• Légendes valokines (2) : Forêt sauvage

     

    Nord de la Valoki, future province du Jailong – Année 79

     

     

    D’énormes mandibules saisirent le corps de la manticre et le broyèrent en émettant un horrible craquement. Le corps de l’insecte fut sectionné en deux. Sa captive humaine s’étala sur le sol.

    Dans la seconde qui suivit, une balle explosive tirée par le fusil de Palden manqua sa cible et se perdit dans la végétation.

    Une seconde manticre encore plus grande venait de se jeter sur la première en un clin d’œil. La prédatrice brune qui allait tuer Ruby devait faire dans les trois mètres de haut. Celle-ci, entièrement blanche et ressemblant à une immense fleur, mesurait presque le double. Ces grands carnassiers sauvages s’adonnaient volontiers au cannibalisme.

    Les autres membres du groupe arrivèrent en trombe en entendant les cris et le coup de feu. La grande manticre blanche s’enfuit aussitôt, emportant une moitié de sa proie pour la dévorer dans un endroit plus tranquille.

     

    (Mante orchidée. Crédit photo : Luc Viatour)

     

     

    Palden se précipita vers Ruby en même temps que Nami et Curtis, le médecin et l’infirmier de l’équipe. La blessée était en état de choc, tremblante, au bord de l’évanouissement. Les pattes garnies de crochets avaient creusé des plaies sanguinolentes sur sa peau. Les mandibules avaient lacéré son cuir chevelu, du sang coulait de sa tête. Mais elle était vivante.

    Ses blessures furent désinfectées et pansées, on lui administra un sédatif et elle fut transportée au campement en vitesse. Ruby fut installée dans l’abri de fortune le plus confortable, où Nami et Curtis continuèrent les soins. Elle avait eu beaucoup de chance malgré tout.

     

    Rassuré sur son état, Palden ressortit de l’infirmerie improvisée après un long moment. La nuit tombait sur la forêt sauvage.

    Shaïli et d’autres membres du groupe avaient ramené les affaires abandonnées par le couple à la rivière, principalement les vêtements de Ruby. Ainsi que l’autre moitié du corps de la première manticre.

    Quand Palden les rejoignit, le frère et la sœur échangèrent un regard. Elle vit dans ses yeux qu’il n’était pas nécessaire de lui faire la morale, il avait compris son erreur et s’en voulait. Mais Shaïli profita de son avantage pour s’adresser à tout le groupe.

    — Nous entrons à présent sur un territoire complètement sauvage et imprévisible. Les protocoles de sécurité deviennent incontournables. À partir de maintenant, on ne commet plus d’imprudences et on arrête de jouer les têtes brûlées. D’accord, tout le monde ?

    La plupart acquiescèrent. D’autres gardèrent le silence en observant Palden, mais il regardait ailleurs sans réagir.

    Chacun retourna vaquer à ses occupations. Le frère et la sœur firent quelques pas ensemble à l’orée du camp, sous la surveillance des guetteurs. La nuit était déjà noire sous les tropiques.

    — Je n’aime pas trop Ruby… dit Shaïli tout bas. Mais j’espère qu’elle va bien s’en sortir. C’est risqué, ce que tu fais.

    — Comment ça ?

    — Si tu n’avais pas cette relation avec elle, tu n’aurais pas oublié d’être prudent. Tu ne devrais pas t’attacher à un membre de l’expédition.

    — Qui t’a parlé de s’attacher ?

    Shaïli eut un petit sourire désabusé.

    — N’empêche, avoue que tu étais distrait.

    — Ouais… tu as raison. J’ai été stupide sur ce coup. Quand je pense que c’est dans ce genre de conditions qu’on a perdu… enfin, tu le sais.

    Vingt ans auparavant, leur mère avait tenu à accompagner de nouveau son intrépide mari dans ses explorations, alors que leurs enfants étaient tout jeunes. Un scorpide l’avait tuée dans le désert rocheux du Calsynn.

    Shaïli soupira, les yeux dans le vague.

    — Je me souviens à peine d’elle.

    — Tu étais encore très jeune, dit Palden en posant une main sur l’épaule de sa sœur. Je m’en rappelle plus très bien non plus, en fait…. Désolé.

    — Pas grave, répondit-elle en reniflant. Allons manger, ça doit être prêt. Manticre grillée au menu… on a aussi trouvé des fruits comestibles, d’après les kits d’analyse.

    Ils rejoignirent le reste du groupe autour du feu, pendant qu’une partie de l’équipe montait la garde. Ils partagèrent un repas relativement frugal pour leur nombre, puis ne tardèrent pas à aller dormir.

    Construites uniquement avec des matériaux de la forêt, les cabanes primitives n’offraient qu’un confort spartiate. Elles abritaient quand même des intempéries avec leur toit couvert de grandes feuilles, leur plancher surélevé. La journée avait été bien remplie et ils se reposèrent malgré tout. Il fallait être en forme pour continuer leurs explorations dès l’aube.

     

     

    C’est sous un ciel pluvieux qu’ils se réveillèrent le lendemain. La forêt était envahie par la brume.

    Le feu avait été entretenu pendant la nuit à tour de rôle par les sentinelles, mais ils restèrent dans leurs abris de fortune pour partager le petit-déjeuner, en regardant la pluie tomber d’un œil maussade. Leur sommeil avait été interrompu par plusieurs passages d’animaux nocturnes, dont deux attaques de prédateurs heureusement repoussées.

    Ruby était encore faible. Avec la chaleur et l’humidité omniprésentes des tropiques, la moindre blessure pouvait ouvrir la voie à une infection.

    Ils décidèrent de s’établir plusieurs jours à cet endroit, de renforcer et d’agrandir leur campement tout en explorant le secteur. Il fut convenu de se diriger plein sud pour établir un deuxième bivouac potentiel, délimiter les limites d’un premier terrain à conquérir.

     

    La pluie cessa enfin dans la matinée.

    Les explorateurs utilisaient régulièrement leurs vibrolames dentelées pour se tailler un passage dans la végétation détrempée. Ils croisèrent de nombreux animaux, la plupart s’enfuyaient à leur approche. Leur progression dans la forêt sauvage se fit d’autant plus lente que chacune de ces rencontres fut une découverte.

    Leurs yeux exercés évaluèrent tout de suite de nouveaux éléments parmi ce qu’ils contemplaient. À mesure qu’ils avançaient dans cette nouvelle région, les espèces qu’ils connaissaient se mêlaient à d’autres, encore inconnues. Leur expédition prit alors une tournure tout à fait différente.

