• Notre première rencontre

     

    « C’est Bakir Meyo, bonjour. Je vous ai laissés la dernière fois sur le seuil d’un appartement dont on venait de m’ouvrir la porte. Je me retrouvais face à une jeune femme dont le regard brun était empreint de douceur. C’était notre première rencontre.

    Elle m’invita à entrer en refermant aussitôt derrière moi. Elle me frôla et j’appréciai furtivement le léger parfum qui l’entourait.

    — Melina, se présenta-t-elle. Vous êtes Bakir ?

    J’acquiesçais d’un hochement de tête, perturbé. Elle était jolie. Pas comme ces filles qu’on voit dans les publicités, refaites des pieds à la tête, maquillées et présentées sur des images copieusement retouchées. Juste jolie, avec des petits défauts plutôt charmants. Des cheveux noirs et lisses, attachés, une peau mate et des yeux presque noirs.

    Elle faisait partie de ces Nemosians habitant traditionnellement l’ouest de la Nemosia, ceux qui avaient la peau cuivrée plutôt que noire ou rouge, et que l’on pouvait confondre avec des Calsy. Nous nous ressemblions un peu, si ce n’est que dans ma famille nous avons toujours eu les cheveux bouclés, voire crépus.

    — Qui c’est ? demanda une voix masculine depuis le fond de l’appartement miteux.

    Je réalisais alors que nous étions en train de nous dévisager sans rien dire depuis quelques secondes.

     

    brown-eye

     

    — C’est le nouveau, répondit-elle à voix haute. Puis elle ajouta tout bas, sans me quitter des yeux : nous nous sommes déjà rencontrés ?

    — J’ai la même impression, dis-je. Mais je ne crois pas… je m’en souviendrais.

    Elle me sourit en faisant signe de la suivre et j’obtempérais, comme sur un petit nuage. J’étais tendu en me présentant à cette adresse, ce regard et ce sourire me firent l’effet d’un baume. L’appartement était pratiquement vide, ce n’était pas leur lieu de vie habituel.

    Elle me conduisit dans une grande pièce où étaient attablés deux hommes, Nemosians eux aussi. J’arrivais dans la pièce avec le cœur léger, mais les regards de ces deux types me plombèrent le moral.

    L’un des deux ressemblait à Melina, je pensais aussitôt à un grand frère. Il tapotait nerveusement sur la table avec le bout de ses doigts, et je vis à côté de cette main agitée un antique revolver à balles posé en évidence.

    L’autre homme devait avoir la quarantaine. C’était un métisse représentant à lui seul les trois tendances morphologiques les plus répandues chez les Nemosians. Il était aussi le plus âgé et le plus corpulent de nous quatre.

    Il me fixait d’un regard où je ne lisais pas seulement de la méfiance, mais une absence totale de chaleur humaine. Je ne pus m’empêcher de penser aux yeux inexpressifs de certains insectes carnivores. Ses mains restaient dissimulées sous la table mais je me doutais qu’elles tenaient au moins une autre arme braquée sur moi.

    Melina s’était discrètement éloignée de quelques pas avant de dire :

    — Bakir, voici mon frère Pablo et mon fiancé, Ousmane.

    — Salut, lança Pablo en me scrutant attentivement.

    — Sers-nous du muca, femme, ordonna Ousmane en me désignant une chaise.

    Melina nous servit pendant que je m’installais face aux deux hommes. Douche froide. La sensation agréable que je ressentais l’instant d’avant, seul avec elle, s’était envolée. Une boule d’angoisse me comprimait la poitrine.

    Tous mes sens étaient en alerte, et si vous avez lu mes textes précédents, vous savez de quel genre de personnes je me méfie le plus. Le regard de ce type ne me disait rien de bon. Et cette manière qu’il avait de lui parler à elle…

    — T’étais pote avec Relg ? fit-il de sa voix grave. C’est toi qui l’as fait disparaître ?

    — Oui, il est mort chez moi.

    — Tout s’est bien passé ? demanda Melina en finissant de remplir les tasses fumantes. Enfin je veux dire…

    — On peut dire ça, rétorquais-je en repoussant les horribles images qui tentaient de s’imposer à ma mémoire. Ses os reposent au fond de la mer.

    — Désolée… dit-elle. Je crois qu’il nous avait parlé de toi.

    — Comme recrue potentielle, confirma Pablo devant mon regard étonné.

    Je sirotais la boisson chaude en silence, savourant son arôme corsé. En y réfléchissant, c’est vrai que Relg m’avait fait quelques sous-entendus, mais je n’en avais pas saisi la portée à ce moment. Il était en train de me recruter en douceur.

     

    main opaline

     

    — Tu bosses bien à l’usine hydroponique du quartier nord ? renchérit Ousmane.

    — Non, j’étais dans les élevages et les usines de conditionnement sur le port. Et maintenant je suis marin-pêcheur.

