• Le journal illégal de Bakir Meyo

     

    Salutation !

    Je n’avais pas donné de nouvelles depuis quelques temps, mais j’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon deuxième roman.

    Le journal illégal de Bakir Meyo est disponible dès aujourd’hui sur Amazon ! Il regroupe l’ensemble des récits de ce personnage, dont vous pouvez lire la première partie ici sur le blog, dans la catégorie qui lui est consacrée.

    Vous pouvez vous procurer le roman complet en version numérique et papier. Il est également disponible à l’emprunt pour les abonnés Kindle. Il suffit de cliquer sur la couverture pour vous rendre sur la page de vente :

     

     

    Ce livre est seulement accessible sur Amazon, en tout cas pour le moment. J’ai décidé de le publier chez eux pour plusieurs raisons, et entre autres, cela me donne l’occasion de participer au concours des Plumes francophones 2018. J’en profite pour remercier Marjorie de m’en avoir parlé ! Pour y inscrire un livre, l’une des conditions est de réserver l’exclusivité à Amazon jusqu’à la fin du concours, au mois d’octobre prochain.

    Certains de mes lecteurs et lectrices peuvent être réfractaires à l’idée d’acheter leurs livres chez eux, aussi je vais commander quelques exemplaires papier. Si vous souhaitez acheter ce roman sans passer par Amazon, il suffit de me contacter : sandro@entombootis.com

     

    Je vais étudier mes possibilités pour le diffuser sur d’autres sites de vente, quand le concours sera terminé. C’est le premier livre que je publie sans aucun intermédiaire, alors je ne me suis pas encore penché là-dessus sérieusement. D’autant que j’ai trois mois devant moi avant l’échéance… ce sera fait en son temps.

    Ma priorité c’était d’abord de me familiariser avec leurs outils de publication, car cette fois, j’ai dû tout faire moi-même.

    Je n’ai pas compté les heures que j’ai passées à lire des consignes techniques puis à les appliquer, à comprendre et corriger mes erreurs parfois, dans le but de réaliser les maquettes pour les deux versions, numérique et papier. C’est du boulot !

    Par contre le gros avantage, c’est qu’en faisant tout soi-même ça ne coûte pas d’argent à l’auteur. Beaucoup de temps et d’efforts, mais je n’ai pas à payer pour publier mon travail. C’est ainsi avec l’auto-édition. Soit on apprend à tout faire, soit on paie d’autres personnes qui vont effectuer certaines tâches pour nous. Ça peut revenir cher.

     

     

    Je me tourne donc au maximum vers le DIY (do it yourself).

    Pas facile d’être à la fois écrivain, illustrateur, correcteur, maquettiste, éditeur… il faut y consacrer beaucoup de temps et d’énergie. Prendre du recul, être capable d’autocritique, se remettre en question, apprendre à utiliser de nouveaux outils, de nouvelles techniques. Rester zen et patient quand on bloque sur une étape 🙂

    Mais cela apporte aussi l’avantage de l’indépendance, la possibilité d’avoir un meilleur contrôle sur le résultat final. Pour moi qui suis assez pointilleux sur les détails, c’est très intéressant. J’ai appris beaucoup de choses ces dernières semaines et même si c’était parfois fastidieux, j’ai trouvé tout ça passionnant.

    Apparemment j’ai bien fait le job, car Amazon a accepté mes fichiers du premier coup, sans me demander la moindre retouche.

     

    Le premier jet m’a occupé jusqu’au début du printemps, finalement. Alors je suis content d’avoir atteint l’objectif que je m’étais fixé de le publier cet été.

    Dans un article précédent, j’avais annoncé que la version numérique du roman de Bakir Meyo ne dépasserait pas les 2 euros. En fait, pour participer à ce concours j’ai dû fixer le prix à 2,99 €. C’est le tarif minimum. La version papier quant à elle coûte 12 €.

     

    J’ai fait de mon mieux pour assurer une certaine qualité à ce roman, avec l’aide aussi de trois personnes qui m’ont aidé à traquer les fautes, améliorer la syntaxe de certains passages, peaufiner la couverture et la présentation. Je ne les ai pas oubliées dans mes remerciements, à la fin du livre.

    Cela dit, il peut toujours rester des petits défauts qui m’auraient échappés. Si vous en trouvez, n’hésitez pas à m’en faire part.

     

    ◊♦◊

     

    J’espère que vous passerez de bons moments avec les récits et les réflexions de Bakir Meyo, si vous lisez ce roman. Il s’avère assez différent de mon premier, même s’il a lieu également sur Entom Boötis. Il m’a semblé intéressant d’aborder le même univers depuis un point de vue différent, en l’occurrence le Tharseim. Ce pays qui ressemble beaucoup à nos sociétés modernes, ou à ce qu’elles risquent de devenir…

    Si vous préférez l’ambiance des Sœurs du Miel rassurez-vous, la suite est en cours de création. Elle sortira l’année prochaine si tout se passe bien.

     

    Vos commentaires sont plus que bienvenus sur Amazon, pour aiderLe journal illégal de Bakir Meyo à se faire connaître auprès des autres lecteurs. Cela peut paraître anodin mais des avis positifs peuvent beaucoup influencer d’autres personnes dans leurs achats. Si vous avez des critiques, j’espère simplement qu’elles seront constructives.

    Pour finir, voici la maquette de la couverture du livre broché. En cliquant dessus, vous irez aussi directement sur la page Amazon :

     

     

    Merci pour votre soutien !

    À bientôt.

     



     


  • Un choix difficile pour Elorine Sequoia

     

    Cruzco, nord-est de la Nemosia – année 596.

     

    —Je… je vous conseille de res… rester assis ! bégaya l’homme d’une voix fébrile.

    Sa main tremblait alors qu’il pointait nerveusement son pistolaser vers les hommes et les femmes assis autour de la table de réunion. Il semblait complètement perdu, affolé, passant de l’un à l’autre en brandissant son arme.

    — Calmez-vous, tenta de tempérer la préfète Dembali. Rangez cette arme et asseyez-vous, je suis sûre que tout le monde autour de cette table est disposé à vous écouter. Mais par pitié, arrêtez de nous menacer.

    — Elle a raison, intervint l’édile Darek. Si vous nous disiez plutôt ce qui vous amène ?

    À chaque fois qu’une personne lui adressait la parole, l’homme braquait le canon de son arme vers son interlocuteur. Il transpirait à grosses gouttes et semblait sur le point de céder à la panique, de faire une énorme erreur en commettant un crime dont il ne pourrait lui-même réchapper indemne.

    Il avait réussi à se faufiler dans la salle sous le nez des gardes, avant de bloquer l’unique porte. Mais ce n’était qu’une question de minutes, avant que les agents assurant la sécurité de toutes les personnalités présentes ne parviennent à entrer et le mettent hors d’état de nuire. Discrétion oblige pour cette réunion clandestine, l’escorte des notables nemosians s’avérait minimale.

    — Vous… vous conspirez contre la monarchie ! lança l’agresseur d’une voix incertaine. Je ne pe… peux pas vous laisser faire… c’est la g… guerre civile que vous allez provoquer !

    L’édile Darek se leva de son fauteuil pour attirer son attention sur lui. L’homme le braqua aussitôt.

    — Je vou… vous ai dit de rester assis ! J… je vais ti… tirer !

    Crysarios leva ses mains pour signifier qu’il n’allait rien tenter contre lui. La préfète Dembali s’adressa à l’homme d’une voix douce.

    — Je vous reconnais, monsieur Galesia. Vous êtes de la région de Cruzco, tout comme moi. Calmez-vous, personne ne vous veut le moindre mal.

    — M… mais je… vous…

    — Vous n’avez aucune envie de blesser qui que ce soit, j’en suis sûre. N’est-ce pas ?

    Tous les regards se tournèrent vers la seule personne présente qui n’était pas Nemosiane. Vêtue d’une ample robe blanche à capuche, l’ambassadrice de l’ordre Ophrys s’exprimait toujours posément. Elorine Sequoia n’avait pas besoin d’élever la voix pour capter l’attention de ses interlocuteurs.

    Kamau Galesia la regarda également, et à l’instant où il croisa ses yeux bleu clair, offrant un contraste saisissant avec la peau sombre de la Matria, il fondit en larmes en laissant tomber le pistolaser.

    — B… Bien sûr que je ne v… veux pas tirer sur quel… quelqu’un.

    Crysarios s’approcha doucement en lui adressant un geste de réconfort, tout en posant le pied sur l’arme tombée au sol.

    — Voilà qui est mieux, dit-il avec un regard reconnaissant vers Elorine. Asseyez-vous, monsieur Galesia, et dites-nous calmement ce que vous avez sur le cœur. Je suis sûr que nous allons trouver une solution tous ensemble.

    Toutes les personnes assises autour de la table approuvèrent. Secoué de sanglots, Kamau Galesia obtempéra et prit place avec les édiles et préfets nemosians. C’était moins une.