    Ils se mirent à scanner des plantes, des roches et des animaux inoffensifs qui se laissaient approcher. Prendre des mesures, des captures d’image en trois dimensions, récolter des échantillons.

     

    Comme leur père, Shaïli et Palden étaient des biologistes avant d’être des explorateurs. Elle était spécialisée dans la botanique, lui dans la zoologie. La plupart des membres de ce groupe avaient suivi une formation scientifique. Il y avait aussi un chimiste, une géologue, un médecin et son infirmier, des experts en armes ou en techniques de survie, différents techniciens pour assurer l’entretien du matériel…

    Ils furent impressionnés par l’ampleur de ce qu’ils découvraient.

    La faune et la flore déployaient ici une incroyable diversité. Des plantes singulières cohabitaient avec des espèces connues, des insectes étranges dont certains luminescents, des champignons omniprésents. La traversée d’un simple kilomètre pouvait maintenant leur prendre des heures.

    Certains commencèrent à réaliser qu’ils s’étaient montrés arrogants, en arrivant dans cette contrée insolite et débordante de vie comme dans un territoire conquis d’avance.

     

    Quand arriva la mi-journée, ils firent une pause pour se restaurer en haut d’une butte s’élevant dans une clairière. La chaleur était moite dans la jungle après la pluie. Des trouées de lumière bleue s’élargissaient parmi les nuages, le soleil les gratifia bientôt de brèves apparitions.

    Vers l’est, un groupe d’arbres-montagne dominait le paysage vallonné et brumeux qui se présentait à leur regard. Tous de la même espèce, ils avaient un bois gris et noueux, des formes tourmentées. Ils se montraient aussi particulièrement impressionnants dans leurs dimensions. Leurs immenses feuilles rondes se paraient d’un beau rouge sombre.

    — Que ces arbres sont majestueux… murmura Shaïli.

    Les humains avaient déjà vu quelques végétaux titanesques de ce type en Nemosia, mais contrairement à ce qu’ils imaginaient trouver, la Valoki abritait des espèces nouvelles, étonnantes. Plus imposantes encore et en grand nombre.

    Il s’agissait des premiers luvalianes jamais aperçus par des humains. On raconte que Shaïli les baptisa ainsi elle-même, comme la plupart des végétaux endémiques de la Valoki, à mesure qu’elle les recensait. Certains n’obtinrent leur nom définitif que plus tard, lorsqu’elle se trouva à la tête d’une nouvelle nation.

    À ce moment, personne ne pouvait encore se douter du destin tragique et grandiose qui allait bouleverser sa vie. Peu de détails semblaient la différencier de son frère et de leurs compagnons… tellement de choses allaient changer.

     

    Mais nos jeunes explorateurs avaient pour le moment des préoccupations plus pragmatiques. Après un bref repas constitué de rations froides, ils se remirent en route.

    Plus loin ils découvrirent un cénote, imposant gouffre creusé et rempli par les pluies dans les roches karstiques de cette région. L’eau était limpide sur plusieurs mètres, turquoise. Ils ne pouvaient en voir le fond qui se teintait en dégradé vers le bleu le plus sombre.

    — Quelles couleurs ! s’exclama Solveg.

    — Ça donne envie de se baigner par cette chaleur… glissa Bert. Pas vrai, Palden ?

    Une partie du groupe pouffa de rire. Le concerné regarda le sol sans répondre.

    — On va faire le tour pour le moment, proposa Shaïli avec un regard en biais vers son frère. Soyez prudents, je détecte pas mal de mouvements de l’autre côté.

     

    En contournant le cénote, ils se retrouvèrent face à d’autres myrmes qui leur barraient la route. Celles-ci se montraient bien plus imposantes et agitées que les pacifiques ouvrières jaunes rencontrées la veille. Elles étaient aussi nettement plus nombreuses. Les nuances nacrées et brillantes de leur carapace verte leur conféraient une apparence métallique.

    (Rhytidoponera metallica. Crédit : Steroid Maximus)

     

    Une bonne partie des myrmes était en train de dépouiller de ses graines une grande plante qui poussait au bord de l’eau. Un autre groupe, au sol, s’affairait à déplacer le cadavre d’une locustrelle qu’elles venaient de tuer. Il fallait être vraiment rapide pour chasser l’un de ses grands herbivores qui pouvaient bondir ou s’envoler à toute vitesse.

    Les humains s’arrêtèrent en hésitant à poursuivre leur chemin, armes à la main.

    Les myrmes les plus proches interrompirent leurs activités presque simultanément. Elles se tournèrent en même temps vers les nouveaux arrivants en agitant curieusement leurs antennes. Les insectes semblaient s’interroger sur le comportement à adopter devant ces étranges créatures bipèdes à la peau tendre qui osaient pénétrer sur leur territoire. Les humains émettaient des substances chimiques totalement nouvelles. Ces intrus peu nombreux pouvaient-ils représenter une menace sérieuse ?

    Les myrmes prudentes échangèrent brièvement un message olfactif et ce furent des soldates, plus grandes, qui s’avancèrent pour protéger les ouvrières. Ces dernières se focalisèrent à nouveau sur leur objectif principal : ramener de la nourriture à leur colonie.

    Une dizaine de soldates agressives s’avancèrent vers les humains en ouvrant ostensiblement leurs mandibules menaçantes, aussi longues que des sabres. Chacun de ces insectes combattants mesurait quatre mètres de long.

    — Tout le monde derrière moi ! dit Bert en déverrouillant sa sulfateuse meurtrière.

    Le groupe d’explorateurs se resserra de part et d’autre derrière le mitrailleur. Rester dans sa ligne de tir était la dernière chose à faire. Les myrmes continuaient d’approcher.

    — Tous prêts à faire feu ! lança Palden avec anxiété. Coup de semonce !

    Bert tira une rafale en l’air. Les soldates reculèrent instinctivement, mais d’autres surgissaient de la jungle derrière elles. Alors que les ouvrières se précipitaient hors de vue pour emmener leurs prises, des dizaines et des dizaines de myrmes combattantes affluaient.

    En l’espace de quelques secondes, les humains se retrouvèrent face à une armée. Toute la forêt semblait remplie d’insectes verts aux carapaces brillantes et irisées.

    — Mauvaise idée, le coup de semonce… reconnut Palden. On recule, que tout le monde reste calme !

    — On doit être à côté de leur nid, c’est pas possible qu’il y en ait autant ! observa Curtis.

    Le groupe se replia lentement à reculons. Les myrmes avançaient inexorablement. Des centaines de paires de mandibules prêtes à les tailler en pièces. Des mouvements partout derrière eux, il en arrivait maintenant de tous les côtés.