    Le grand métisse se fendit d’un sourire de façade.

    — Je voulais juste vérifier. Pour le moment c’est très simple, tu n’auras de contact qu’avec nous trois. Tu viendras ici pour t’approvisionner en affiches.

    — Je vais coller des affiches, c’est tout ?

    — Pour commencer, oui. C’est dangereux figure-toi, il faut être discret et rapide. Toujours faire gaffe aux caméras et aux patrouilles de police. Si des civils cherchent à t’agresser ou te parlent mal, il faut fuir. Et ceux qui se montreront curieux ou intéressés, il faut essayer de les recruter prudemment. C’est un job très risqué.

    — Si tu as des talents de dessinateur ou d’écrivain, on cherche aussi des gens pour créer les affiches, ajouta Melina.

    — Il m’arrive d’écrire à mes heures perdues, confiais-je. Mais je n’ai jamais fait lire mes textes à personne.

    — Merveilleux, affirma-t-elle avec ce sourire qui me faisait fondre. Je suis dessinatrice, on pourrait bosser ensemble.

    — On a besoin de colleurs d’urgence, objecta Ousmane. Avec les derniers problèmes on a perdu trop de monde. Tu t’en sens capable ?

     

    J’hésitais un instant. Une partie de moi désirait rester près d’elle, ne doutant pas un instant que nous pouvions faire une bonne équipe. Mais une autre voix me chuchotait que ce serait choisir la facilité.

    Était-ce un autre test ? Je n’ai jamais aimé passer pour un lâche. Aucun doute que Pablo et Ousmane étaient des hommes d’action. Ma fierté de jeune Calsy me dictait de choisir le chemin le plus dangereux, et j’espérais sans doute déjà voir briller une lueur d’admiration dans les yeux de Melina.

    — Je vais commencer par coller des affiches et nous verrons, dis-je d’une voix plus assurée que je ne l’étais moi-même.

    Le sourire de Melina balaya mes derniers doutes. Elle me trouvait courageux et cela me donna justement du courage.

    — Tu sais te servir de ça ? questionna le frère de la belle en soulevant son flingue.

    — Non.

    Je baissais le regard, un peu honteux. Sur ce point, je n’étais sans doute pas à la hauteur. Mieux valait se montrer sincère, les risques étaient trop importants pour jouer les fiers-à-bras.

    Pablo me confia le revolver usé mais en parfait état de marche, d’après ses dires. Le vieux barillet était rempli de balles chemisées de cuivre et fendues. Le jeune homme m’en donna une pleine boîte supplémentaire.

     

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    Munitions expansives enrichies, m’avait-il expliqué. Les balles fendues s’ouvraient voire éclataient au contact de la cible, effectuant bien plus de dégâts qu’une balle ordinaire. À l’intérieur se trouvait une petite dose de mercure hautement toxique. Si l’impact ne vous tuait pas, l’empoisonnement finissait le travail.

    Un peu sale comme moyen de défense, mais nous pouvions nous retrouver face à des armures lourdes et des armes à énergie. Dérisoire en fait, le revolver. Il me donna également un silencieux à fixer sur le canon. J’espérais ne pas avoir à m’en servir.

    — Bien sûr, t’as pas intérêt à te faire gauler avec ça… précisa Ousmane. Et je te conseille de t’entraîner dans un coin tranquille, avec le silencieux. Je vois que t’as amené un sac, c’est bien.

    Le couple qui m’avait recruté et donné cette adresse m’avait dit de prendre un sac à dos vide, je comprenais maintenant pourquoi. Pablo alla chercher des paquets d’affiches sur une autre table et mon sac en fut bientôt rempli.

    Ils me donnèrent mes dernières instructions et un rendez-vous pour la semaine suivante. J’espérais profiter de quelques secondes avec Melina avant de partir, mais c’est son frère qui me raccompagna à la porte de l’appartement vétuste.

    Notre première rencontre me laissa en fait un goût amer.

     

     

    Et c’est ainsi que commencèrent vraiment mes activités pour la Main Opaline.

    Suivant les consignes de mes contacts, les premiers temps je me contentais d’afficher dans les ghettos réservés aux étrangers, bien moins surveillés que les quartiers des Thars.

    La journée je partais travailler en mer, et chaque soir je marchais deux ou trois heures dans la ville avec un paquet d’affiches dont le verso était autocollant uniquement sur le plastibéton et le métal.

    Je n’arrêtais pas de penser à elle. J’avais beau repousser l’idée d’interférer de quelque manière sur leur vie privée, sans cesse je revoyais en souvenir son regard, son sourire, et cela me procurait une sensation aussi agréable que douloureuse. Je ne la voyais que quelques minutes à chaque fin de semaine, et chaque fois je repartais le cœur tourmenté.