    Elorine cessa d’influencer ses émotions pour qu’il s’exprime librement, tout en restant vigilante et prête à intervenir de nouveau. En dosant subtilement une forme de joie pour l’apaiser, tout en le submergeant de honte, elle venait de désarmer complètement son agressivité.

    La colère et la panique cédant maintenant la place à la raison, il prit sa tête entre ses mains en réalisant les conséquences de ce qu’il s’apprêtait à faire.

    — Je suis dé… désolé. Je t…travaille dans l’agriculture. On a cru bien faire. Notre co… coopérative s’est agrandie, on a énormément investi pour to… tout automatiser, augmenter la production, on s’est endetté auprès des ban… banques nordiques… les machines, les engrais, les se… semences, tout coûte cher ! Et vous voulez revenir en arrière main… maintenant. Vous allez nous cou… couler !

     

    Des gardes de la sécurité parvinrent alors à débloquer la porte et commencèrent à investir la salle précipitamment, armes au poing. Les deux préfets qui dirigeaient la réunion leur ordonnèrent aussitôt de retourner dans le couloir sans intervenir. Crysarios leur confia discrètement le pistolaser.

    — Nous sommes tout à fait conscients de ce genre de problèmes, monsieur Galesia, assura Amalia Dembali, la préfète de sa région. Nous prévoyons justement de verser des aides aux entreprises pour qu’elles sortent de l’industrialisation. C’est l’un des sujets principaux de cette réunion.

    — Vrai… vraiment ? balbutia Kamau Galesia.

    — Mais oui, confirma le préfet Saliego qui gouvernait la région de Meriv. Ce n’est pas pour nos intérêts personnels que nous refusons de continuer à suivre la voie prise par nos monarques successifs, mais bien pour l’ensemble des Nemosians. Même si nous ne sommes que deux préfets sur les huit à nous rebeller, pour le moment, nous avons bon espoir de réussir à convaincre les autres… avec le temps.

    Il se tourna vers la préfète Dembali qui approuva d’un hochement de tête.

    — Nous ne pouvons pas laisser se reproduire ce qui s’est passé avec la mer Orange, ajouta sombrement Crysarios.

    — Des rumeurs disent que vous souhaitez vous rapprocher à nouveau des Valokins, dit Kamau Galesia. Si c’est vrai, je risquerais de perdre mon travail…

    L’agriculteur devenu gérant industriel ne bégayait plus, maintenant qu’il recouvrait son calme. Il lança un regard embarrassé à Elorine.

    — Rien de personnel, se hâta-t-il d’ajouter.

    Un bref sourire conciliant se dessina sur les lèvres de la Matria. La préfète Dembali s’éclaircit la gorge pour attirer l’attention.

    — La transition ne sera pas facile, mais je le répète, nous allons vous aider. Il ne va pas s’agir simplement d’un retour en arrière : vous pourrez continuer à utiliser les machines et les méthodes qui ne détériorent pas l’environnement, ni la qualité des produits qui sortent de vos fermes. Nos techniciens sont déjà au travail pour trouver les meilleures solutions envisageables.

    — Il s’agit de voir les choses dans leur ensemble et à long terme, ajouta Elorine. La mentalité propagée par les Thars, qui promeut les profits rapides au détriment de toute autre considération, a déjà fait bien assez de dégâts dans votre pays. Je suis présente à cette réunion pour vous assurer du soutien total de l’ordre Ophrys dans cette conversion. Si les Valokins parviennent à vivre correctement en respectant certains principes, il n’y a pas de raison que les Nemosians ne puissent pas faire de même.

    À voir sa tête, Kamau Galesia ne semblait pas encore convaincu.

    — Je vais vous poser une question toute simple, intervint de nouveau Crysarios Darek. Êtes-vous plus heureux qu’avant, monsieur Galesia ?

    — Non, répondit celui-ci après un instant d’hésitation. Je gère des volumes d’argent plus importants, mais je vois bien les dégâts sur nos sols… J’ai tellement de dettes que je n’arrive pas à mieux gagner ma vie pour autant. Les banques des Thars nous tiennent par les c…

    — Alors, nous sommes d’accord. Je suis persuadé que nous allons trouver un terrain d’entente, monsieur Galesia…

    La réunion se poursuivit ainsi pendant de longues heures. Après avoir abordé les problèmes liés à l’agriculture, Kamau Galesia se retira sans plus faire d’histoires, malgré l’invitation des préfets et édiles à rester pour assister à l’ensemble des débats. Il avait de bonnes nouvelles à annoncer à ses collègues.

    Les notables nemosians furent quand même soulagés de le voir repartir sans heurts. Ils remercièrent chaleureusement Elorine pour son invisible mais néanmoins vitale intervention.

     

     

    Il était déjà bien tard quand Elorine et Crysarios se retrouvèrent enfin seuls dans un hôtel de Cruzco. Ils montèrent dans la chambre de l’édile. Crysarios servit des verres d’alcool avant de s’affaler dans un canapé, épuisé.

    — Merci encore de l’avoir influencé, dit-il. Je pense qu’on aurait eu beaucoup plus de mal à calmer ce type sans toi… Nous avons peut-être même évité un drame.

    — Sans doute, concéda Elorine. Mais mon intervention sur ses émotions ne pouvait être que temporaire. Il a fallu tous vos talents de pédagogues et de diplomates pour le convaincre durablement de votre sincérité. Je dirais que nous avons tous bien œuvré, ensemble.

    — À ta modestie, lança Crysarios en tendant son verre pour trinquer avec elle.

    Elorine fit une petite moue désapprobatrice, puis finalement accepta de boire ce verre avec son amant.

    — Je ne vais pas rester dormir avec toi ce soir, annonça-t-elle alors qu’il commençait à devenir entreprenant.

    — Qui parle de dormir ? répliqua Crysarios avec un sourire entendu.

    — Tu m’as très bien comprise.

    Il recula d’un pas en la regardant intensément.

    — Tu sais que je t’aime, Elorine.

    Elle soupira bruyamment avant de reposer son verre à moitié vide.

    — Nous ne pourrons jamais former un couple, Crys. J’ai prononcé mes vœux de Matria depuis trois années. Il m’est impossible de revenir sur mon serment…

    — Cela fait treize ans que j’ai perdu Valeria, et aucune autre femme que toi ne pourrait la remplacer dans mon cœur. Ma fille va bientôt quitter Meriv pour venir faire ses études ici, à l’université de Cruzco. Nous pourrions commencer une nouvelle vie, tous les deux…

    Il posa son verre et prit ses mains dans les siennes, sans cesser de la dévisager. Les yeux de Crysarios exprimaient autant de bonté que de tristesse. Le regard d’Elorine devint inhabituellement fuyant.

    — Je deviendrais une paria en Valoki, en faisant cela. Une traîtresse.

    — Tu pourrais te cacher en Nemosia. Je pourvoirai à tous tes besoins…

    — Non. C’est impossible, je te l’ai dit. Je ne peux pas me soustraire à mon devoir. L’ordre Ophrys compte sur moi, il représente toute ma vie, j’ai donné ma parole et il est hors de question que je me parjure. Nous avons passé de merveilleux moments ensemble, mais je… c’est terminé, Crys. Je suis vraiment désolée.

    Les larmes aux yeux, Crysarios la prit dans ses bras. Ils sanglotèrent ensemble.

    — C’est dur à accepter mais je comprends, annonça-t-il après un instant. D’accord, je… n’insisterai plus.

    Elorine l’embrassa tendrement.

    — Merci. Il doit nous rester quelques heures avant que le jour se lève… profitons de notre dernière nuit ensemble. Ensuite, il sera temps de se dire adieu.

    Elle avait changé d’avis, en partie. Ils firent l’amour une dernière fois. Puis l’aube arriva et le cœur lourd, sans avoir dormi ni l’un ni l’autre, ils durent se séparer pour prendre des directions différentes. Chacun vers ses responsabilités.

     

    (crédit illustration ? aucune idée… mais j’adore et je l’ai trouvée )

     

    Ils avaient alors tous les deux la trentaine. Elorine rejoignit le monastère principal de l’ordre Ophrys, dans la province de Leda en Valoki, tandis que Crysarios retrouva la cité de Meriv et ses écosystèmes ravagés, qui allaient lui demander tant d’efforts dans l’espoir d’y réparer les terribles erreurs des Nemosians.

    Chacun se plongea dans le travail pour tenter d’oublier, d’apaiser son chagrin. Ils ne se revirent pas pendant de très longues années. Pourtant, le temps n’allait jamais effacer le lien qui les avait unis. Ils ne purent retrouver une relation aussi forte que celle qu’ils avaient partagée. Aucun des deux ne connut à nouveau l’amour.

     

    Le sens du devoir peut être un fardeau bien lourd à porter, quand il va à l’encontre de nos sentiments.