    Les explorateurs se figèrent. Ils étaient complètement cernés.

    — Super… dit Bert. On fait quoi, maintenant ?

     

     

     

     



     


  • Légendes valokines (1) : Les explorateurs

     

    Vallée des Mousses – Année 79 du calendrier planétaire

     

     

    — Je ne suis pas fâché de quitter les marécages, dit Palden.

    — Moi non plus, reconnut Shaïli. Mais je m’inquiète un peu de ce qui nous attend dans ces jungles…

    Depuis la petite colline qui marquait l’orée de la vallée des Mousses, le frère et la sœur parcouraient du regard le paysage qui s’offrait à leurs yeux.

    Comme la Nemosia toujours en cours de colonisation, découverte par leur père quelques années auparavant, il s’agissait d’un immense territoire au climat tropical. Encore vierge de toute présence humaine, la Valoki s’avérait bien plus luxuriante, dépourvue de savanes sèches. Elle ne semblait attendre que d’être explorée à son tour.

    Maintenant que Ramesh Angama était trop âgé pour entreprendre lui-même ce genre d’aventure, ses enfants prenaient la relève. Leur père leur avait transmis toutes ses connaissances sur la flore et la faune de cette planète mystérieuse, ainsi que de nombreuses techniques de survie leur permettant de subvenir à leurs besoins vitaux dans ces contrées hostiles.

    L’enfance de Palden et Shaïli avait était bercée par les fabuleux récits de leur père. Devenus adultes, ils avaient participé modestement à quelques découvertes en Nemosia pendant plusieurs années, puis ayant fait leurs preuves, avaient pris tout récemment la tête des opérations.

    Accompagnés d’une vingtaine d’autres explorateurs, le frère et la sœur contemplaient les forêts sauvages d’un œil critique. Il était temps de choisir un chemin pour leur équipe.

    Le bruit d’un moteur attira leur attention derrière eux. Un appareil volant s’apprêtait à atterrir au pied des falaises nemosianes, dans le petit village en pleine construction au cœur de la vallée des Mousses. Une navette de ravitaillement pour cette nouvelle colonie qui allait prendre le nom de Rizom.

    — Derrière nous, la civilisation avance, lança fièrement Palden.

    — Et devant nous… l’inconnu, dit Shaïli en souriant.

    Ils se tournèrent à nouveau vers le sud inexploré.

     

     

    La végétation exubérante envahissait le paysage dans une impressionnante explosion de vie. Parfums subtils, formes et couleurs somptueuses. Infinie variété de plantes s’élançant dans toutes les directions, certaines entrelacées dans une lutte sans merci, d’autres en parfaite symbiose. Une rivière, rendue trouble et impétueuse par de récentes pluies, ondulait paisiblement avant de disparaître dans la forêt émeraude.

    Les deux meneurs du groupe venaient de se mettre d’accord.

    — On va longer ce cours d’eau pour le moment, proposa l’aîné à voix haute. Ses berges semblent rocheuses et moins denses en végétation. Tout le monde est prêt ?

    La troupe d’explorateurs intrépides acquiesça dans un bel ensemble, ils se mirent en route.

    Outre Palden et Shaïli, il y avait aussi Ruby, Nami, Bert, Harald, Linh, Torsten, Solveg, Curtis… Tous portaient de lourds sacs à dos, des armes à feu, du matériel de survie, des vivres et divers appareils de détection. Tous étaient jeunes mais relativement expérimentés pour ce genre d’aventure.

    Ils furent les tout premiers humains à fouler la Valoki.

     

     

    Leur avancée fut facile dans un premier temps, et nos jeunes aventuriers se montraient enthousiastes, pleins d’assurance. Ils ne voyaient guère de différence avec le sud de la Nemosia, pour le moment, qui n’avait pas été trop difficile à conquérir. De plus, il y avait déjà quelques semaines que la vallée des Mousses était colonisée. Tous les insectes du secteur avaient été mis en fuite ou exterminés.

    À cette époque, les humains ne savaient pas faire autrement que s’accaparer leurs territoires par la force.

     

    Palden avançait en tête, arme au poing. Il était suivi de près par Ruby, sa petite amie du moment. Une parmi tant d’autres qui s’ajoutaient à son autre tableau de chasse, celui de séducteur.

    Shaïli se tenait juste derrière eux, détecteur à la main. Elle avait les yeux sans cesse en mouvement entre son écran, le sol devant ses pieds et la surveillance directe des alentours.

    La végétation géante restait trempée depuis les dernières averses. Des nappes de brouillard s’élevaient de la forêt çà et là, tandis que le soleil faisait quelques percées entre les nuages encore nombreux.

    Le groupe dut contourner un immense arbre-montagne qui plongeait ses racines dans la rivière boueuse.

     

    — Attention ! s’écria Curtis en pointant son fusil sur leur gauche.

    Une arane monstrueuse s’avançait discrètement vers eux, en partie cachée derrière des feuillages. Son corps et ses huit pattes étaient recouverts d’une fourrure sombre irisée, jetant des reflets multicolores alors qu’elle passait dans un rayon de lumière entre les arbres.

    Shaïli était la plus proche de la créature. Elle lâcha son détecteur de mouvements pour saisir son fusil, tout en observant, fascinée, la grâce de ses déplacements au ralenti. L’arane était d’abord restée prudemment immobile alors que les explorateurs approchaient. Elle bougeait à présent si lentement que l’appareil ne l’avait pas détectée. D’abord alléché par l’arrivée de proies potentielles, le prédateur semblait hésiter devant leur nombre.

    — Beurk ! s’exclama Ruby. C’est vraiment moche, ces saletés.

    L’arane commençait à battre en retraite quand une puissante déflagration éclata. La créature reçut la balle explosive en plein thorax. Palden n’avait pas hésité à ouvrir le feu pour se pavaner devant sa petite copine.

    Cette première détonation donna le signal à d’autres membres du groupe qui ne demandaient qu’à défouler leurs pulsions agressives pour oublier leur peur. Un déluge de balles s’abattit sur l’arachnide. L’animal tenta de fuir mais les impacts creusèrent des trous profonds dans son corps, deux de ses pattes furent sectionnées. Criblée de projectiles, sa grosse tête fut même réduite en bouillie sous la violence des dernières rafales.

    — Cessez le feu ! cria Shaïli. Vous ne voyez pas qu’elle est morte ? Bande de crétins !

    Le cadavre velu était encore agité de convulsions, mais son état ne laissait aucun doute. C’était une boucherie. Ils ne lui avaient laissé aucune chance d’en réchapper.

