tropiques se révélaient des régions nettement plus peuplées et dangereuses que le Tharseim. À mesure qu’ils approchaient de l’équateur, ces nouveaux territoires dévoilaient une faune et une flore encore plus étranges.

    — C’est vrai qu’on aura bientôt un champ de force pour protéger les campements ? demanda Alicia, la cartographe. On aura de véritables zones de sécurité…

    — Oui bientôt, mais c’est seulement un prototype, répondit Harald.

    Harald était un ingénieur spécialisé dans les structures nomades. Il pouvait aussi bien superviser la construction d’abris primitifs que réaliser les plans de tout un village démontable.

    — Il paraît qu’on va avoir des armes soniques aussi, ajouta Bert. Réglables pour tuer ou juste repousser…

    — On ne sait pas quand on recevra tout ça, conclut Palden. Pour le moment, on fait sans.

    Peu enclins à aller se chercher un morceau de myrme grillée au phosphore, ils se contentèrent de rations de survie. Et leur troisième journée d’exploration se termina ainsi.

     

    Des passages d’insectes isolés furent signalés pendant la nuit.

    Le lendemain dès l’aurore, les sentinelles donnèrent l’alerte. Tout le camp se réveilla sur le pied de guerre. Les myrmes à l’apparence métallique arrivaient en nombre. Elles avaient envoyé des éclaireuses discrètes pour les retrouver avant de lancer une contre-attaque.

     

    (crédit : antclub.ru)

     

    La puissance de feu des humains leur permit de tenir bon, le temps de se regrouper autour de leurs blessés en appelant des renforts par radio. Deux vaisseaux vinrent très vite leur apporter un appui aérien. Les tirs des mitrailleuses lourdes et les bombes larguées depuis le ciel firent pencher radicalement la balance, décimant les myrmes. Les déflagrations brûlantes rasèrent une grande partie de la forêt à cet endroit.

    Les insectes survivants battirent en retraite jusqu’à leur nid, mais les vaisseaux les traquèrent et bombardèrent aussi la myrmilière. Ce fut un nouveau massacre.

    Les humains étaient parvenus à s’imposer une fois de plus. Mais à quel prix. Tout l’espace sauvage qui s’étendait de leur campement jusqu’au cénote n’était plus qu’un spectacle de désolation.

    Une petite expédition menée par Shaïli explora les restes de la myrmilière, de nombreuses salles souterraines n’avaient pas été anéanties par les souffles brûlants.

    Ils découvrirent un astucieux dédale de tunnels encore debout, jonché de carcasses d’insectes carbonisées. De vastes espaces de culture pour différents champignons. Au fond du nid, ils trouvèrent des survivants rassemblés autour de leur reine. Des dizaines de nouveaux œufs ne demandant qu’à éclore.
    Shaïli se montra intraitable.

    Ils quittèrent précipitamment les lieux avant qu’un nouveau combat ne s’engage, et cette fois réussirent à ne pas aggraver les choses. Cette myrmilière pouvait encore survivre et se développer à nouveau, si les humains lui en laissaient la chance.

    Mais cette découverte s’ébruita et une autre expédition vint leur donner le coup de grâce quelques jours plus tard, alors que Shaïli était occupée ailleurs, par peur de représailles.

     

     

    ◊♦◊

     

     

    Les semaines suivantes ressemblèrent beaucoup à ces premières journées. Au prix de quelques morts et blessés supplémentaires, le territoire des explorateurs ne cessa de grandir. Leur premier camp devint une base puis un village.

    Ils rencontrèrent d’autres espèces d’insectes sociaux, très différentes dans leurs fonctionnements mais tout aussi évoluées.

    Après l’intelligence des myrmes, ils purent constater la discrétion des aporims, paisibles butineuses ailées qui les évitaient et dont les nids étaient bien cachés, très haut dans le tronc de certains luvalianes. L’ingéniosité des terims avec leurs constructions colossales s’élevant jusqu’à la canopée. La ruse des vespères qui s’abattaient parfois du ciel pour chasser les aventuriers isolés.

    Toutes ces nouvelles espèces déconcertantes montraient les signes d’une intelligence plus développée encore que les insectes qu’ils connaissaient déjà. Elles représentaient un danger bien plus important que les prédateurs solitaires, dont certains s’avéraient déjà redoutables. Une partie de ces créatures-là semblaient pourtant chercher une forme de contact pacifique, mais peu d’humains étaient disposés à le reconnaître.

    Chaque fois, les explorateurs s’imposèrent par la force.

    Face à leurs pertes, ils ne réagirent dans leur majorité que par un surcroît de violence. Nombre d’entre eux n’éprouvaient pour les insectes géants que du mépris, parfois de la haine.