    Existe-t-il vraiment une décision meilleure que l’autre dans ce genre de situation ? Assumer ses obligations le cœur déchiré, ou rompre un serment pour choisir le chemin inverse… Elorine suivit la voie de la raison, et ce choix ne fut pas exempt de regrets dans les années qui suivirent. Mais la Matria ne sacrifia pas son intégrité, qui lui était si chère.

    Rien ne sert de juger pour les autres, chacun est libre de faire ce genre de choix. Et bonnes ou mauvaises, d’en affronter les conséquences.

     

     



     


  • La chute de Meriv

     

    Sud de la Nemosia, année 583 du calendrier planétaire.

     

    Le visage lumineux projeté par la console holographique affichait une expression de plus en plus menaçante.

    — Monsieur l’édile, vous êtes en train de jouer un jeu très dangereux, affirma le Thars. Les conséquences de votre décision peuvent s’avérer catastrophiques pour votre cité.

    Crysarios Darek ne se laissa pas démonter par le ton condescendant de son interlocuteur.

    — J’en suis conscient, monsieur le Gouverneur. Mais les habitants de Meriv m’ont justement élu comme édile parce que je suis le seul à oser affronter ces conséquences. À vous affronter, devrais-je dire.

    — C’est inadmissible ! s’emporta le Thars. Votre inconscience vous coûtera cher, monsieur Darek !

    — Peut-être… en attendant, au nom de la population de cette ville, je vous demande une dernière fois de partir avec tous vos compatriotes.

    La voix du Gouverneur des colons nordiques devint glacée, tandis que son hologramme fixait Crysarios d’un air méprisant.

    — Je vous avais prévenu, Darek.

    La communication fut coupée. Crysarios se dégagea de la console en se renversant dans son fauteuil avec un soupir. Son épouse, qui n’avait rien perdu de la conversation, s’approcha alors et posa ses mains de part et d’autre de sa nuque puissante.

    — Tu as pris la bonne décision, dit-elle en massant les épaules de son mari.

    — J’espère, Valeria. Mais tu as entendu leur chef, ça va barder. On a bien fait de mettre Eleanor à l’abri avec les autres enfants… je serais plus rassuré que tu la rejoignes, à vrai dire.

    Leur fille âgée de quatre ans à peine était sous la protection de tout un bataillon de gardes, cachée à l’abri dans des abris souterrains, avec une bonne partie des habitants de Meriv. Se doutant du conflit que leur révolte allait engendrer, ils avaient pris des dispositions. Crysarios fit pivoter sa chaise pour faire face à sa femme, en lui lançant un regard insistant. Valeria secoua la tête.

    — Il est hors de question que je te laisse tout seul, si la situation dégénère.

    — Elle va dégénérer, ce n’est qu’une question de temps. Je ne veux pas que tu t’exposes au danger.

    — Je suis à tes côtés depuis le début, j’y resterai quoi qu’il arrive, assura Valeria.

    Crysarios se leva pour la prendre dans ses bras. Ils s’étreignirent un moment, puis suivant une impulsion commune, le jeune couple s’approcha de la baie vitrée en demi-cercle qui donnait vue sur la mer, en se tenant par la main.

    La mer Orange ne méritait plus son nom. Les vagues qui venaient s’échouer sur le rivage charriaient des quantités impressionnantes d’algues nauséabondes et de déchets industriels en tout genre. Pendant des siècles, la cité de Meriv avait été considérée comme la capitale du corail.

    Située sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos, elle accueillait encore quelques-uns des joailliers spécialisés dans la confection de bijoux coralliens, des pêcheurs d’animaux exotiques et des cueilleurs d’algues aux nombreuses propriétés médicinales. À présent, tous ces gens étaient désœuvrés, désorientés, impuissants devant l’effondrement des écosystèmes qui avaient fait le prestige de la région. Nombre de ses habitants avaient quitté Meriv ou projetaient de le faire. L’exode était déjà entamé.

    Même les célèbres herbes-cornalines qui parsemaient les fonds côtiers d’une splendide couleur orange avaient disparu face à la pollution. Depuis que des alliances avaient été forgées avec les Thars pour exploiter les ressources de la région, les accords commerciaux de plus en plus invasifs avaient donné lieu à une véritable colonisation de leur part.

    Les nordiques avaient investi le secteur avec leurs constructions ultra-modernes : immeubles, usines, commerces… Les prédécesseurs de Crysarios les avaient laissé faire en s’enrichissant grassement, jusqu’à ce que les écosystèmes soient complètement épuisés, envahis par la pollution.

    La source de la prospérité à présent tarie, les Merivois venaient d’élire un nouveau dirigeant pour mettre les Thars dehors. Ils ne manquaient pas de courage, mais d’aucuns considéraient qu’il était déjà trop tard. Les dégâts s’avéraient irréparables à court terme. Il faudrait des générations entières de nettoyage pour venir à bout d’un tel gâchis.

     

    (arbres retouchés. Crédit photo : The Photographer)

     

    Une sonnerie résonna sur le communicateur du bureau de Crysarios. Au même instant, Valeria poussa un cri étouffé en tendant le doigt vers une autre baie vitrée donnant sur la ville. Le nouvel édile se précipita vers son bureau en jurant devant la scène qui s’offrait à ses yeux.

    Les vaisseaux des colons nordiques semblaient occuper tout le ciel au-dessus de la côte, sur la partie moderne de la cité qui avait triplé de volume en seulement quelques décennies. Leurs ombres s’étendaient sur les immeubles comme des ailes menaçantes, funestes.

    — Bien sûr que je les vois ! s’écria Crysarios dans son communicateur. Vous avez déjà vos consignes, lancez l’opération tout de suite !

    Des appareils nemosians décollèrent aussitôt de l’aéroport pour s’avancer vers les engins thars.

    Crysarios s’approcha de son épouse et l’embrassa.

    — Tu es sûr que cette manœuvre d’intimidation va porter ses fruits ? demanda-t-elle, inquiète.

    — Non, répondit-il franchement. Je l’espère mais je n’en suis pas sûr. Nous sommes en minorité et notre armement est moins important que le leur. Je ne pensais pas qu’ils agiraient si vite.

    — Il est risqué de bluffer avec ces gens… dit Valeria d’une voix angoissée.

    — J’ai un autre atout dans ma manche, révéla Crysarios avec un sourire mystérieux. Viens maintenant, le temps presse.

    Valeria s’apprêta à poser une question pour en savoir davantage, mais les premières détonations éclatèrent. Le jeune couple quitta la maison en courant pour s’engouffrer dans l’appareil qui les attendait dehors. Ils décollèrent à toute vitesse pour se joindre à leur groupe de vaisseaux.

    Les Thars commençaient à bombarder leurs propres bâtiments désertés. Ils savaient que la majeure partie de la population de Meriv s’était regroupée dans la vieille ville et sa citadelle. Acculés dans une impasse diplomatique, sommés de s’en aller par les habitants locaux et lâchés par leur propre gouvernement, ils avaient décidé de ne rien laisser derrière eux.

    Crysarios donna des ordres et son appareil fut le premier à engager le combat. Une partie des vaisseaux merivois entreprirent d’attaquer ceux des nordiques, pour les empêcher de pilonner les extensions modernes de la cité. Les autres restaient au-dessus de la citadelle pour la protéger.

    Malgré les efforts des nemosians, ils ne parvinrent pas à empêcher les colons nordiques de détruire la partie de la cité qui leur avait appartenu.

    Il était primordial de protéger la population regroupée dans la vieille ville. Trop peu nombreux, les appareils merivois qui tentaient d’attaquer ceux des colons furent rapidement détruits ou mis en déroute.

    À côté de l’appareil de l’édile, un des vaisseaux qui les escortaient explosa dans une grande gerbe de flammes. Leur propre aéronef fut secoué, puis soudain touché par des tirs. Ils durent se poser en catastrophe parmi les décombres.

    Un autre engin vint aussitôt à leur secours.

    — Monte avec eux ! cria Crysarios à sa femme. Je dois m’occuper d’une chose que je suis seul à pouvoir faire.

    Valeria lui lança un regard de reproche.

    — Ton fameux atout ?

    Crysarios acquiesça en la poussant sans ménagement vers la passerelle du vaisseau qui était venu les chercher. Valeria s’y réfugia à contrecœur, entourée de gardes. L’édile regarda l’appareil s’éloigner un instant, puis il courut vers l’entrée d’un passage secret dans les tunnels souterrains.

     

    Valeria prit la tête des défenses aériennes. Malgré leur courage, les vaisseaux nemosians ne parvenaient pas à repousser ceux des Thars. Subissant de lourdes pertes, ils durent bientôt se replier autour de la vieille ville pour consolider le rempart aérien formé par leurs engins volants.

    Ils assistèrent, impuissants, à la destruction complète des usines, des commerces et des immeubles d’habitation que les Thars avaient mis des années à construire. Moins d’une heure suffit pour que toute la partie moderne de Meriv soit en ruines.