    — Tu devrais plutôt nous remercier ! lança Ruby avec mépris. Elle n’aurait fait qu’une bouchée de toi.

    — N’importe quoi ! s’énerva Shaïli. Vous avez bien vu qu’elle était en train de reculer !

    Ruby s’avança vers elle d’un air menaçant.

    — Espèce d’ingrate, ferme ta grande…

    — Ça suffit, vous deux ! coupa Palden. Shaïli a raison, on vient de gaspiller un max de munitions. Ma balle aurait suffi à la mettre en fuite.

    — Pfff, souffla Ruby. Toujours à défendre ta sœur, hein ?

    — Allez, en route, dit-il sèchement. On n’a pas toute la journée.

    Les deux filles se lancèrent un regard noir, puis chacune entreprit de faire comme si l’autre n’existait pas.

     

     

    Leur progression devint difficile au fil des heures. La végétation se faisait de plus en plus dense, même au bord de l’eau. Les arthropodes de plus en plus nombreux. Pour ne rien arranger, les nuages se rassemblaient à nouveau. Le vent agitait les branchages de la forêt géante.

    Ils croisèrent une troupe de myrmes jaunes qui s’affairaient à transporter de grandes feuilles. Devant un tel nombre, la peur poussa les jeunes humains à pointer leurs armes aussitôt. Ces insectes se montrèrent pacifiques et curieux, inconscients du danger. L’une des myrmes posa son fardeau pour s’approcher de Bert. Le jeune homme du groupe de tête portait une imposante mitrailleuse rotative.

    — Éloignez-vous de ma ligne de tir, dit-il à ses coéquipiers en déverrouillant le cran de sécurité de son arme. Si cette bestiole s’approche encore, j’allume toute la famille.

    À cette époque, il n’existait pas encore de diffuseurs de phéromones pour repousser les insectes. Les explorateurs tiraient parfois simplement des coups de semonce avec leurs armes pour les faire fuir. Il leur arrivait aussi de massacrer les animaux qui croisaient leur route, en théorie seulement quand ces derniers représentaient une source potentielle de danger.

    — Attends ! dit Shaïli. Je ne crois pas qu’elles nous veuillent du mal.

    (crédit photo : AJC1)

     

    Une des myrmes était à présent si proche de Bert qu’elle touchait presque son casque avec ses antennes. Le jeune homme eut un brusque mouvement de recul et la myrme fit également un petit bond en arrière.

    — Je préfèrerais quand même qu’elles restent à distance, grogna-t-il.

    — On dirait qu’elles ont aussi peur que toi, railla Palden.

    — Très drôle, répliqua Bert. Tu veux venir à ma place ?

    Palden eut un petit rire et tira une salve en l’air. Les myrmes s’égaillèrent aussitôt pour disparaître dans la jungle tropicale.

    Shaïli souffla bruyamment.

    — Et ça, ce n’est pas du gaspillage de munitions, peut-être ?…

    — Assez marché pour aujourd’hui, décida Palden en ignorant la remarque de sa sœur. Si on veut monter un campement digne de ce nom, il est temps de s’y mettre.

    Les champs de force n’étaient pas encore au point, en ce premier siècle, et ils demandaient des quantités phénoménales d’énergie. Mais les explorateurs disposaient d’un autre atout pour repousser les arthropodes géants. Comme tout animal sauvage, ceux qui peuplaient ce monde craignaient le feu.

    Pendant qu’une partie du groupe surveillait attentivement les environs, armes à la main, les autres déballaient des affaires. Un grand cercle de pierre fut monté pour abriter le foyer dont les première flammes ne tardèrent pas à s’élever vers le ciel. Certains réunissaient quantité de bois sec pendant que d’autres montaient des cabanes avec des rondins, des branches entières et de larges feuilles, le tout renforcé à l’aide de grosses pierres.

    Quand le campement fut opérationnel, ils firent un compte-rendu de leur progression à la colonie de Rizom par radio. Puis ils se répartirent en plus petites sections et chacune se vit attribuer un tour de garde.

     

    Alors que la journée touchait à sa fin, Ruby proposa à Palden d’aller se baigner. Il se laissa convaincre et le couple s’éloigna vers un coin tranquille de la rivière, sous le regard désapprobateur de Shaïli. Mais personne ne leur dit rien.

    Ruby se jetait dans les bras de Palden en l’embrassant fougueusement. En arrivant devant le cours d’eau, elle entreprit de se déshabiller en jetant ses vêtements n’importe où, tout en courant vers la rivière. En petite tenue, elle se tourna vers son compagnon avec un sourire aguicheur.

    — Allez viens, gros bêta. C’est à toi de m’enlever le reste !

    Palden posa son arme en soupirant, s’appuya contre un rocher et entreprit d’enlever ses chaussures.

    — C’est pas très prudent, dit-il. On devrait plutôt… Ne bouge surtout pas !

     

    (crédit photo : Luc Viatour)

     

    Une énorme manticre se tenait juste à côté de la jeune femme. Le camouflage de la carapace brune lui donnait l’aspect rugueux d’un tronc d’arbre. La position de ses grandes pattes ravisseuses évoquait une prière funeste. Ruby tourna la tête vers l’insecte prédateur en étouffant un cri.

    Palden tendit lentement une main vers son arme posée à côté sur le rocher. Surtout pas de geste brusque. La tête triangulaire de la créature fixait Ruby de ses gros yeux globuleux. Les mandibules claquèrent en se penchant devant le visage de la jeune femme, elle poussa un hurlement.

    Les pattes ravisseuses se déployèrent à toute vitesse et la saisirent pour l’attirer vers elle. L’énorme insecte saisit sa tête entre ses puissantes mandibules.

    Scrotch !

     

     

     



     


  • Pourquoi j’ai choisi de publier sur Amazon

     

    Au départ, je n’avais pas du tout prévu de publier sur Amazon.

    Enfin, pas directement. Mais quand on est écrivain, on souhaite que nos livres soient lus. Pour qu’ils bénéficient d’une bonne visibilité, c’est une entreprise incontournable de nos jours.

    Bien sûr il s’agit d’un géant du web, un des fameux GAFAM qui s’arrogent le monopole et écrasent tous les concurrents sur leur passage. Une entreprise à taille industrielle. Si vous avez lu mes romans ou certains de mes textes sur ce blog, vous avez compris que l’industrie et moi, on n’est pas très copains.

     

    Si j’écris cet article aujourd’hui, c’est parce que je viens de republier Entom Boötis – Les Sœurs du Miel sur Amazon.