    Shaïli était affligée par cet énorme gâchis. Elle n’était pas la seule. Palden regretta aussi parfois de ne pas avoir l’occasion d’étudier une nouvelle espèce avant que la situation dégénère. Mais sa sœur était la plus affectée de tout le groupe. Elle était persuadée qu’une autre voie était possible avec les insectes sociaux.

    La suite des évènements la plongea dans l’amertume. Toujours elle tenta de trouver des solutions pacifiques, mais trop peu nombreux étaient celles et ceux qui se rangeaient alors à ses arguments.

    Jusqu’au jour où elle trouva une substance aux propriétés étonnantes. Cette découverte allait changer sa vie et jusqu’à l’équilibre des sociétés humaines de tout l’hémisphère.

    Ce n’était pourtant que du miel…

     

     

     

     



     


  • Légendes valokines (2) : Forêt sauvage

     

    Nord de la Valoki, future province du Jailong – Année 79

     

     

    D’énormes mandibules saisirent le corps de la manticre et le broyèrent en émettant un horrible craquement. Le corps de l’insecte fut sectionné en deux. Sa captive humaine s’étala sur le sol.

    Dans la seconde qui suivit, une balle explosive tirée par le fusil de Palden manqua sa cible et se perdit dans la végétation.

    Une seconde manticre encore plus grande venait de se jeter sur la première en un clin d’œil. La prédatrice brune qui allait tuer Ruby devait faire dans les trois mètres de haut. Celle-ci, entièrement blanche et ressemblant à une immense fleur, mesurait presque le double. Ces grands carnassiers sauvages s’adonnaient volontiers au cannibalisme.

    Les autres membres du groupe arrivèrent en trombe en entendant les cris et le coup de feu. La grande manticre blanche s’enfuit aussitôt, emportant une moitié de sa proie pour la dévorer dans un endroit plus tranquille.

     

    (Mante orchidée. Crédit photo : Luc Viatour)

     

     

    Palden se précipita vers Ruby en même temps que Nami et Curtis, le médecin et l’infirmier de l’équipe. La blessée était en état de choc, tremblante, au bord de l’évanouissement. Les pattes garnies de crochets avaient creusé des plaies sanguinolentes sur sa peau. Les mandibules avaient lacéré son cuir chevelu, du sang coulait de sa tête. Mais elle était vivante.

    Ses blessures furent désinfectées et pansées, on lui administra un sédatif et elle fut transportée au campement en vitesse. Ruby fut installée dans l’abri de fortune le plus confortable, où Nami et Curtis continuèrent les soins. Elle avait eu beaucoup de chance malgré tout.

     

    Rassuré sur son état, Palden ressortit de l’infirmerie improvisée après un long moment. La nuit tombait sur la forêt sauvage.

    Shaïli et d’autres membres du groupe avaient ramené les affaires abandonnées par le couple à la rivière, principalement les vêtements de Ruby. Ainsi que l’autre moitié du corps de la première manticre.

    Quand Palden les rejoignit, le frère et la sœur échangèrent un regard. Elle vit dans ses yeux qu’il n’était pas nécessaire de lui faire la morale, il avait compris son erreur et s’en voulait. Mais Shaïli profita de son avantage pour s’adresser à tout le groupe.

    — Nous entrons à présent sur un territoire complètement sauvage et imprévisible. Les protocoles de sécurité deviennent incontournables. À partir de maintenant, on ne commet plus d’imprudences et on arrête de jouer les têtes brûlées. D’accord, tout le monde ?

    La plupart acquiescèrent. D’autres gardèrent le silence en observant Palden, mais il regardait ailleurs sans réagir.

    Chacun retourna vaquer à ses occupations. Le frère et la sœur firent quelques pas ensemble à l’orée du camp, sous la surveillance des guetteurs. La nuit était déjà noire sous les tropiques.

    — Je n’aime pas trop Ruby… dit Shaïli tout bas. Mais j’espère qu’elle va bien s’en sortir. C’est risqué, ce que tu fais.

    — Comment ça ?

    — Si tu n’avais pas cette relation avec elle, tu n’aurais pas oublié d’être prudent. Tu ne devrais pas t’attacher à un membre de l’expédition.

    — Qui t’a parlé de s’attacher ?

    Shaïli eut un petit sourire désabusé.

    — N’empêche, avoue que tu étais distrait.

    — Ouais… tu as raison. J’ai été stupide sur ce coup. Quand je pense que c’est dans ce genre de conditions qu’on a perdu… enfin, tu le sais.

    Vingt ans auparavant, leur mère avait tenu à accompagner de nouveau son intrépide mari dans ses explorations, alors que leurs enfants étaient tout jeunes. Un scorpide l’avait tuée dans le désert rocheux du Calsynn.