     

    (crédit image : GsFDcY)

     

    Un immense champ de gravats occupait à présent tout l’espace le long de la côte.

    La flottille des colons nordiques s’approcha dangereusement de la citadelle sur la presqu’île.

    — Préparerez-vous à défendre chèrement votre peau ! lança Valeria aux hommes et aux femmes qui l’entouraient dans le vaisseau. Quelqu’un sait où est passé mon mari ?

    Mais personne ne savait où Crysarios se trouvait, ni même s’il était encore vivant. Résignée à se battre jusqu’au bout, Valeria allait donner l’ordre d’ouvrir à nouveau le feu quand ils assistèrent à une scène étonnante.

    Un appareil nordique s’inclina dangereusement vers le sol, et juste avant qu’il ne s’écrase, des témoins purent apercevoir une silhouette en émerger en effectuant un bond incroyable vers un autre vaisseau thars. Celui-ci ne tarda pas à foncer vers un troisième appareil. Les explosions provoquèrent des cris de joie parmi les Nemosians.

    Ils en profitèrent pour lancer de nouvelles attaques sur les vaisseaux ennemis qui restaient en formation serrée.

    On aperçut encore une forme sombre, se déplaçant avec une telle rapidité que personne ne pouvait affirmer de qui ou de quoi il s’agissait. L’apparition bondit à nouveau d’un vaisseau en flammes avant qu’il ne s’écrase, sur un autre encore intact. Elle pénétra à l’intérieur et quelques instants plus tard, cet engin ouvrait le feu sur ceux de son propre camp.

    Ce revirement de situation plongea les nordiques dans la plus grande confusion. Assaillis de toutes parts, ils rompirent enfin la formation d’attaque pour se replier.

    Dans l’euphorie, Valeria donna l’ordre de les poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient quitté l’espace aérien de la région. Ce fut une terrible erreur. Plusieurs engins thars se retournèrent pour riposter et son vaisseau fut sévèrement touché.

    Avant que son aéronef ne s’écrase sur le champ de décombres qu’était devenue Meriv, Valeria eut une dernière pensée pour son mari et leur fille Eleanor.

     

    Crysarios arriva bien trop tard pour leur porter secours. Il ne retrouva que des corps calcinés dans les restes de l’appareil, dont celui de sa femme.

    Terrassé par la douleur et le chagrin, il n’était plus que l’ombre de lui-même alors que la foule en liesse le portait en triomphe jusqu’à la citadelle. Il fondit en larmes quand on amena sa fille saine et sauve avec les autres enfants, et qu’elle demanda où était sa maman. Incapable de dire un mot, il la prit dans ses bras en la serrant très fort.

    La cité venait de retrouver son indépendance, ils avaient réussi à chasser les Thars. Mais à quel prix ? Toute la nouvelle ville avait été rasée par les bombardements des colons. Malgré les mesures prises pour protéger la population, on dénombrait des centaines de morts.

     

    Crysarios devint le héros de Meriv le jour même où il perdit son épouse.

    Il fit de son mieux pour élever Eleanor tout seul, elle qui n’allait garder aucun souvenir de sa mère alors qu’elle lui ressemblait tant.

    Il garda précieusement son secret concernant l’aide qu’ils avaient reçue. Personne ne sut jamais quelle était cette étrange apparition qui était intervenue avec une telle efficacité. Insecte, humain, machine ?… Des rumeurs coururent pendant un temps, certaines complètement invraisemblables. La plus réaliste prétendit qu’il s’agissait d’un commando de plusieurs mercenaires d’élite que Crysarios avait secrètement engagé. On se demanda même s’il ne s’agissait pas de Thars ayant trahi leur propre camp.

    Mais cette triste victoire ne put empêcher la poursuite de l’exode.

    L’environnement était tellement saccagé que les gens finirent par désespérer de faire revivre cette région. Meriv fut progressivement désertée par la majeure partie de ses anciens habitants. Les Nemosians ne gardèrent que le souvenir de tous les hommes et les femmes qui s’étaient sacrifiés pour reprendre possession de leur cité.

     

    ♦◊♦

     

    Vingt-cinq ans plus tard en l’année 608, au moment où débute le roman, Crysarios Darek est toujours l’édile de Meriv. Même lorsque sa fille atteignit l’âge adulte et quitta la région pour vivre à Cruzco, une autre grande ville nemosiane, il ne se remaria pas. Il décida de rester pour tenter de redresser la cité, et surtout de nettoyer les écosystèmes ravagés de cette région qui jadis fut splendide.

    On raconte que c’est depuis cette bataille tragique que certaines régions de la Nemosia se sont liguées contre la monarchie. À cause des conséquences de leurs alliances avec les nordiques, il s’agit désormais d’un pays déchiré, divisé quant à l’influence des Thars sur la famille royale. Depuis les palais de leur capitale, les dirigeants ne semblent guère se soucier de sacrifier certaines régions lointaines, en échange de certains avantages.

    Ainsi se termina la longue chute de Meriv la belle, ancienne capitale maritime du corail, ancienne fierté du peuple nemosian, devenue symbole de honte et de gâchis.

    Et pourtant, ailleurs en de nombreux endroits, les humains continuèrent de saccager leur environnement.

     

     



     


  • Deux cœurs dans la tourmente… et tout a basculé

     

    (Journal illégal de Bakir Meyo – suite de Dangereuse activité clandestine)

     

    « La porte s’ouvrit sur une scène abominable : Melina était par terre, en pleurs et le visage en sang. Ousmane se tenait au-dessus d’elle en l’insultant copieusement, et lui cognait dessus à grands coups de poing.

    Ni une ni deux, Pablo et moi nous sommes précipités sur le grand métis pour le plaquer au sol. Malgré sa blessure, le frère de la belle avait réagi aussi vite que moi. Ousmane l’a repoussé brutalement, l’épaule blessée de Pablo s’est écrasée contre un mur, lui arrachant un cri avant qu’il ne tombe inconscient, terrassé par la douleur.

    Je me suis retrouvé seul, au corps-à-corps contre le colosse. Nous nous roulâmes sur le sol en échangeant des coups, mais il était bien trop puissant pour moi. Je me suis vite retrouvé en position de faiblesse, étendu sur le dos avec le monstre qui me maintenait plaqué au sol en défonçant mon visage à coups de poing.

    Je sentais mes os se briser, mon sang giclait à chaque coup. Dans une tentative désespérée, je tentais de saisir le flingue caché sous ma veste. Il frappa mon poignet avec une telle force que le revolver valdingua dans la pièce. Ousmane semblait possédé. Ses yeux injectés de sang lançaient des éclairs de folie meurtrière.

    — Voilà ce que j’en fais, du gentil Bakir ! cracha-t-il en continuant de me massacrer. On verra si tu l’apprécieras toujours quand j’en aurai fini avec lui !

    Les coups pleuvaient. Je n’avais même plus la force de lui résister. Je sentis que j’allais m’évanouir, envahi par un brouillard rouge. Mourir peut-être.

    Une première détonation, étouffée par le silencieux. Puis une deuxième. Je vis les yeux d’Ousmane s’agrandir sous l’effet de la surprise. Une tache rouge s’épanouit sur sa poitrine. Troisième détonation. Un horrible trou apparut au milieu du front du grand métis et il s’écroula sur moi, raide mort.

    Melina tenait mon revolver en tremblant. Elle le laissa tomber au sol et fondit en larmes. Je me dégageais péniblement pour aller vers elle, la prit dans mes bras, et nous avons sangloté ensemble.

     

     

    Dès que nous avons repris nos esprits, malgré notre piteux état nous nous sommes précipités pour nous occuper de Pablo. Il reprit connaissance alors qu’on le portait sur son lit. Le brouillard rouge ne voulait pas quitter ma tête endolorie, cotonneuse. J’avais le nez et une dent cassés. Le joli visage de Melina était tuméfié par les coups. Elle avait une pommette fracturée, un affreux hématome violacé l’empêchait d’ouvrir un œil.

    Je verrouillais la porte de l’appartement laissée ouverte pendant la bagarre. Nos cris avaient sans doute attiré l’attention des voisins, mais personne ne vint voir ce qui se passait. La crainte qu’inspirait Ousmane à tout le monde nous servit, cette fois. Grâce au silencieux, les coups de feu étaient passés inaperçus.

    Il fallut utiliser toutes les ressources de leur maigre armoire à pharmacie. Gavés d’antalgiques, nous nous sommes d’abord occupés de l’épaule de Pablo. La partie la plus délicate fut de lui enlever les vêtements brûlés et collés à la plaie. Mais nous réussîmes à panser cette horreur et ensuite, Melina et moi nous soignâmes mutuellement.