    Il me semble donc intéressant de vous expliquer pourquoi. Si vous écrivez aussi, mon expérience pourrait vous être utile.

     

     

    Lorsque j’avais publié ce premier roman en octobre 2017, j’étais passé par Librinova. Ce qui me permettait d’être présent sur les plus gros sites de vente, tout en participant au fonctionnement d’une entreprise française à taille plus humaine.

    Une équipe essentiellement féminine et sympathique à première vue, des services à la carte, des relations avec l’édition traditionnelle, tout cela me semblait très intéressant.

    Sauf que…

     

    Ça revient assez cher

     

    On ne se rend pas bien compte de tout ce qu’implique la sortie et la promotion d’un roman, quand on débute.

    Au départ ça ne semble pas si important, on paie une somme modeste pour le format numérique. On se dit que ça serait bien de sortir le livre au format papier également. Comme je ne savais pas encore réaliser moi-même la maquette pour la mise en page, j’ai payé ce service en plus de la publication.

    Ensuite, le suivi des ventes pour savoir combien d’exemplaires sont vendus et sur quels sites. Payant aussi. Puis on se dit que ce serait bien de faire un peu de promotion. Tellement de livres sortent chaque jour, pas facile de se faire connaître.

    Au final, tout ça m’a coûté pas mal d’argent en seulement une année. Plusieurs centaines d’euros.

     

    On nous propose des services qui semblent alléchants bien qu’assez coûteux : envois à des blogueurs littéraires, présentation sur un site de libraires et d’éditeurs, pub sur Facebook, etc. On se dit qu’il faut tester pour savoir ce que ça vaut, que dans toute entreprise il faut faire des investissements.

    Eh bien, toute proportion gardée, ces investissements n’ont pas été efficaces pour mon roman. Pour certains, j’ai franchement l’impression d’avoir jeté mon argent par les fenêtres.

    Et encore, j’avais réalisé moi-même les corrections et l’illustration de la couverture. J’imagine pour celles et ceux qui n’ont pas d’autres compétences que l’écriture, et paient absolument tout ce qui va accompagner leur texte…

    Pour la promo, peut-être que c’est à cause de l’étiquette « science-fiction », me direz-vous, qui ne se vend pas aussi bien que d’autres genres en France. N’empêche, les services on les paie le même prix que les auteurs qui surfent sur les tendances à la mode. Et en ce qui me concerne, il n’y a pas eu de résultat probant.

     

     

    C’est temporaire !

     

    Eh oui ! J’ai réalisé un peu tard que la publication de mon roman n’était valable qu’un an. Donc il faut repayer chaque année, sous peine de voir le livre qui nous a demandé tant de travail et d’efforts disparaître dans les limbes !

    Ah bon… si, si. Un peu limite quand même. Vous imaginez combien cela peut coûter au bout de cinq romans publiés, tous les ans ?

    Et dix !  O_o

    Ce qui veut dire aussi qu’un an après notre mort, maximum, terminé plus de romans. Ben oui, il faut quand même y penser, ça finira par arriver. L’intérêt c’est aussi que nos écrits restent disponibles longtemps après notre disparition. Laisser un petit quelque chose derrière nous, non ?

    On peut aussi se retrouver simplement en galère d’argent. Avec ce genre d’entreprise, le jour où tu ne peux plus payer… adios !

     

     

    Je vous passe des détails sur certains petits problèmes avec Librinova. Il y a eu de très bonnes choses, selon les interlocutrices. Mais j’ai eu aussi quelques déceptions cuisantes sur la qualité des services proposés, et certaines réponses reçues quand j’en ai fait la remarque. Malgré des coûts parfois importants, aucune garantie de résultat ?

     

     

     

    Bref, j’ai changé d’avis…

     

    Peut-être que j’avais mal choisi au départ, que d’autres entreprises du même genre auraient été plus intéressantes pour moi. Moins coûteuses. Je n’ai plus tellement envie d’en essayer d’autres pour me rendre compte si ça me convient ou pas.

    J’étais allé vers Librinova parce que j’avais reçu un « code promo » pour aller chez eux, de la part des Éditions Fleuve quand ils avaient refusé mon manuscrit.

     

    Cela représente déjà beaucoup de boulot d’écrire un roman. D’autant plus quand on fait soi-même la couverture, la correction… Et en plus il faudrait payer des centaines d’euros pour publier notre travail ? Non, sans façon. C’est moi qui leur ai dit « bye bye » en premier. Désormais, je préfère apprendre à tout faire moi-même.

    C’est donc ce que j’ai fait avec Le journal illégal de Bakir Meyo, comme je l’expliquais dans l’article précédent. Maintenant, je sais réaliser toutes les étapes pour publier un livre. Même pour les plus techniques et laborieuses, je me débrouille tout seul. Tout s’apprend les amis.

     

    Je viens de reprendre toute la maquette de mon premier roman, y compris des retouches sur la couverture, car les formats n’étaient pas exactement identiques. La maquette que j’avais payée ne me sert plus à rien. Encore des journées entières de boulot, sur un livre déjà publié depuis un an… mais c’est fait.

    Cette fois, je n’aurai plus à payer pour Les Sœurs du Miel. Je ne changerai plus de plateforme, à moins de trouver un vrai éditeur sait-on jamais. Mais dans ce cas, ce sera son travail de refaire éventuellement la mise en forme ou le design. Et de toute façon, j’aime bien garder mon indépendance.

    Je vais pouvoir me consacrer pleinement à des textes nouveaux, maintenant.

     

     

    Voilà ce que ça m’apporte :

     

    Gros avantage avec Amazon, à condition bien sûr de leur fournir des fichiers qui correspondent à leurs exigences de mise en forme, on ne paie absolument rien.

    Ils prennent un petit pourcentage sur les ventes, normal après tout. Au moins, ils font leurs bénéfices proportionnellement à ceux des auteurs. S’il fait tout lui-même, l’écrivain ne débourse pas le moindre euro, y compris pour la version papier de ses livres.

    Ils ne vont pas vous imposer des frais pour que vos œuvres restent disponibles dans le temps. Et cette entreprise ne va pas disparaître de sitôt…

    Le coût d’impression (et même le tarif des exemplaires pour l’auteur) est plus intéressant. Ce qui m’a d’ailleurs permis de baisser un peu le prix pour mes lecteurs et lectrices, sans perdre de bénéfices sur les ventes de mon côté.

    Je dois ajouter que même si mon roman était aussi disponible sur la FNAC, Decitre et plus de 200 librairies numériques, presque toutes mes ventes ont été réalisées sur Amazon. Et chez eux, le suivi des ventes est gratuit.