    Elle semblait vouer une certaine admiration à Ousmane, alors qu’il se montrait méprisant avec elle. Chaque rencontre me confirmait ma première impression. Je ne pouvais m’empêcher d’être en colère. Pourquoi fallait-il que cette fille qui respirait la gentillesse tombe amoureuse d’un type aussi froid et arrogant ?

    En fait on retrouve ce type de schéma très souvent. Trop souvent. Et je ne pouvais rien y faire… pas encore du moins. Mais à ce moment j’ignorais à quel point les choses allaient changer.

     

     

    Les semaines passèrent, l’été cédant la place à l’automne.

    Plutôt bon comme colleur d’affiches clandestin, je commençais à m’aventurer dans les quartiers nordiques bien plus dangereux. Les éclairages y fonctionnaient tous, ainsi que les nombreuses caméras de surveillance dont il fallait repérer les angles morts. Éviter les patrouilles de police. Pablo commença à m’accompagner, nous alternions pour faire le guet ou coller les affiches subversives.

    Un premier passage pour repérer les lieux. Le guetteur se postait, l’autre dissimulait son visage sous une capuche et un masque anti-pollution avant de placarder une affiche le plus discrètement possible. On changeait vite de rue pour recommencer.

    Bien des fois, cela se terminait par une course folle dans le dédale urbain. Nous étions jeunes, vifs, et en rôdant nos techniques, de plus en plus efficaces.

    Évidemment, nos affiches ne duraient jamais bien longtemps. Mais elles avaient souvent le temps d’interpeller quelques passants avant d’être arrachées.

    Je m’entendais bien avec Pablo, il ne tarda pas à me confier ses inquiétudes pour sa sœur. Il était conscient que Melina n’était pas heureuse avec Ousmane. Mais le grand métisse étant le plus expérimenté et d’un naturel dominant, colérique, il s’imposait comme le chef. Aucun de nous trois n’était en mesure d’assumer ce rôle mieux que lui. Alors on la fermait.

    Je me raisonnais pour éviter de nourrir mes pensées concernant Melina. D’autres femmes m’attiraient, parfois plus belles, mais elle c’était différent.

    Ma tête et mon cœur n’étaient pas d’accord à ce moment, et je vivais la chose assez mal. Rien n’était gagné, et je m’étais même persuadé que mes espoirs étaient voués à l’échec.

    Mais l’avenir allait me prouver que cette fois, c’est mon cœur qui avait raison… »

     

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°10 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 603 du calendrier planétaire.

     

     



     


  • Ambiances et Inspiration

     

    Salutation !

     

    Aujourd’hui pour changer un peu, j’ai envie d’écrire sur un sujet qui concerne toutes les personnes créatives : l’inspiration.

    D’où viennent nos idées ? Pourquoi à certains moments elles semblent s’imposer d’elles-mêmes, et à d’autres au contraire il faut se torturer les méninges pour en trouver ?

    Sommes-nous reliés par moments à un inconscient collectif, des esprits, des entités supérieures ?

    Le fait est que les personnes créatives, les artistes entre autres, ont parfois le sentiment d’atteindre une sorte d’état de grâce. Comme s’ils n’étaient par moments qu’une antenne, un vecteur, l’outil donnant forme à une énergie qui semble venir d’ailleurs, car la personne se laisse porter par l’action sans exercer de contrôle.

     

    J’ai pour ma part des affinités marquées avec trois formes de création différentes : l’écriture, le dessin et la musique. J’ai ressenti parfois cette impression avec les trois, en dépit de niveaux de maîtrise technique différents. À certains moments les mains sur le clavier, le cahier, la guitare ou la feuille de dessin, semblent savoir mieux que moi ce qu’il faut faire.

    Et bonne surprise, en général le résultat est à la hauteur du sentiment d’harmonie, de fusion avec l’illustration, la mélodie ou l’histoire qui est en train de se construire.

    Il peut même arriver que dix ans plus tard, en retrouvant ce que vous aviez réalisé, vous soyez surpris de constater que vous ne pourriez toujours pas faire mieux avec les mêmes ingrédients.

     

     

    Ces phases d’inspiration intense sont relativement rares, c’est bien ce qui les rend précieuses. Sommes-nous connectés avec autre chose dans ces moments-là, ou laissons-nous simplement le champ libre à notre inconscient ?

    À vrai dire nous n’en savons encore rien.

    Par contre je constate que nous avons la possibilité d’influencer notre état d’esprit, pour accueillir ces moments où nous sommes en phase avec notre activité.

     

    Paul_Cézanne_- Le_Baiser_de_la_Muse(Le baiser de la Muse – Paul Cézanne)

     

    La fameuse Muse des poètes, l’inspiration qui va et vient en suivant ses caprices, est une jolie image. Mais pour moi il ne s’agit que d’une représentation mentale, une métaphore.

    Quant à une inspiratrice incarnée dans un corps de chair, correspondant comme par hasard aux désirs de l’artiste, hum…

    À chacun ses petits trucs, après tout. Le principal est de les trouver.