    Jamais je n’allais oublier la douceur de ses gestes envers moi, son désespoir mêlé de reconnaissance. Son visage tellement meurtri, abîmé… J’avais voulu l’aider, mais c’est elle qui venait de tuer un homme pour me sauver. Son homme. Avec ce flingue que j’espérais ne jamais avoir à utiliser, destiné à nous défendre contre la police tharse, et qui venait de servir contre un autre immigré. Un membre de notre mouvement de résistance, pour couronner le tout.

    Nous regardâmes le cadavre du grand métis, tétanisés d’abord, impuissants devant le fait accompli. Je leur proposai alors d’opérer comme j’avais dû le faire avec le corps de Relg.

    Melina et moi sommes ressortis pour faire des emplettes, nos visages difformes cachés tant bien que mal par les masques respiratoires et les capuches. Ce printemps était si froid que cela ne choqua personne. Nous achetâmes des bidons de soude dans plusieurs commerces différents, pour ne pas trop attirer l’attention. Les vendeurs et les clients des magasins nous regardèrent bizarrement, ou était-ce juste une impression ? Nous nous sentions coupables, mais personne ne pouvait deviner ce que nous venions de faire.

     

    La nuit tombait dehors alors que nous rentrions, les bras chargés. Une fois notre fardeau déposé dans l’appartement, Melina fondit une nouvelle fois en larmes devant le corps de son ex-fiancé.

    Malgré sa blessure, Pablo nous aida à porter le cadavre dans la baignoire. L’ignoble suite de l’opération, vous la connaissez…

     

     

    En dépit des masques respiratoires, des fenêtres grandes ouvertes et de tout ce qui nous tombait sous la main pour parfumer l’atmosphère, l’odeur fut épouvantable. À la fin il ne restait que les os, les vêtements synthétiques et les trois balles qui avaient tué Ousmane. Tout fut réparti dans différents sacs, dont nous emportions aussitôt une partie dehors.

    Autre problème : le logement était au nom du métis. Impossible pour Melina et Pablo de rester dans cet appartement. Je leur proposai de venir chez moi, le temps de trouver une autre solution.

    Ainsi, après un petit détour par le bord de mer… nous nous retrouvâmes tous les trois dans mon studio minable à l’autre bout du quartier. Il était déjà très tard. J’étais de toute façon en congé et vu leurs blessures, mes deux amis allaient devoir prévenir leurs employeurs de leur absence pendant quelques jours, au moins.

     

    Après avoir recouvré un semblant de calme, nous eûmes une longue discussion tous les trois. Ce n’était pas la première fois qu’Ousmane frappait Melina. Les tensions étaient de plus en plus vives entre eux, et j’appris aussi avec stupeur que j’en étais l’une des causes. Le frère et la sœur ne me l’avaient jamais dit, mais depuis que j’étais entré dans leur vie, ils m’appréciaient vraiment beaucoup. Au point que Melina prononçait de plus en plus souvent mon prénom quand elle se disputait avec Ousmane, comparant nos paroles et nos actes pour tenter de le mettre devant ses contradictions et sa mauvaise foi.

    Matelas gonflables et couvertures étalées par terre, il n’y avait plus de place dans le studio. Nous parvînmes finalement à nous reposer au petit matin, côte à côte tous les trois. Melina m’a pris la main en murmurant un merci, puis elle s’est endormie contre mon épaule. Raide comme un piquet, je passais ces quelques heures sans pouvoir fermer l’œil. Aucun de nous trois ne dormit vraiment, je pense. Mais pas entièrement pour les mêmes raisons.

    Melina… nous étions deux cœurs dans la tourmente. Elle, parce qu’elle avait donné tout son amour à la mauvaise personne. Comme je l’avais fait aussi par ignorance et manque d’estime de soi, il n’y avait pas si longtemps… Et moi, tourmenté parce que je refusais bêtement de l’écouter, ce cœur qui ne cessait de m’envoyer des messages depuis deux ans. Nous étions pourtant faits l’un pour l’autre.

    Et puis, tout a basculé. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette explosion de violence nous a rapprochés, libérés. Elle nous a mis devant l’évidence que nous tentions d’ignorer. Oh, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a déjà fallu se remettre du choc initial. Mais cette nuit terrible fut le déclencheur d’une prise de conscience commune. D’une nouvelle relation.

     

     

    Les journées suivantes furent consacrées à nous remettre de nos émotions et de notre fatigue, à nous soigner et continuer à faire disparaître les os d’Ousmane. Nous retournâmes plusieurs fois à leur ancien logement pour qu’ils récupèrent des affaires et tout nettoyer à fond. Puis, quand l’état de Pablo lui permit de cacher complètement sa blessure, il alla déclarer aux services de police que le grand métis avait disparu.

    Comme il s’agissait aussi d’un immigré, nous savions que les recherches ne seraient pas effectuées avec beaucoup de zèle.

    Il fallut en revanche raconter la vérité à nos contacts de la Main Opaline. Enfin quand je dis « nos » contacts, à l’époque c’était plutôt les leurs. Étant donné les blessures que purent montrer le frère et la sœur, leur version fut visiblement acceptée. À cette occasion, nous avions même appris que notre organisation clandestine avait de sérieux doutes quant à la fiabilité d’Ousmane. Pablo devint le nouveau chef de notre petit groupe.

    Nous cohabitions pendant quelques jours, puis je dû reprendre mon travail en mer. Quelle ironie. Alors que j’avais attendu tellement longtemps cette promotion qui me permettait de fuir la ville pendant de longues semaines, même si le travail était dur et moralement très discutable, j’en arrivais à regretter de l’avoir obtenue. Je ne vivais plus seul dans mon petit appartement minable, j’avais enfin deux compagnons pour partager mon quotidien… dont Melina. Mais c’est moi qui devais partir.

    Le frère et la sœur tenant à ne pas représenter un poids pour moi, ils allaient chercher activement un autre logement pendant mon absence. J’embarquais sur le navire de pêche de mon employeur avec la crainte de retrouver mon studio vide, à mon retour.

    Et c’est ce qui arriva… »

     

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°12 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 603 du calendrier planétaire.

     

     



     


  • Lexique de la planète

     

    Voici un lexique permettant aux lecteurs et lectrices de s’y retrouver avec les termes exotiques propres aux romans.

    Cet article nettement plus long que les autres n’est pas destiné à être lu d’une seule traite, mais à accompagner et compléter la lecture des romans selon les termes rencontrés. Il est fort probable que ce lexique tende à s’enrichir de nouveaux mots, au fur et à mesure du développement de nouvelles publications liées à cet univers.

    Si certains mots figurant ici ne sont pas présents dans Les Sœurs du Miel ou Le journal illégal de Bakir Meyo, ils feront leur apparition dans d’autres ouvrages concernant la planète Entom Boötis.

     

     

    A

    Akoumbé : capitale de la Nemosia, située dans la partie centrale du pays sur le parcours du fleuve Nemos.

    Ambremiel : pierres translucides de couleur ambrée, issues de la cristallisation extrême du miel des aporims. Les moniales de l’ordre Ophrys sont les seules à en porter.

    Aporim : insecte social butineur, vivant en colonies et produisant du miel avec le nectar de certaines fleurs géantes. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Arane : nom vernaculaire désignant l’ensemble des espèces d’arachnides sur Entom Boötis.

    Arbres-montagne :  végétaux les plus imposants jamais recensés sur cette planète ou une autre. Ils peuvent mesurer plusieurs centaines de mètres de haut et vivre des dizaines de milliers d’années. Leur taille gigantesque leur permet d’abriter de nombreuses colonies d’insectes et même quelques villages arboricoles.

    Arcoshaï (contraction des termes arcologie et Shaïli) :  moniale de l’ordre Ophrys spécialisée dans les constructions architecturales et les relations avec les terims, les insectes bâtisseurs. Elles portent des robes gris-bleu.

    Armaz : immense océan unique, occupant principalement la partie occidentale de l’hémisphère nord.

    (Arbre-montagne juvénile)

     

    B

    Batumen (terme issu de l’entomologie terrienne) :  un des matériaux de construction des aporims. Il s’agit de géopropolis mélangée avec de la cire secrétée par les ouvrières.

    Belirave : tubercule populaire des régions tempérées à froides, une épaisse peau rugueuse de couleur brune protège sa chair blanche.

    Buhsi : communauté semi-nomade vivant dans le Calsynn, dont le mode de vie primitif est pratiquement exempt de technologie. Vivent principalement de l’élevage et la chasse d’insectes.

     

    C

    Calsynn : vaste étendue aride située aux confins nordiques de la Ceinture Tropicale, frontalière avec le Tharseim au nord et la Nemosia au sud.

    Castes: elles sont au nombre de sept pour organiser le fonctionnement de la société du Tharseim. Chaque caste est représentée par une couleur. Un ou plusieurs triangles de la couleur appropriée désignent le rang et la caste de chaque personne sur les tenues noires des nordiques.