     

    Donc voilà, je tenais à m’expliquer sur mon changement de point de vue et mon choix de publication.

    Malgré toutes les polémiques sur cette entreprise, par rapport à la manière dont sont traités leurs employés, ou les fortunes de leurs dirigeants, Amazon est d’une indéniable efficacité.

    Ils sont très rapides à réagir, au moindre souci sur une commande on vous renvoie un autre article. Le client est vraiment roi chez eux.

    Et les auteurs aussi, dans la mesure où ils disposent de facilités incomparables pour publier leur travail.

    Certaines entreprises « d’auto-édition » se font pas mal d’argent grâce aux auteurs indépendants, dont la majorité dépensent finalement plus d’argent qu’ils n’en gagnent avec leurs écrits. Arnaque ? Je vous laisse juger.

    En tout cas, maintenant je vais faire sans eux. J’ai tenté une voie qui me semblait plus humaine avec Librinova. Mais au final, j’étais leur client et pas leur partenaire. Un an et un roman m’auront suffit pour changer d’avis. Au moins, je suis allé voir par moi-même et j’en retire une expérience.

     

    Je sais que certaines personnes boycottent Amazon, ou préfèrent passer par d’autres sites pour faire leurs achats. Si c’est votre cas et que vous souhaitez quand même vous procurer un de mes romans, il vous suffit de me contacter : sandro@entombootis.com

     

     



     


  • Le journal illégal de Bakir Meyo

     

    Salutation !

    Je n’avais pas donné de nouvelles depuis quelques temps, mais j’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon deuxième roman.

    Le journal illégal de Bakir Meyo est disponible dès aujourd’hui sur Amazon ! Il regroupe l’ensemble des récits de ce personnage, dont vous pouvez lire la première partie ici sur le blog, dans la catégorie qui lui est consacrée.

    Vous pouvez vous procurer le roman complet en version numérique et papier. Il est également disponible à l’emprunt pour les abonnés Kindle. Il suffit de cliquer sur la couverture pour vous rendre sur la page de vente :

     

     

    Ce livre est seulement accessible sur Amazon, en tout cas pour le moment. J’ai décidé de le publier chez eux pour plusieurs raisons, et entre autres, cela me donne l’occasion de participer au concours des Plumes francophones 2018. J’en profite pour remercier Marjorie de m’en avoir parlé ! Pour y inscrire un livre, l’une des conditions est de réserver l’exclusivité à Amazon jusqu’à la fin du concours, au mois d’octobre prochain.

    Certains de mes lecteurs et lectrices peuvent être réfractaires à l’idée d’acheter leurs livres chez eux, aussi je vais commander quelques exemplaires papier. Si vous souhaitez acheter ce roman sans passer par Amazon, il suffit de me contacter : sandro@entombootis.com

     

    Je vais étudier mes possibilités pour le diffuser sur d’autres sites de vente, quand le concours sera terminé. C’est le premier livre que je publie sans aucun intermédiaire, alors je ne me suis pas encore penché là-dessus sérieusement. D’autant que j’ai trois mois devant moi avant l’échéance… ce sera fait en son temps.

    Ma priorité c’était d’abord de me familiariser avec leurs outils de publication, car cette fois, j’ai dû tout faire moi-même.

    Je n’ai pas compté les heures que j’ai passées à lire des consignes techniques puis à les appliquer, à comprendre et corriger mes erreurs parfois, dans le but de réaliser les maquettes pour les deux versions, numérique et papier. C’est du boulot !

    Par contre le gros avantage, c’est qu’en faisant tout soi-même ça ne coûte pas d’argent à l’auteur. Beaucoup de temps et d’efforts, mais je n’ai pas à payer pour publier mon travail. C’est ainsi avec l’auto-édition. Soit on apprend à tout faire, soit on paie d’autres personnes qui vont effectuer certaines tâches pour nous. Ça peut revenir cher.

     

     

    Je me tourne donc au maximum vers le DIY (do it yourself).

    Pas facile d’être à la fois écrivain, illustrateur, correcteur, maquettiste, éditeur… il faut y consacrer beaucoup de temps et d’énergie. Prendre du recul, être capable d’autocritique, se remettre en question, apprendre à utiliser de nouveaux outils, de nouvelles techniques. Rester zen et patient quand on bloque sur une étape 🙂

    Mais cela apporte aussi l’avantage de l’indépendance, la possibilité d’avoir un meilleur contrôle sur le résultat final. Pour moi qui suis assez pointilleux sur les détails, c’est très intéressant. J’ai appris beaucoup de choses ces dernières semaines et même si c’était parfois fastidieux, j’ai trouvé tout ça passionnant.

    Apparemment j’ai bien fait le job, car Amazon a accepté mes fichiers du premier coup, sans me demander la moindre retouche.

     

    Le premier jet m’a occupé jusqu’au début du printemps, finalement. Alors je suis content d’avoir atteint l’objectif que je m’étais fixé de le publier cet été.

    Dans un article précédent, j’avais annoncé que la version numérique du roman de Bakir Meyo ne dépasserait pas les 2 euros. En fait, pour participer à ce concours j’ai dû fixer le prix à 2,99 €. C’est le tarif minimum. La version papier quant à elle coûte 12 €.

     

    J’ai fait de mon mieux pour assurer une certaine qualité à ce roman, avec le soutien aussi de trois personnes qui m’ont aidé à traquer les fautes, améliorer la syntaxe de certains passages, peaufiner la couverture et la présentation. Je ne les ai pas oubliées dans mes remerciements, à la fin du livre.

    Cela dit, il peut toujours rester des petits défauts qui m’auraient échappés. Si vous en trouvez, n’hésitez pas à m’en faire part.

     

    ◊♦◊

     

    J’espère que vous passerez de bons moments avec les récits et les réflexions de Bakir Meyo, si vous lisez ce roman. Il s’avère assez différent de mon premier, même s’il a lieu également sur Entom Boötis. Il m’a semblé intéressant d’aborder le même univers depuis un point de vue différent, en l’occurrence le Tharseim. Ce pays qui ressemble beaucoup à nos sociétés modernes, ou à ce qu’elles risquent de devenir…

    Si vous préférez l’ambiance des Sœurs du Miel rassurez-vous, la suite est en cours de création. Elle sortira l’année prochaine si tout se passe bien.

     

    Vos commentaires sont plus que bienvenus sur Amazon, pour aiderLe journal illégal de Bakir Meyo à se faire connaître auprès des autres lecteurs. Cela peut paraître anodin mais des avis positifs peuvent beaucoup influencer d’autres personnes dans leurs achats. Si vous avez des critiques, j’espère simplement qu’elles seront constructives.