    Cela fait quelques années que je me consacre sérieusement à l’écriture et mes propres croyances ont évolué au fil du temps. J’ai passé des heures devant ma feuille ou mon écran à espérer comme un benêt que l’inspiration revienne. Ça ne fonctionne pas.

    Vous pouvez l’attendre pendant dix ans l’inspiration, si vous ne faites rien pour la favoriser. Vous pouvez commencer 25 histoires et n’en terminer aucune, faute de conviction… Il ne suffit pas de donner du sérieux à ce qu’on fait pour en faire une réussite, mais c’est indispensable. Si vous attendez que tout soit parfait, vous attendrez toute votre vie.

    L’inspiration se travaille comme tout le reste, à mon avis. C’est avant tout une question d’état d’esprit et de lâcher-prise.

     

     

    Le concept est plus difficile à appréhender si vous ne pratiquez votre activité créatrice que de temps en temps.

    La fatigue et les soucis du quotidien risquent de prendre tellement de place que vous remettre sur votre projet semblera parfois titanesque. Et vous allez d’autant plus avoir tendance à attendre que les choses « reviennent toutes seules ». Mauvaise nouvelle, c’est le meilleur moyen de ne jamais finir.

    Il y a bien sûr tout un tas de clichés et de préjugés sur les artistes qui peuvent être autant de freins à la créativité.

    Le regard des autres, leur absence de soutien voire leur dénigrement, gâchent parfois de véritables talents. Même vos proches les plus bienveillants peuvent faire de très mauvais conseillers, en croyant savoir alors qu’ils ne connaissent que le même cliché que tout le monde.

    Si vous ressentez ce besoin, si vous croyez en ce que vous faites, écoutez-vous. Le jugement des autres ne doit pas vous détourner de ce que vous pensez. Même si vous devez vous planter, au moins vous n’aurez pas le regret de ne pas avoir essayé.

    En plus leur avis changera quand vous aurez atteint votre objectif. Parfois, les personnes qui vous avaient d’abord découragé(e) seront les mêmes à vous féliciter devant le fait accompli.

     

     

    Si vous souhaitez créer un produit de qualité, même si votre activité ne vous rapporte pour le moment pas le moindre argent, il faut y consacrer l’énergie et le temps nécessaires à un résultat professionnel. Il faut avoir le temps mais aussi la disponibilité mentale. Si votre quotidien vous préoccupe en permanence ce sera plus difficile.

    Il est nécessaire par moments de se couper du monde, de se plonger à 100% dans notre univers créatif. Sans quoi vous réussirez peut-être à produire quelque chose, mais qui sera largement en-dessous de votre potentiel. Ce serait quand même dommage.

     

    « Toutes les bonnes idées commencent par de mauvaises idées. C’est pourquoi cela prend si longtemps. »

    – Steven Spielberg

     

    Rien n’empêche de partager son temps libre en ne consacrant que les soirées ou les week-ends à votre activité de création. Mais il faut un minimum de régularité, de rythme, pour que votre cerveau acquière tout simplement l’habitude.

    Comme dans la pratique d’un sport ou d’un instrument de musique, il n’y a que par l’entraînement qu’on progresse. Ne pas agir pendant des mois est le meilleur moyen de stagner, voire de régresser. C’est d’autant plus frustrant de réaliser qu’on a perdu un certain niveau, il faut d’abord le retrouver avant d’espérer aller plus loin.

    Pratiquez au maximum, pensez à votre création quand vous le pouvez pour rester connecté(e) avec. C’est de là que viendra l’aisance, le lâcher-prise favorisant une imagination fertile et débordante d’idées.

     

     

    tux-ange

     

    Plein de petits détails peuvent favoriser cet état d’esprit, et cela passe par l’ambiance qui vous entoure. Il est évidemment préférable d’avoir l’esprit serein.

    En ce qui me concerne, le simple fait d’être dans un lieu de travail qui soit propre et rangé m’aide. L’intérieur de notre logement est un reflet de l’intérieur de notre tête. Je suis loin d’être maniaque mais un minimum d’ordre fait vraiment du bien.

    La mise en place d’une forme de rituel d’écriture est une aide précieuse pour créer une atmosphère.

    Certains vont faire brûler de l’encens, se servir un thé ou un café, écouter une musique précise, ou tout autre petit geste qui vous connecte avec l’habitude de pratiquer votre activité.

    Instaurer une ambiance propice, sans oublier de couper toute forme de distraction. Téléphone, télévision, courriel, réseaux sociaux sont à bannir. Vous les retrouverez bien assez tôt mais à ce moment privilégié que vous accordez à votre passion ou votre hobby, ils n’ont pas leur place. Le monde continuera de tourner mais votre projet lui, a besoin de toute votre attention. Vous êtes la seule personne qui puisse lui donner de la valeur, de la profondeur… ou pas.