    Celtica : principale mégapole de la partie orientale du Tharseim, au bord de la mer du Silence.

    Cilide (dérivé du nom latin des moustiques terriens « culicidae ») : insecte ailé des zones humides tropicales, se nourrissant à l’origine exclusivement de l’hémolymphe d’autres espèces d’insectes. Montre une prédilection pour le sang chaud des humains depuis l’arrivée des premiers colons.

    Citrimone : plante médicinale herbacée poussant dans les régions tropicales, recouverte d’un duvet blanchâtre et dégageant un fort parfum citronné.

    Copoce : crustacé terrestre possédant quatorze pattes, capables de se replier dans leur carapace conique extrêmement résistante. Lucifuge, affectionne particulièrement les grottes.

    (Calsynn)

     

    D

    Daruba : arbre-montagne extrêmement toxique des forêts de Valoki. Lors de leur cérémonie d’admission, les Matria de l’ordre Ophrys consomment l’élixir de Daruba qui les rend irrémédiablement stériles.

    Désert Agriote (du nom d’un coléoptère terrien) :  situé au cœur du Calsynn dont il occupe la plus grande partie, ce désert chaud est le plus vaste de l’hémisphère connu.

    Dogou : ville portuaire nemosiane située sur les rives orientales de l’océan Armaz, devenue la principale ville maritime de la Nemosia depuis la chute de Meriv.

    Droselle : sorte de mouches butineuses mesurant une trentaine de centimètres d’envergure. Une espèce endémique vit dans le Calsynn, notamment dans le désert Agriote où elles représentent les seuls insectes pollinisateurs. Les battements de leurs ailes sont si rapides qu’en vol elles semblent entourées de parenthèses transparentes.

    Drosine : cousins des droselles, habitant les zones marécageuses, ces insectes volants se nourrissent principalement de végétaux en décomposition.

     

    E

    Elgadir : plus grande ville du Calsynn et seule agglomération calsy sur les côtes de l’océan Armaz, elle est considérée comme la capitale bien qu’aucune administration centrale ne gouverne ce pays.

    Eniapur : cité principale de la province de Hivao, sur les côtes occidentales valokines au bord de la mer de Nacre.  Proche du célèbre archipel des pêcheurs de coquillages, elle est considérée comme la capitale maritime de la Valoki.

    Enil: la plus grande des deux lunes de la planète Entom Boötis, de couleur blanc bleuté. Les mystiques la considèrent comme un symbole de sagesse et de pureté. Il lui faut 31 jours pour compléter sa période de révolution autour de ce monde.

    Entom Boötis : cinquième planète du système Tau Boötis, dans la constellation du Bouvier (la planète est fictive mais ce système solaire existe réellement).

    (Entom Boötis)

     

    F

    Fouettard (voir Miroiveugle ou Voïd) : surnom péjoratif donné aux officiers exécuteurs du Tharseim par les Thars eux-mêmes.

    Frangeris : pâtisserie valokine très populaire à base de samuca, de quelis, de miel et de graines de luvaliane moulues.

     

    G

    Gantacle (franglais, contraction de gant et « tentacle ») : arme tharse réservée aux redoutables exécuteurs Voïd. Gant métallique dont les doigts peuvent s’allonger en tentacules souples pouvant atteindre trois mètres de long, disposant d’un système électronique démultipliant la force du porteur tout en lui assurant une grande précision.

    Géopropolis (terme issu de l’entomologie) : matériau de construction des aporims. Amalgame de terre et de propolis.

    Ginkgo : village de la province de Leda en Valoki, en partie arboricole, situé dans un secteur rocheux pour la région.

    Glacière : immense canyon situé à la frontière sud du Tharseim, continuellement à l’ombre. Ce secteur s’étend tout le long de la Muraille de Rouglace au pied du versant nord.

    Guerre des Menteurs : période trouble de l’histoire qui vit s’affronter l’ordre Ophrys et les services secrets du Tharseim par des moyens indirects et pernicieux, pendant 21 ans.

     

    H

    Habako : famille royale de la Nemosia, dont le règne a débuté avec l’indépendance du pays, deux siècles avant le début du roman.

    Hacrif : insecte volant carnivore habitant les jungles équatoriales. L’un des plus terribles prédateurs du Kunvel.

    Harfang (nom d’une espèce de hibou polaire sur la Terre) : capitale du Tharseim, gigantesque mégapole de 400 millions d’habitants s’étendant sur des milliers de kilomètres carrés, elle-même entourée d’une zone industrielle encore plus vaste. C’est la plus grande ville de la planète, 20% des Thars habitent la capitale.

    Hivao : province valokine située sur les côtes occidentales de l’océan Armaz, essentiellement maritime et constituée d’un grand archipel. Région célèbre pour ses immenses mangroves et les perles précieuses extraites de la mer de Nacre.

    (Harfang)

     

    I

    Involucre (terme issu de l’entomologie et de la botanique terriennes) : structure interne des ruches des aporims qui sert à consolider la construction et à protéger le couvain. Mélange de propolis et de cire, l’involucre est fait de grandes lames étirées, aériennes, qui relient les différentes parties de la ruche.

     

    J

    Jailong : province valokine la plus au nord du pays, longeant la frontière nemosiane. Loin d’être une région industrielle, le Jailong a cependant beaucoup plus développé son agriculture que les deux autres provinces. On y rencontre le plus grand nombre de machines en Valoki.

    Jojuba : arbuste mellifère dont l’écorce est blanche à beige, les feuilles bleutées sont ovales et dentelées. Ses fleurs violettes très parfumées sont particulièrement prisées par les insectes butineurs . Mais malheureusement pour eux, cette plante concentre la pollution atmosphérique dans sa sève et son nectar.

     

    K

    Kalem : plante herbacée de Valoki ressemblant à la bruyère. Envahissante, elle pousse dans des clairières qui deviennent progressivement des champs de kalem. Les fleurs ont les couleurs du feu, nuances de jaune, orange et rouge, et forment des grappes de clochettes très appréciées des insectes butineurs.

    Khelz : monnaie valokine constituée de cristaux taillés en losange, de couleurs et de tailles différentes en fonction de leur valeur.

    Koré (« jeune fille » en grec ancien) : apprentie adolescente de l’ordre Ophrys. Les Koré sont âgées de 12 à 19 ans, elles ne sont pas encore titulaires et portent des robes vert pâle.

    Kunvel : jungles noires impénétrables situées sur l’équateur, constituant la frontière du territoire habitable pour les humains. Aucun explorateur n’en est jamais revenu.

    (Kunvel)

     

    L

    Lamentine : arbre géant dont l’écorce est brune et les feuilles très fines et dentelées, translucides, sont d’un vert très pâle. L’ensemble de la plante est toxique pour les humains. La sève de lamentine, seule partie consommable, constitue une boisson tristement célèbre pour ses propriétés euphorisantes. Elle s’avère aussi hautement addictive.

    Lao Bang : ville principale de la province du Jailong, au nord de la Valoki. Il s’agit d’une cité arboricole bâtie dans un bosquet d’arbres-montagnes. Un monastère de l’ordre Ophrys, presque aussi important que celui de Leda, se dresse à l’écart de la ville.

    Leda : province centrale et capitale éponyme de la Valoki. Entourée de cultures et construite sur une colline, la cité évoque un assemblage de coquillages selon l’architecture traditionnelle de la région, en terre maçonnée avec l’aide des terims.

    Locriste (dérivé du nom vernaculaire « locuste » désignant plusieurs espèces de criquets sur Terre) : insecte herbivore produisant des stridulations par frottements de ses élytres.

    Locustrelle: insecte herbivore cousin des locristes mais de taille plus imposante. Effectuant des bonds gigantesques, qu’elles prolongent en planant dans les airs grâce à leurs petites ailes, les locustrelles sont parfois utilisées comme montures. Contrairement aux locristes, elles ne produisent pas de « chant ». Certaines peuplades consomment la viande des deux espèces.

    Lumine : à l’origine, nom commun désignant une lanterne sphérique et transparente contenant un gaz luminescent dans l’obscurité (la luciférine des lucioles). C’est une invention technologique des Thars, largement utilisée par tous les peuples de la planète. Le terme s’est finalement généralisé à toutes sortes d’objets servant à s’éclairer, y compris par des procédés électriques.

    Luvaliane : arbre-montagne des forêts de Valoki, où il est considéré comme sacré. Son écorce est grise et rugueuse, couverte de nœuds et de crevasses. Les feuilles du luvaliane sont d’un rouge bordeaux très sombre, luisantes et de forme arrondie, presque circulaires. Ses grandes fleurs blanches en forme d’étoile dégagent un parfum très agréable. Le tronc se creuse naturellement d’immenses cavités par endroits, qui servent d’abri à de nombreux insectes, dont les aporims mellifères. On les appelle parfois les « arbres à miel ».