    Shaïli soupira, les yeux dans le vague.

    — Je me souviens à peine d’elle.

    — Tu étais encore très jeune, dit Palden en posant une main sur l’épaule de sa sœur. Je m’en rappelle plus très bien non plus, en fait…. Désolé.

    — Pas grave, répondit-elle en reniflant. Allons manger, ça doit être prêt. Manticre grillée au menu… on a aussi trouvé des fruits comestibles, d’après les kits d’analyse.

    Ils rejoignirent le reste du groupe autour du feu, pendant qu’une partie de l’équipe montait la garde. Ils partagèrent un repas relativement frugal pour leur nombre, puis ne tardèrent pas à aller dormir.

    Construites uniquement avec des matériaux de la forêt, les cabanes primitives n’offraient qu’un confort spartiate. Elles abritaient quand même des intempéries avec leur toit couvert de grandes feuilles, leur plancher surélevé. La journée avait été bien remplie et ils se reposèrent malgré tout. Il fallait être en forme pour continuer leurs explorations dès l’aube.

     

     

    C’est sous un ciel pluvieux qu’ils se réveillèrent le lendemain. La forêt était envahie par la brume.

    Le feu avait été entretenu pendant la nuit à tour de rôle par les sentinelles, mais ils restèrent dans leurs abris de fortune pour partager le petit-déjeuner, en regardant la pluie tomber d’un œil maussade. Leur sommeil avait été interrompu par plusieurs passages d’animaux nocturnes, dont deux attaques de prédateurs heureusement repoussées.

    Ruby était encore faible. Avec la chaleur et l’humidité omniprésentes des tropiques, la moindre blessure pouvait ouvrir la voie à une infection.

    Ils décidèrent de s’établir plusieurs jours à cet endroit, de renforcer et d’agrandir leur campement tout en explorant le secteur. Il fut convenu de se diriger plein sud pour établir un deuxième bivouac potentiel, délimiter les limites d’un premier terrain à conquérir.

     

    La pluie cessa enfin dans la matinée.

    Les explorateurs utilisaient régulièrement leurs vibrolames dentelées pour se tailler un passage dans la végétation détrempée. Ils croisèrent de nombreux animaux, la plupart s’enfuyaient à leur approche. Leur progression dans la forêt sauvage se fit d’autant plus lente que chacune de ces rencontres fut une découverte.

    Leurs yeux exercés évaluèrent tout de suite de nouveaux éléments parmi ce qu’ils contemplaient. À mesure qu’ils avançaient dans cette nouvelle région, les espèces qu’ils connaissaient se mêlaient à d’autres, encore inconnues. Leur expédition prit alors une tournure tout à fait différente.

    Ils se mirent à scanner des plantes, des roches et des animaux inoffensifs qui se laissaient approcher. Prendre des mesures, des captures d’image en trois dimensions, récolter des échantillons.

     

    Comme leur père, Shaïli et Palden étaient des biologistes avant d’être des explorateurs. Elle était spécialisée dans la botanique, lui dans la zoologie. La plupart des membres de ce groupe avaient suivi une formation scientifique. Il y avait aussi un chimiste, une géologue, un médecin et son infirmier, des experts en armes ou en techniques de survie, différents techniciens pour assurer l’entretien du matériel…

    Ils furent impressionnés par l’ampleur de ce qu’ils découvraient.

    La faune et la flore déployaient ici une incroyable diversité. Des plantes singulières cohabitaient avec des espèces connues, des insectes étranges dont certains luminescents, des champignons omniprésents. La traversée d’un simple kilomètre pouvait maintenant leur prendre des heures.

    Certains commencèrent à réaliser qu’ils s’étaient montrés arrogants, en arrivant dans cette contrée insolite et débordante de vie comme dans un territoire conquis d’avance.

     

    Quand arriva la mi-journée, ils firent une pause pour se restaurer en haut d’une butte s’élevant dans une clairière. La chaleur était moite dans la jungle après la pluie. Des trouées de lumière bleue s’élargissaient parmi les nuages, le soleil les gratifia bientôt de brèves apparitions.

    Vers l’est, un groupe d’arbres-montagne dominait le paysage vallonné et brumeux qui se présentait à leur regard. Tous de la même espèce, ils avaient un bois gris et noueux, des formes tourmentées. Ils se montraient aussi particulièrement impressionnants dans leurs dimensions. Leurs immenses feuilles rondes se paraient d’un beau rouge sombre.

    — Que ces arbres sont majestueux… murmura Shaïli.

    Les humains avaient déjà vu quelques végétaux titanesques de ce type en Nemosia, mais contrairement à ce qu’ils imaginaient trouver, la Valoki abritait des espèces nouvelles, étonnantes. Plus imposantes encore et en grand nombre.