     

    La musique est puissante pour créer une atmosphère. Selon l’univers dans lequel notre création se situe et le type d’émotions que nous souhaitons provoquer, le fond musical qui nous accompagne peut constituer en lui-même une source d’inspiration.

    Pour écrire une histoire, les bandes originales des films et des séries qui vous plaisent sont de très bonnes sources d’idées.

    C’est intéressant d’observer comment nous réagissons face à certains stimuli. Avec l’habitude d’écouter tel ou tel morceau, parfois dès les premières notes on ressent une différence dans notre disposition. Le générique de la série Utopia, par exemple, me plonge à chaque fois dans un état propice à l’écriture. Le cerveau enclenche le mode « imagination » à tous les coups, c’est amusant.

    Il y en a plein d’autres. Adaptez vos playlists selon l’état d’esprit que vous recherchez. Pour mes scènes les plus sombres je vais plutôt écouter du Black Metal symphonique ou la B.O du film Alien… pour des ambiances plus joyeuses je vais autant apprécier Amélie Poulain ou Doctor Who.

    En général les musiques plutôt calmes correspondent mieux à l’écrit. Pour dessiner je vais plus volontiers écouter des morceaux avec des paroles car j’aime bien chanter en même temps, ce qui est impossible en écrivant (le mental est beaucoup plus sollicité). Chaque activité et chaque émotion recherchée vont être favorisées par une certaine ambiance, liée à vos goûts personnels.

     

    ♪♫♪♪♫

     

    Parfois il est aussi très appréciable de travailler en silence.

    Silence relatif car des sons extérieurs peuvent attirer notre attention : le chant d’un oiseau, les bruits de la rue, une personne qui sifflote en passant sous notre fenêtre peuvent nous déranger, ou au contraire nous donner une idée supplémentaire qui n’aurait pas vu le jour sans cette coïncidence.

    Une scène écrite, une illustration ou un morceau de musique sont uniques parce que nous les avons créés à ce moment précis et à cet endroit. Tentez de recréer la même chose dans un autre contexte et le résultat sera différent.

    Je parle bien d’art et non d’artisanat. Je ne suis pas d’accord avec les écrivains qui se disent des artisans de l’écriture. Un artisan reproduit la même chose des centaines ou des milliers de fois, alors que chaque création d’un artiste est unique. J’espère pour eux qu’ils ne se contentent pas de reproduire la même recette dans chaque livre, les lecteurs vont finir par s’ennuyer.

    L’art n’est pas prétentieux en soi, c’est une forme d’expression comme une autre. Il n’y a pas de honte à produire de l’art ou de l’artisanat, mais autant ne pas les confondre. Fermons cette petite parenthèse.

     

    Si vous avez la chance de pouvoir créer dans un environnement calme, écouter sa propre musique intérieure est aussi une grande source d’inspiration.

    Dans le cas contraire ou si votre esprit est trop agité, écouter de la musique peut s’avérer nécessaire à cette coupure avec le monde extérieur et une certaine forme de lâcher-prise.

    Le rituel d’écriture ne suffit pas toujours à favoriser l’inspiration. Certaines fois c’est plus facile que d’autres de se plonger complètement dans notre activité, sans penser à autre chose.

    Mais même ces jours où l’on éprouve vraiment des difficultés, la persévérance peut être gratifiante. On se force un peu au début et finalement on arrive à se replonger dans l’ambiance. Le résultat peut s’avérer très surprenant. L’inspiration, nous pouvons aller la chercher.

    À partir du moment où l’on comprend l’intérêt de la réécriture, on ne cherche plus la perfection dès le premier jet. On accepte plus facilement qu’il est important d’avancer, même d’un tout petit pas à chaque fois, même quand on n’est pas dans une phase de créativité intense. Vous n’attendez plus d’avoir l’idée du siècle pour agir, car c’est dans l’action créative qu’une idée banale peut devenir un petit bijou.

     

    Une idée posée fait de la place pour d’autres. Une fois sortie de notre tête, on la voit aussi parfois sous un autre angle.

    L’inspiration se nourrit de la volonté que l’on met à avancer. Notre énergie engendre un mouvement, et avec la régularité, l’esprit s’oriente progressivement vers un cercle vertueux.

     

    ink-feather

     

    Ce n’est pas un hasard que je m’exprime sur ce sujet, je suis en train d’écrire une suite à mon roman.

    Le tome 1 a été envoyé à six éditeurs différents, et aujourd’hui quatre mois plus tard, j’ai reçu deux refus. Deux autres m’ont informé que le manuscrit passait en comité de lecture, et les deux derniers éditeurs ne m’ont pas du tout répondu. Voilà pour le moment où j’en suis dans mes recherches… j’attends patiemment, tout est encore possible.