    Pour finir, voici la maquette de la couverture du livre broché. En cliquant dessus, vous irez aussi directement sur la page Amazon :

     

     

    Merci pour votre soutien !

    À bientôt.

     



     


  • Un choix difficile pour Elorine Sequoia

     

    Cruzco, nord-est de la Nemosia – année 596.

     

    —Je… je vous conseille de res… rester assis ! bégaya l’homme d’une voix fébrile.

    Sa main tremblait alors qu’il pointait nerveusement son pistolaser vers les hommes et les femmes assis autour de la table de réunion. Il semblait complètement perdu, affolé, passant de l’un à l’autre en brandissant son arme.

    — Calmez-vous, tenta de tempérer la préfète Dembali. Rangez cette arme et asseyez-vous, je suis sûre que tout le monde autour de cette table est disposé à vous écouter. Mais par pitié, arrêtez de nous menacer.

    — Elle a raison, intervint l’édile Darek. Si vous nous disiez plutôt ce qui vous amène ?

    À chaque fois qu’une personne lui adressait la parole, l’homme braquait le canon de son arme vers son interlocuteur. Il transpirait à grosses gouttes et semblait sur le point de céder à la panique, de faire une énorme erreur en commettant un crime dont il ne pourrait lui-même réchapper indemne.

    Il avait réussi à se faufiler dans la salle sous le nez des gardes, avant de bloquer l’unique porte. Mais ce n’était qu’une question de minutes, avant que les agents assurant la sécurité de toutes les personnalités présentes ne parviennent à entrer et le mettent hors d’état de nuire. Discrétion oblige pour cette réunion clandestine, l’escorte des notables nemosians s’avérait minimale.

    — Vous… vous conspirez contre la monarchie ! lança l’agresseur d’une voix incertaine. Je ne pe… peux pas vous laisser faire… c’est la g… guerre civile que vous allez provoquer !

    L’édile Darek se leva de son fauteuil pour attirer son attention sur lui. L’homme le braqua aussitôt.

    — Je vou… vous ai dit de rester assis ! J… je vais ti… tirer !

    Crysarios leva ses mains pour signifier qu’il n’allait rien tenter contre lui. La préfète Dembali s’adressa à l’homme d’une voix douce.

    — Je vous reconnais, monsieur Galesia. Vous êtes de la région de Cruzco, tout comme moi. Calmez-vous, personne ne vous veut le moindre mal.

    — M… mais je… vous…

    — Vous n’avez aucune envie de blesser qui que ce soit, j’en suis sûre. N’est-ce pas ?

    Tous les regards se tournèrent vers la seule personne présente qui n’était pas Nemosiane. Vêtue d’une ample robe blanche à capuche, l’ambassadrice de l’ordre Ophrys s’exprimait toujours posément. Elorine Sequoia n’avait pas besoin d’élever la voix pour capter l’attention de ses interlocuteurs.

    Kamau Galesia la regarda également, et à l’instant où il croisa ses yeux bleu clair, offrant un contraste saisissant avec la peau sombre de la Matria, il fondit en larmes en laissant tomber le pistolaser.

    — B… Bien sûr que je ne v… veux pas tirer sur quel… quelqu’un.

    Crysarios s’approcha doucement en lui adressant un geste de réconfort, tout en posant le pied sur l’arme tombée au sol.

    — Voilà qui est mieux, dit-il avec un regard reconnaissant vers Elorine. Asseyez-vous, monsieur Galesia, et dites-nous calmement ce que vous avez sur le cœur. Je suis sûr que nous allons trouver une solution tous ensemble.

    Toutes les personnes assises autour de la table approuvèrent. Secoué de sanglots, Kamau Galesia obtempéra et prit place avec les édiles et préfets nemosians. C’était moins une.

    Elorine cessa d’influencer ses émotions pour qu’il s’exprime librement, tout en restant vigilante et prête à intervenir de nouveau. En dosant subtilement une forme de joie pour l’apaiser, tout en le submergeant de honte, elle venait de désarmer complètement son agressivité.

    La colère et la panique cédant maintenant la place à la raison, il prit sa tête entre ses mains en réalisant les conséquences de ce qu’il s’apprêtait à faire.

    — Je suis dé… désolé. Je t…travaille dans l’agriculture. On a cru bien faire. Notre co… coopérative s’est agrandie, on a énormément investi pour to… tout automatiser, augmenter la production, on s’est endetté auprès des ban… banques nordiques… les machines, les engrais, les se… semences, tout coûte cher ! Et vous voulez revenir en arrière main… maintenant. Vous allez nous cou… couler !

    Des gardes de la sécurité parvinrent alors à débloquer la porte et commencèrent à investir la salle précipitamment, armes au poing. Les deux préfets qui dirigeaient la réunion leur ordonnèrent aussitôt de retourner dans le couloir sans intervenir. Crysarios leur confia discrètement le pistolaser.

    — Nous sommes tout à fait conscients de ce genre de problèmes, monsieur Galesia, assura Amalia Dembali, la préfète de sa région. Nous prévoyons justement de verser des aides aux entreprises pour qu’elles sortent de l’industrialisation. C’est l’un des sujets principaux de cette réunion.

    — Vrai… vraiment ? balbutia Kamau Galesia.

    — Mais oui, confirma le préfet Saliego qui gouvernait la région de Meriv. Ce n’est pas pour nos intérêts personnels que nous refusons de continuer à suivre la voie prise par nos monarques successifs, mais bien pour l’ensemble des Nemosians. Même si nous ne sommes que deux préfets sur les huit à nous rebeller, pour le moment, nous avons bon espoir de réussir à convaincre les autres… avec le temps.

    Il se tourna vers la préfète Dembali qui approuva d’un hochement de tête.

    — Nous ne pouvons pas laisser se reproduire ce qui s’est passé avec la mer Orange, ajouta sombrement Crysarios.

    — Des rumeurs disent que vous souhaitez vous rapprocher à nouveau des Valokins, dit Kamau Galesia. Si c’est vrai, je risquerais de perdre mon travail…

    L’agriculteur devenu gérant industriel ne bégayait plus, maintenant qu’il recouvrait son calme. Il lança un regard embarrassé à Elorine.

    — Rien de personnel, se hâta-t-il d’ajouter.

    Un bref sourire conciliant se dessina sur les lèvres de la Matria. La préfète Dembali s’éclaircit la gorge pour attirer l’attention.