     

    M

    Manil : graminée céréalière poussant uniquement dans les régions tropicales humides, aux épis de couleur rougeâtre. C’est une plante nécessitant beaucoup d’eau et de chaleur, à partir de laquelle on fabrique la farine couramment utilisée dans la cuisine, la boulangerie et la pâtisserie valokines.

    Matria : mères supérieures de l’ordre Ophrys, âgées de trente ans minimum, elles portent une robe blanche en soie et au moins deux pierres d’Ambremiel. Toutes les Matria ont bu l’élixir de Daruba, elles ont renoncé à faire des enfants et consacrent leur vie entière à l’ordre Ophrys.

    Melishaï (contraction du grec ancien « méli », miel, et Shaïli) : élite prestigieuse des Shaïli de l’ordre Ophrys. Les Melishaï sont spécialisées dans la guérison par le Seid, les relations avec les aporims, la production de miel ainsi que des autres produits de la ruche. Elles portent une robe bleu pâle.

    Merdalgue : surnom donné par certains Nemosians à l’ancienne mer Orange, depuis qu’elle est envahie par la pollution et les algues nauséabondes.

    Meriv : cité portuaire établie sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos et de la mer Orange. Ancienne capitale florissante du corail, elle est aujourd’hui en grande partie désertée, en ruines, depuis que les écosystèmes de la mer Orange se sont effondrés.

    Merveillon : nom vernaculaire désignant plusieurs espèces d’insectes butineurs (ressemblant à des papillons géants), dont les grandes ailes colorées peuvent être transparentes, opaques, écailleuses ou lisses, évoquant même parfois l’aspect du métal.

    Miroiveugle (voir Voïd et fouettard) : surnom donné aux officiers Voïd de l’armée tharse par les étrangers, notamment dans le Calsynn.

    Mousserand (ou tisserand des mousses) : habitant du village de Rizom dans la vallée des Mousses. Les techniques des artisans de ce village, pour confectionner des objets décoratifs ou pratiques avec des végétaux, sont tellement particulières et uniques que le terme s’est étendu à toute cette communauté.

    Muca : boisson chaude très populaire, ressemblant au café, tirée des graines de samuca torréfiées.

    Myrme (du grec ancien « myrmêx », fourmi) : insecte hyménoptère terrestre vivant en colonies, selon un système de castes. Il existe un grand nombre d’espèces de myrmes et autant de modes de vie différents. Fait partie des quatre espèces d’insectes sociaux alliées aux Sœurs Ophrys.

    (Myrme)

     

    N

    Navil : fruit à pépins de couleur jaune citron, plutôt rond mais relativement informe et tout bosselé. La consistance de la chair gélatineuse peut faire penser au kaki et son goût ressemble à celui du coing.

    Navilier : arbre fruitier des zones tempérées à froide, aux feuilles caduques très foncées de forme ovale, produisant des fruits comestibles appelés navils qui se récoltent au début de la saison froide. Ses fleurs rouges et parfumées sont appréciées par les Thars pour leur esthétique, pendant le bref été boréal.

    Nemosia : nation centrale de la ceinture tropicale, située entre la Valoki et le Calsynn, dont la capitale se nomme Akoumbé. Essentiellement constitué de forêts et de plateaux vertigineux, c’est un grand territoire au relief marqué de nombreuses falaises. On y trouve les chutes d’eau les plus impressionnantes de toute la planète, en particulier le long du fleuve Nemos. C’est le plus grand cours d’eau de tout l’hémisphère, il parcourt des milliers de kilomètres.

    Neuralvidre : poison mortel synthétique fabriqué par des laboratoires clandestins du Tharseim, interdit par toutes les nations de la planète. Parfois appelé « drogue du tueur pervers », le neuralvidre provoque un état d’engourdissement proche de la paralysie. Inodore et incolore, il peut être mélangé à une boisson ou de la nourriture en toute discrétion. Le sujet atteint finit par mourir dans d’horribles convulsions.

    Nurishaï (contraction de nutrition et Shaïli) : Sœur de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les myrmes et la production de champignons, de miellat et de viande. Comme les insectes avec lesquels elles travaillent, elles sont omnivores et leurs activités sont très variées. Les Nurishaï sont les sœurs Ophrys les plus polyvalentes, elles portent des robes bleu turquoise.

    Nyam : plante aux feuilles oblongues et luisantes, largement répandue sous les climats tropicaux humides, produisant des tubercules violacés servant d’aliment de base.

     

    O

    Okal : la plus petite des deux lunes de la planète Entom Boötis. Rouge sombre dans la journée et écarlate la nuit, parfois violacée, cette lune est souvent considérée comme maléfique par les superstitieux. Il ne lui faut que 18 jours pour parcourir son orbite autour de la planète. Les éclipses avec Tau et Enil sont fréquentes.

    Okato : grande île nemosiane située sur l’océan Armaz, à l’ouest du continent unique.

    Ombrouge : citadelle calsy située au pied d’une faille dans la Muraille de Rouglace, gardant la frontière entre le Calsynn et le Tharseim. Elle barre le seul passage entre les montagnes à des centaines de kilomètres à la ronde. C’est la ville la plus proche de la Glacière et les Thars y sont implantés depuis plusieurs décennies, au point de contrôler toute la partie nord de la ville, y compris l’aéroport qu’ils ont eux-mêmes construit.

    Ordonnateur : plus haute autorité dans le Tharseim après le Grand Ordonnateur, le chef suprême. Équivalent de ministres, de secrétaires d’État et de conseillers gouvernementaux, ils sont plusieurs dizaines et chacun dirige une branche spécifique de la société nordique. Leurs tenues noires sont ornées de nombreux triangles monochromes en fonction de leur caste. Une bande violette est également présente sur leur col pour les différencier des autres hauts fonctionnaires.

    Ophrys : ordre spirituel féminin fondé sur la magie psychique appelée le Seid, ainsi que l’harmonie naturelle et la coopération entre les êtres vivants. Le nom est directement issu du grec « ophrys » (qui signifie sommet, hauteur, ou sourcil) et qui représentait un genre d’orchidées sur Terre. Le monastère principal de l’ordre se situe près de Leda, la capitale valokine.

    Orchis : ancienne faction mystérieuse de l’ordre Ophrys, dissoute environ deux siècles avant l’époque de Naëlis et Elorine.

    Ordoshaï (« ordo » en latin signifie « ordre ») : Shaïli de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les vespères. Chevauchant ces grands prédateurs maîtres des airs, elles sont chargées de la sécurité des Valokins. Leurs robes sont bleu nuit, elles portent également des armures de chitine lorsqu’elles sont en service. Seules moniales de l’ordre qui portent des armes, elles ne s’en servent qu’en cas d’absolue nécessité.

    (Okal)

     

     

    P

    Pango : céréale répandue dans toute la Ceinture Tropicale, y compris dans la zone aride du Calsynn en raison de ses faibles besoins en eau. Les épis coniques sont dorés, produisant une farine largement utilisée dans la cuisine bien que les Valokins lui préfèrent le manil. Fermentées, ses graines servent également à fabriquer la bière de pango, un alcool gazeux très populaire.

    Parx (chaîne de) : massif volcanique situé aux confins du territoire peuplé par les humains, au sud, constituant une frontière naturelle entre la Valoki et le Kunvel équatorial. Les plus hauts sommets de la planète s’y trouvent, notamment le piton d’Okal.

    Phasil : ordre d’insectes herbivores et nocturnes des régions tropicales. Se protègent des prédateurs grâce à un camouflage imitant selon les espèces l’écorce, les branches ou les feuilles des arbres, parfois la mousse ou le lichen. Il en existe de nombreuses espèces aux couleurs et aux formes très variées.

    Piton d’Okal : volcan bouclier dominant la chaîne de Parx, inactif depuis plusieurs millénaires (alt. 9324 mètres). Constamment couvert de neige et auréolé de nuages, c’est le plus haut sommet de la planète.

    Plisme : insecte cavernicole endémique de la vallée des Mousses. Paisibles mangeurs de moisissures et de champignons, les plismes à carapace grise sont élevés par les Mousserands qui raffolent de leur chair ferme et parfumée, évoquant celle de la langouste.

     

    Q

    Quelidal : arbre-montagne des régions tropicales possédant la particularité de changer d’apparence selon son âge. Les juvéniles possèdent un tronc brun très noueux, couvert de boursouflures, de creux et de bosses. Ses feuilles sont vert foncé. Après cinq cents ans de croissance environ, il commence à changer et ne produira des fruits qu’une fois passé le premier millénaire. À l’état adulte le tronc est devenu vert foncé, les feuilles triangulaires d’un vert pâle presque jaune.

    Quelis : fruits du quelidal de couleur orange, en forme de poires, très appréciés pour leur goût sucré et acidulé pouvant évoquer celui de l’ananas.