    Ayant bouclé ma dernière réécriture en mai, juste avant d’envoyer le premier tome, je me disais qu’il serait peut-être dur d’enchaîner directement sur le deuxième. L’inspiration, les idées justement, n’allaient-elles pas manquer ? Eh bien non !

     

    Je viens de passer une partie de l’été à préparer ce deuxième roman, à chercher des idées puis à les poser sous la forme d’un scénario simplifié. Je viens de commencer la rédaction du premier jet depuis une semaine et j’en suis à une quarantaine de pages A4.

    Cela ne m’a pas empêché d’écrire des petits textes pour ce blog, une nouvelle pour le jeu de rôles Chiaroscuro pour lequel j’ai également dessiné des cartes et illustrations. J’ai du temps bien sûr, mais aussi parce que j’ai fait certains choix.

    Créez à partir de votre vécu et vos ressentis, au lieu de chercher des distractions pour passer le temps. Peut-être que vous procrastinez par peur de l’échec, alors que l’échec est nécessaire aux réussites futures.

    Les choses ne se font pas toutes seules, il faut se rendre disponible pour créer le terreau fertile sur lequel faire germer des idées. En apprenant à vous mettre dans le bon état d’esprit avec régularité, vous ne verrez plus l’inspiration comme un phénomène étrange qui vient vous visiter quand ça lui chante.

    Ou si vous préférez, vous provoquerez votre Muse, vous la séduirez en lui offrant un accueil à la hauteur. L’engagement total, bien qu’éphémère, dont elle a besoin pour vous emporter à l’intérieur de vous-même et y puiser le meilleur.

    Si votre inspiration est un joyau, soyez un écrin digne d’elle. Elle ne vous lâchera plus si facilement.

    Lancez-vous, échouez pour apprendre à réussir et progressez chaque jour vers votre objectif.

     

    À bientôt et bonne inspiration.

     



     


  • Les bolets du crépuscule

     

    Valoki, province de Leda – année 607

     

    En Valoki poussaient des champignons particuliers. Minuscules en comparaison de la végétation géante, ils ne dépassaient pas la taille d’une main humaine au moment de sortir de terre. Très appréciés pour leur chair ferme et parfumée, les bolets du crépuscule étaient aussi utilisés par les Sœurs Ophrys pour leurs propriétés médicinales. La cuticule et la mousse du chapeau contenaient des substances rares.

    Sous les tropiques, la nuit tombe relativement tôt toute l’année. C’est en fin d’après-midi qu’un groupe de Koré quitta le monastère sous la surveillance de plusieurs Shaïli et d’une enseignante, Matria Aemi. Les adolescentes furent conduites à travers la forêt, tandis que les Sœurs adultes repoussaient sans distinction tous les animaux des alentours avec leurs pouvoirs.

    Une fois dans le bon secteur, partant d’un point central alors que Matria Aemi veillait sur ses élèves, les Shaïli s’éparpillèrent dans toutes les directions en éloignant les arthropodes avec leurs ondes répulsives, élargissant le périmètre jusqu’à lui faire atteindre la taille voulue.

    Chacune accrochait des petites lumines dans la végétation, à intervalles réguliers. Les lanternes sphériques de luciférine dispensaient leur lumière verdâtre dans les ténèbres naissantes.

    Les Shaïli se postèrent à égales distances tout autour de la zone. Aucun arthropode ne risquait d’y mettre les jeunes Koré en danger.

     

    Les bolets du crépuscule étaient endémiques de la province de Leda, on n’en trouvait nulle part ailleurs. Ces champignons aussi éphémères qu’étranges ne sortaient de terre que lors du retour des premières pluies, à la fin de la saison ardente. Ils n’étaient consommables que tout jeunes et poussaient si rapidement qu’il fallait vite les cueillir.

    Au petit matin, les bolets devenus énormes étaient déjà en décomposition. Ils restaient délicieux et croquants tout au plus le temps qui séparait le coucher du soleil et la nuit noire.

    La motivation des apprenties adolescentes était attisée par la célérité dont il fallait faire preuve, ainsi que la promesse d’une petite récompense pour les meilleures récoltes. C’est donc sous la forme d’un jeu que les Veneris avaient organisé cette activité, utilisant l’énergie débordante des Koré de manière ludique et utile à la fois.

     

    Boletus_radicans(inspiré du Bolet radicant, non comestible sur Terre – crédit photo  : H. Krisp)

     

    Naëlis ne portait la robe bleu pastel des Melishaï que depuis un an, mais elle était au nombre des encadrantes. Elle surveillait avant tout la végétation en maintenant son bouclier psychique, et ne leur lançait que de rapides coups d’œil, mais elle voyait les Koré courir dans tous les sens, euphoriques. À la recherche des champignons blanchâtres et légèrement phosphorescents commençant à poindre dans la mousse où les tapis de feuille. Ils grossissaient à vue d’œil, il fallait vite les ramasser.