    — La transition ne sera pas facile, mais je le répète, nous allons vous aider. Il ne va pas s’agir simplement d’un retour en arrière : vous pourrez continuer à utiliser les machines et les méthodes qui ne détériorent pas l’environnement, ni la qualité des produits qui sortent de vos fermes. Nos techniciens sont déjà au travail pour trouver les meilleures solutions envisageables.

    — Il s’agit de voir les choses dans leur ensemble et à long terme, ajouta Elorine. La mentalité propagée par les Thars, qui promeut les profits rapides au détriment de toute autre considération, a déjà fait bien assez de dégâts dans votre pays. Je suis présente à cette réunion pour vous assurer du soutien total de l’ordre Ophrys dans cette conversion. Si les Valokins parviennent à vivre correctement en respectant certains principes, il n’y a pas de raison que les Nemosians ne puissent pas faire de même.

    À voir sa tête, Kamau Galesia ne semblait pas encore convaincu.

    — Je vais vous poser une question toute simple, intervint de nouveau Crysarios Darek. Êtes-vous plus heureux qu’avant, monsieur Galesia ?

    — Non, répondit celui-ci après un instant d’hésitation. Je gère des volumes d’argent plus importants, mais je vois bien les dégâts sur nos sols… J’ai tellement de dettes que je n’arrive pas à mieux gagner ma vie pour autant. Les banques des Thars nous tiennent par les c…

    — Alors, nous sommes d’accord. Je suis persuadé que nous allons trouver un terrain d’entente, monsieur Galesia…

    La réunion se poursuivit ainsi pendant de longues heures. Après avoir abordé les problèmes liés à l’agriculture, Kamau Galesia se retira sans plus faire d’histoires, malgré l’invitation des préfets et édiles à rester pour assister à l’ensemble des débats. Il avait de bonnes nouvelles à annoncer à ses collègues.

    Les notables nemosians furent quand même soulagés de le voir repartir sans heurts. Ils remercièrent chaleureusement Elorine pour son invisible mais néanmoins vitale intervention.

     

     

    Il était déjà bien tard quand Elorine et Crysarios se retrouvèrent enfin seuls dans un hôtel de Cruzco. Ils montèrent dans la chambre de l’édile. Crysarios servit des verres d’alcool avant de s’affaler dans un canapé, épuisé.

    — Merci encore de l’avoir influencé, dit-il. Je pense qu’on aurait eu beaucoup plus de mal à calmer ce type sans toi… Nous avons peut-être même évité un drame.

    — Sans doute, concéda Elorine. Mais mon intervention sur ses émotions ne pouvait être que temporaire. Il a fallu tous vos talents de pédagogues et de diplomates pour le convaincre durablement de votre sincérité. Je dirais que nous avons tous bien œuvré, ensemble.

    — À ta modestie, lança Crysarios en tendant son verre pour trinquer avec elle.

    Elorine fit une petite moue désapprobatrice, puis finalement accepta de boire ce verre avec son amant.

    — Je ne vais pas rester dormir avec toi ce soir, annonça-t-elle alors qu’il commençait à devenir entreprenant.

    — Qui parle de dormir ? répliqua Crysarios avec un sourire entendu.

    — Tu m’as très bien comprise.

    Il recula d’un pas en la regardant intensément.

    — Tu sais que je t’aime, Elorine.

    Elle soupira bruyamment avant de reposer son verre à moitié vide.

    — Nous ne pourrons jamais former un couple, Crys. J’ai prononcé mes vœux de Matria depuis trois années. Il m’est impossible de revenir sur mon serment…

    — Cela fait treize ans que j’ai perdu Valeria, et aucune autre femme que toi ne pourrait la remplacer dans mon cœur. Ma fille va bientôt quitter Meriv pour venir faire ses études ici, à l’université de Cruzco. Nous pourrions commencer une nouvelle vie, tous les deux…

    Il posa son verre et prit ses mains dans les siennes, sans cesser de la dévisager. Les yeux de Crysarios exprimaient autant de bonté que de tristesse. Le regard d’Elorine devint inhabituellement fuyant.

    — Je deviendrais une paria en Valoki, en faisant cela. Une traîtresse.

    — Tu pourrais te cacher en Nemosia. Je pourvoirai à tous tes besoins…

    — Non. C’est impossible, je te l’ai dit. Je ne peux pas me soustraire à mon devoir. L’ordre Ophrys compte sur moi, il représente toute ma vie, j’ai donné ma parole et il est hors de question que je me parjure. Nous avons passé de merveilleux moments ensemble, mais je… c’est terminé, Crys. Je suis vraiment désolée.

    Les larmes aux yeux, Crysarios la prit dans ses bras. Ils sanglotèrent ensemble.

    — C’est dur à accepter mais je comprends, annonça-t-il après un instant. D’accord, je… n’insisterai plus.

    Elorine l’embrassa tendrement.

    — Merci. Il doit nous rester quelques heures avant que le jour se lève… profitons de notre dernière nuit ensemble. Ensuite, il sera temps de se dire adieu.

    Elle avait changé d’avis, en partie. Ils firent l’amour une dernière fois. Puis l’aube arriva et le cœur lourd, sans avoir dormi ni l’un ni l’autre, ils durent se séparer pour prendre des directions différentes. Chacun vers ses responsabilités.

     

    (crédit illustration ? aucune idée… mais j’adore et je l’ai trouvée )

     

    Ils avaient alors tous les deux la trentaine. Elorine rejoignit le monastère principal de l’ordre Ophrys, dans la province de Leda en Valoki, tandis que Crysarios retrouva la cité de Meriv et ses écosystèmes ravagés, qui allaient lui demander tant d’efforts dans l’espoir d’y réparer les terribles erreurs des Nemosians.

    Chacun se plongea dans le travail pour tenter d’oublier, d’apaiser son chagrin. Ils ne se revirent pas pendant de très longues années. Pourtant, le temps n’allait jamais effacer le lien qui les avait unis. Ils ne purent retrouver une relation aussi forte que celle qu’ils avaient partagée. Aucun des deux ne connut à nouveau l’amour.

     

    Le sens du devoir peut être un fardeau bien lourd à porter, quand il va à l’encontre de nos sentiments.

    Existe-t-il vraiment une décision meilleure que l’autre dans ce genre de situation ? Assumer ses obligations le cœur déchiré, ou rompre un serment pour choisir le chemin inverse… Elorine suivit la voie de la raison, et ce choix ne fut pas exempt de regrets dans les années qui suivirent. Mais la Matria ne sacrifia pas son intégrité, qui lui était si chère.

    Rien ne sert de juger pour les autres, chacun est libre de faire ce genre de choix. Et bonnes ou mauvaises, d’en affronter les conséquences.