    Il s’agissait des premiers luvalianes jamais aperçus par des humains. On raconte que Shaïli les baptisa ainsi elle-même, comme la plupart des végétaux endémiques de la Valoki, à mesure qu’elle les recensait. Certains n’obtinrent leur nom définitif que plus tard, lorsqu’elle se trouva à la tête d’une nouvelle nation.

    À ce moment, personne ne pouvait encore se douter du destin tragique et grandiose qui allait bouleverser sa vie. Peu de détails semblaient la différencier de son frère et de leurs compagnons… tellement de choses allaient changer.

     

    Mais nos jeunes explorateurs avaient pour le moment des préoccupations plus pragmatiques. Après un bref repas constitué de rations froides, ils se remirent en route.

    Plus loin ils découvrirent un cénote, imposant gouffre creusé et rempli par les pluies dans les roches karstiques de cette région. L’eau était limpide sur plusieurs mètres, turquoise. Ils ne pouvaient en voir le fond qui se teintait en dégradé vers le bleu le plus sombre.

    — Quelles couleurs ! s’exclama Solveg.

    — Ça donne envie de se baigner par cette chaleur… glissa Bert. Pas vrai, Palden ?

    Une partie du groupe pouffa de rire. Le concerné regarda le sol sans répondre.

    — On va faire le tour pour le moment, proposa Shaïli avec un regard en biais vers son frère. Soyez prudents, je détecte pas mal de mouvements de l’autre côté.

     

    En contournant le cénote, ils se retrouvèrent face à d’autres myrmes qui leur barraient la route. Celles-ci se montraient bien plus imposantes et agitées que les pacifiques ouvrières jaunes rencontrées la veille. Elles étaient aussi nettement plus nombreuses. Les nuances nacrées et brillantes de leur carapace verte leur conféraient une apparence métallique.

    (Rhytidoponera metallica. Crédit : Steroid Maximus)

     

    Une bonne partie des myrmes était en train de dépouiller de ses graines une grande plante qui poussait au bord de l’eau. Un autre groupe, au sol, s’affairait à déplacer le cadavre d’une locustrelle qu’elles venaient de tuer. Il fallait être vraiment rapide pour chasser l’un de ses grands herbivores qui pouvaient bondir ou s’envoler à toute vitesse.

    Les humains s’arrêtèrent en hésitant à poursuivre leur chemin, armes à la main.

    Les myrmes les plus proches interrompirent leurs activités presque simultanément. Elles se tournèrent en même temps vers les nouveaux arrivants en agitant curieusement leurs antennes. Les insectes semblaient s’interroger sur le comportement à adopter devant ces étranges créatures bipèdes à la peau tendre qui osaient pénétrer sur leur territoire. Les humains émettaient des substances chimiques totalement nouvelles. Ces intrus peu nombreux pouvaient-ils représenter une menace sérieuse ?

    Les myrmes prudentes échangèrent brièvement un message olfactif et ce furent des soldates, plus grandes, qui s’avancèrent pour protéger les ouvrières. Ces dernières se focalisèrent à nouveau sur leur objectif principal : ramener de la nourriture à leur colonie.

    Une dizaine de soldates agressives s’avancèrent vers les humains en ouvrant ostensiblement leurs mandibules menaçantes, aussi longues que des sabres. Chacun de ces insectes combattants mesurait quatre mètres de long.

    — Tout le monde derrière moi ! dit Bert en déverrouillant sa sulfateuse meurtrière.

    Le groupe d’explorateurs se resserra de part et d’autre derrière le mitrailleur. Rester dans sa ligne de tir était la dernière chose à faire. Les myrmes continuaient d’approcher.

    — Tous prêts à faire feu ! lança Palden avec anxiété. Coup de semonce !

    Bert tira une rafale en l’air. Les soldates reculèrent instinctivement, mais d’autres surgissaient de la jungle derrière elles. Alors que les ouvrières se précipitaient hors de vue pour emmener leurs prises, des dizaines et des dizaines de myrmes combattantes affluaient.

    En l’espace de quelques secondes, les humains se retrouvèrent face à une armée. Toute la forêt semblait remplie d’insectes verts aux carapaces brillantes et irisées.

    — Mauvaise idée, le coup de semonce… reconnut Palden. On recule, que tout le monde reste calme !

    — On doit être à côté de leur nid, c’est pas possible qu’il y en ait autant ! observa Curtis.

    Le groupe se replia lentement à reculons. Les myrmes avançaient inexorablement. Des centaines de paires de mandibules prêtes à les tailler en pièces. Des mouvements partout derrière eux, il en arrivait maintenant de tous les côtés.

    Les explorateurs se figèrent. Ils étaient complètement cernés.

    — Super… dit Bert. On fait quoi, maintenant ?