    Il n’y a pas si longtemps, Naëlis courait elle aussi en riant parmi les jeunes filles en robes vertes, insouciante, confiante envers les adultes qui les protégeaient.

    Elle était heureuse d’avoir réussi les épreuves des Shaïli, d’avoir échangé la robe verte pour la bleue. Malgré tout, elle prenait conscience avec une pointe de tristesse qu’elle les enviait.

    On passe notre enfance à s’impatienter de grandir, pour se rendre compte trop tard des trésors qu’on a perdus.

    La seule femme en robe blanche était Matria Aemi, qui était d’ailleurs l’enseignante de Naëlis pendant cette époque toute proche la rendant parfois nostalgique.

    Aemi circulait dans le périmètre en se débrouillant toujours pour être là quand sa présence était utile. Soutenir des Shaïli afin de repousser des insectes un peu trop nombreux, recadrer les jeunes filles qui ne réfrénaient pas leur esprit de compétition et se comportaient de manière trop individualiste ou agressive, soigner les éventuelles blessures. En passant près d’elle, la Matria aux yeux bridés s’adressa à Naëlis d’un air malicieux.

    — On ne voit plus les choses de la même manière quand on change de rôle… n’est-ce pas ?

    Désemparée d’être aussi transparente aux yeux de la Matria, Naëlis ne sut que répondre. Elle se contenta de lui sourire maladroitement en faisant oui de la tête. Aemi lui rendit son sourire avant de continuer sa ronde.

     

     

    Un mouvement attira l’attention de Naëlis à l’extérieur du périmètre.

    À sa grande surprise elle vit une Koré en robe verte revenir du ruisseau tout proche, son panier de champignons presque vide. L’adolescente essayait de se montrer discrète dans l’obscurité, elle avait sans doute trompé la vigilance d’une Sœur et tentait un autre chemin pour rejoindre le périmètre autorisé. Elle se raidit quand leurs regards se croisèrent. Naëlis lui fit signe de s’approcher.

    — Ça va pas la tête ? lui lança-t-elle à voix basse. Et si un prédateur était passé par là, tu te rends compte ?

    — P…pardon, Sœur Naëlis, balbutia la jeune fille prise en faute. J’avais trop soif…

    — Tu aurais dû demander à Matria Aemi. Bon allez, tu as eu de la chance, va vite continuer la cueillette. Il ne reste pas beaucoup de temps avant la nuit.

    La jeune fille s’assit par terre. Elle ne semblait pas apprécier ce genre d’exercice.

    — J’ai pas de bol, j’en trouve presque pas, geignit l’adolescente.

    Naëlis s’apprêtait à l’encourager alors qu’une autre Koré surgit des fourrés avec un panier bien rempli de champignons blanchâtres.

    — J’en ai trouvé plein ! s’exclama-t-elle aux anges. Sœur Naëlis, c’est vrai ce qu’on dit sur les bolets du crépuscule ? Ils n’existaient pas avant l’ordre Ophrys ?

    Naëlis lui sourit, un peu embarrassée de ne pas connaître les prénoms des jeunes filles alors que toutes semblaient avoir retenu le sien. La Melishaï possédant la peau et les cheveux les plus clairs de tout le monastère ne passait pas inaperçue, bien malgré elle.

    — D’après la légende, ces champignons seraient même apparus pendant le règne de Shaïli Angama, notre fondatrice, expliqua Naëlis.

    — Elle les a découverts en même temps que le Seid, lança une troisième jeune fille qui s’approchait.

    — Pas tout à fait, corrigea la Melishaï. En fait, elle était déjà assez âgée… Enfin, cela reste une légende.

    — Racontez-nous, s’il vous plaît. De toute façon, le jeu est presque fini.

    Naëlis réalisa alors qu’elle se trouvait au milieu d’un petit attroupement spontané. Six Koré l’entouraient, la plupart chargées d’une belle récolte de bolets, et leurs yeux brillaient de curiosité sous les lueurs des lumines. Naëlis accepta de bon cœur.

     

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    « On raconte que dans sa soixante-dixième année, alors que personne ne pouvait soupçonner qu’elle avait seulement dépassé la moitié de sa longue existence, Shaïli Angama vécut une série d’évènements difficiles.

    C’était, logiquement, l’année 125 de notre calendrier planétaire. Pour la première fois, la fondatrice de l’ordre venait de bannir des consœurs dans le Kunvel. Une partie de ses propres disciples avaient monté un complot contre elle. Et parmi ces femmes se trouvaient celles que Shaïli avaient considéré comme ses meilleures amies.

    Jusqu’alors, aucune trahison de cette importance n’avait entaché les Sœurs. Il faut dire aussi que Shaïli se refusait à sonder les cœurs de ses disciples, elle préférait leur faire confiance en respectant leur intégrité.

    Le bannissement dans le Kunvel était déjà pratiqué contre les plus dangereux criminels, mais c’était la première fois qu’une telle condamnation touchait des Sœurs. Et de plus, tout un groupe. Les conspiratrices furent conduites dans les jungles noires une par une, en des endroits différents, pour ne pas leur laisser la moindre chance d’en réchapper.

    Tout n’était pas sombre car dans le même temps, les moniales venaient de parvenir à s’allier avec la quatrième espèce d’insectes sociaux, et la plus dangereuse : les vespères.

    Shaïli et les Veneris qui lui restaient fidèles décidèrent alors de créer la branche des Ordoshaï pour veiller à la sécurité et au respect des lois. Elles durcirent les préceptes de leurs enseignements et les critères de sélection de chaque rang au sein de l’ordre.

    Alors que dans un premier temps le Seid avait suffi à assurer la paix et la prospérité des Valokins, Shaïli Angama se retrouvait confrontée à un nouveau problème : ses propres disciples pouvaient aussi la trahir. Elle n’avait pas été assez intransigeante.

    L’intrusion dans les émotions des autres pour lire leurs intentions cachées devint une habitude. Mais Shaïli ne désirait pas que les choses se déroulent de cette manière. Ces décisions l’affectèrent beaucoup. »

     

    Naëlis réalisa que les Koré étaient maintenant une dizaine à l’écouter avec attention. Étonnée de susciter cet intérêt, elle poursuivit :

     

    « Il est bien connu que les mauvaises nouvelles arrivent rarement seules. C’est au cœur de ces tourments que la fondatrice de l’ordre Ophrys apprit le décès de son frère, Palden Angama.

    Depuis le temps de leur jeunesse et la découverte du Seid, le frère et la sœur étaient devenus des ennemis. Ils ne s’étaient pas adressé la parole depuis plus de quarante ans quand Shaïli apprit la disparition de Palden, et cette nouvelle lui déchira le cœur. Elle réalisa alors, face à l’inéluctabilité de la mort, à quel point elle aimait son frère et regrettait leurs divergences.

    Contrairement à Shaïli, Palden avait fondé une famille et laissé des descendants. Des neveux et nièces qu’elle ne rencontra jamais. Au terme d’une brillante carrière scientifique son frère était devenu un Ordonnateur, mais il termina sa vie malade et dans la plus grande solitude.

    Envahie par la tristesse, Shaïli partit seule dans la forêt, le visage baigné de larmes alors que le crépuscule s’étendait sur la Valoki. Les pleurs abondants ruisselaient dans un flot ininterrompu qu’elle chassait du bout des doigts, et l’on raconte qu’à l’endroit précis où tomba chacune de ses larmes poussa un champignon.

    Depuis cette époque, les bolets du crépuscule poussent dans cette forêt. Quelques soirs par an seulement, lors de la reprise des pluies à la fin de la saison ardente. On suppose qu’ils se sont multipliés d’eux-mêmes. Leur durée éphémère, leur qualité gustative et leurs vertus en ont fait les champignons les plus renommés de toute la ceinture tropicale.

    Alors vous voyez, ce que vous faites revêt une grande importance. Il ne s’agit pas d’une simple cueillette comme les autres. »

     

     

    Les jeunes filles acquiescèrent, enthousiastes. Certaines prenaient seulement conscience de la portée de cette légende. Elles marchaient sur les pas de Shaïli Angama.

    Le cor sonnant la fin de la sortie retentit. Naëlis aida les adolescentes à ramasser quelques champignons à la hâte, puis les Sœurs se regroupèrent pour rentrer au monastère.

    Sur le chemin, Matria Aemi vint marcher aux côtés de la Shaïli aux cheveux de miel.

    — Tu n’étais pas censée les aider, glissa-t-elle.

    — Désolée, c’est que je… commença Naëlis.

    — Je sais. J’ai décidé de ne pas intervenir car cela n’a pas affecté la cueillette, globalement la récolte est très bonne. Tu possèdes un don indéniable pour captiver leur attention… rassure-toi, je n’en parlerai pas à Matria Elorine. Elle est si conventionnelle.

    Naëlis et son ancienne professeure échangèrent un sourire complice.

    Elle avait de la chance d’avoir croisé le chemin de cette enseignante profondément bienveillante, au caractère compatible avec le sien, dès le début de son apprentissage. Là où d’autres ne voyaient qu’insolence et rébellion, Matria Aemi savait parfois reconnaître la curiosité, l’originalité, l’intelligence d’une idée nouvelle. L’émergence d’un talent.

    Mais une partie des Matria et des Veneris de l’ordre ne partageaient pas ses opinions, Naëlis allait bientôt découvrir à quel point.

    — Pensez-vous que cette histoire soit vraie, au sujet des larmes de Shaïli ? demanda-t-elle.

    — Qui sait ? répondit Matria Aemi. Il y a toujours une part de vérité dans les légendes…