    Quinoa : ville notable au nord de la Nemosia, frontalière avec le Calsynn. À l’origine entourée d’une forêt primaire qui fut rasée par l’exploitation intensive du bois. Des plantations d’arbres bien alignés occupent la majeure partie du paysage au sud de la cité, tandis qu’au nord s’étend une gigantesque savane.

     

    R

    Rajiforme (mot français signifiant « en forme de raie », le poisson) : insecte volant de grande taille passant le plus clair de son temps dans les étages inférieurs du Kunvel, où pousse sa nourriture favorite. Paisibles frugivores dont la chair est empoisonnée, ce sont des insectes solitaires planant sur d’immenses ailes membraneuses.

    RIV (Relais des Insectes Voyageurs) : réseau d’auberges et de dresseurs d’insectes ayant assuré les voyages aériens ou terrestres à dos d’insecte sur tout le continent unique, pendant plusieurs siècles. Depuis que les Thars ont fortement développé les moyens de transport mécaniques, le RIV n’est plus utilisé qu’en Valoki et en Nemosia. Récemment, la montée en puissance des tribus de pillards ont obligé les Calsy à renoncer également au RIV dans le Calsynn, au profit des navires volants des nordiques.

    Rizom (voir Mousserands) : grand village divisé en deux parties distinctes et unique agglomération de la vallée des Mousses. La partie troglodyte, creusée au pied des falaises qui forment les plateaux de Nemosia au nord, abrite principalement des élevages d’arthropodes cavernicoles. La seconde partie du bourg, sur le sol, est constituée de huttes couvertes de végétaux servant d’habitations aux Mousserands.

    Rosemir : plante aromatique, décorative et médicinale de la Valoki. Minuscule en comparaison de nombreux autres végétaux de la planète (elle forme des buissons d’un mètre de haut), cette plante est très appréciée des humains pour sa taille, son parfum et ses couleurs. Les feuilles en forme de doigts sont bleu turquoise, les hampes de fleurs forment des dégradés qui vont du rouge au bleu, en passant par le rose et le violet. Le parfum peut faire penser à la lavande.

    Rouglace (Muraille de) : immense chaîne de montagnes culminant à plus de 3000 mètres d’altitude, s’étalant d’est en ouest sur une bonne partie de l’hémisphère nord. Elle forme une frontière naturelle entre le Calsynn et le Tharseim. Truffée d’appareils de détection et d’armes automatiques par les nordiques, ses roches friables sont également très dangereuses à escalader. Le seul passage terrestre est barré par la citadelle d’Ombrouge.

    (Muraille de Rouglace)

     

    S

    Saison Ardente : saison sèche en Valoki, correspondant à l’hiver dans le reste de l’hémisphère nord. Pendant trois mois, le climat devient caniculaire, il ne pleut pas et un vent aride dégage le ciel en permanence.

    Samuca : arbre de la Ceinture Tropicale produisant des fruits ressemblant à des gros raisins jaunes de la taille de courges. Leur jus constitue un cocktail de vitamines souvent conseillé pendant les périodes de fatigue ou de convalescence. Les graines torréfiées sont utilisées comme élément de base d’une boisson chaude appelée muca très appréciée, souvent accommodée d’épices et de miel.

    Scolendre : grand myriapode carnivore des régions tropicales et arides. Redoutable prédateur venimeux mesurant jusqu’à vingt mètres, il s’attaque pratiquement à tous les insectes et ne rechigne pas à dévorer des humains s’il en a l’occasion.

    Seid : énergie psychique que les premières Sœurs Ophrys ont découverte sur cette planète, 79 ans après leur arrivée. On suppose que cette force étrange a contribué au gigantisme des espèces et au développement de l’intelligence des insectes sociaux les plus évolués.

    Shaïli : jeune moniale âgée de 19 à 30 ans, considérée officiellement comme membre titulaire de l’ordre Ophrys. Toutes les Shaïli portent une robe bleue et une pierre d’Ambremiel.

    Solioque siffleur : insecte orthoptère qui « chante »  en propulsant de l’air dans des tubes de différentes tailles sur son dos, produisant des trilles complexes très agréables pour l’oreille humaine.

    Sparg (du nom latin de l’asperge, « asparagus officinalis ») : arbuste grisâtre couvert de piquants, poussant dans le Calsynn, dont seules les toutes jeunes pousses qui commencent à sortir de terre sont comestibles pour les humains.

     

    T

    Tau Boötis : système solaire binaire situé dans la constellation du Bouvier, dont la composante principale est une étoile de type F blanc-jaune, sensiblement plus blanche et lumineuse que le Soleil de la Terre, accompagnée d’une naine rouge lointaine de classe M beaucoup moins massive. Le système Tau Boötis abrite douze planètes mais une seule est habitable (Entom Boötis). Tau est également le nom du soleil sur cette planète.

    Terim : insecte isoptère vivant en colonies dans des constructions colossales de terre. Les terims sont aveugles et se nourrissent principalement de végétaux, eux-mêmes prédigérés par des champignons qu’ils cultivent dans des chambres souterraines. Espèce d’insectes sociaux alliée aux Sœurs Ophrys.

    Tersidjan : grande ville nemosiane située en altitude dans la région des hauts-plateaux. Elle s’est considérablement agrandie depuis la chute de Meriv, une grande partie des Merivois s’y étant installés.

    Teylia : plante aromatique et médicinale poussant exclusivement dans les clairières ensoleillées de Valoki, souvent sur les zones rocheuses. Ses petites fleurs roses très odorantes servent d’aromates, ainsi que les feuilles.

    Thars(e) : habitant(e) du Tharseim. Leur pays a été fondé par la Corporation Nordique dont la doctrine est basée sur les sciences, le commerce, le matérialisme et la domination de l’Homme sur la nature. D’abord humaniste et paritaire, leur civilisation a progressivement sombré dans la décadence, le patriarcat et le cynisme.

    Tharseim : région tempérée à froide couvrant toute la partie boréale de l’hémisphère habitable, depuis la Muraille de Rouglace jusqu’au cercle polaire. Après six siècles de développement, c’est un territoire en grande partie ravagé par l’industrialisation massive et la pollution qui l’accompagne.

    Toïsan : cité maritime située sur les côtes orientales de la Valoki, dans la province du Jailong au bord de l’océan Armaz.

    Tourko : village valokin de la province de Leda dont la spécialité est l’élevage de vers à soie. Ces derniers se nourrissent exclusivement de feuilles de samuca, arbres abondants dans ce secteur.

    Triule : grand myriapode au long corps sinueux possédant trois angles, chacun garni d’une rangée de pattes, leur permettant d’avoir toujours au moins deux rangées de membres accrochées au sol ou au plafond. Des piques venimeuses couvrent également leur corps de mille-pattes. Dans la vallée des Mousses, les habitants de Rizom les élèvent et se servent traditionnellement du poison contenu dans leurs piques, pour enduire les flèches de leurs arbalètes ou de leurs sarbacanes.

    (Drapeau du Tharseim)

     

    U

    Urcalium : minerai apparenté au titane, utilisé massivement par les Thars pour la fabrication d’outils, d’armes et d’armures, ainsi que pour la coque de leurs véhicules. Jadis abondant sur l’ensemble de la planète, on n’en trouve plus aux latitudes élevées de l’hémisphère nord. L’urcalium fait partie des ressources du Sud que les nordiques convoitent fortement.

     

    V

    Vallée des Mousses : située au nord de la Valoki, cette vallée forme une immense cuvette humide au pied des falaises qui marquent la frontière avec la Nemosia. C’est une zone marécageuse abritant de nombreuses espèces de mousses, fougères et champignons, ainsi qu’une faune particulière aux milieux humides. La seule agglomération humaine de la Vallée des Mousses est le village de Rizom, ses habitants sont appelés les Mousserands.

    Valoki : vaste nation située au sud de la Ceinture Tropicale, constituant le territoire le plus proche de l’équateur habité par des humains. Séparée du Kunvel par la mer Serpentine et la chaîne de Parx. C’est une société matriarcale fondée sur la coopération et l’harmonie avec la nature. La Valoki est dirigée par les Veneris Matria de l’ordre Ophrys.

    Valokin(e) : habitant(e) de la Valoki. La plupart des Valokins sont assez petits et minces, bruns, avec une couleur de peau allant du jaune au noir en passant par toutes les nuances intermédiaires.

    Veneris Matria : mères supérieures et dirigeantes de l’ordre Ophrys (la « tête » de l’ordre). Elles sont les plus âgées et les plus vénérables des Matria, portant les mêmes robes blanches mais ornées d’un liseré arc-en-ciel.

    Vespères : insectes sociaux volants et dangereux prédateurs. À l’origine des espèces différentes étaient présentes un peu partout, jusqu’aux régions les plus froides pendant la belle saison. Il n’en existe plus aucune dans le Tharseim. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Vinorge : arbuste géant au feuillage vert strié de nervures orangées, produisant des fruits succulents en forme de croissants. Fermentés, ces fruits servent à la fabrication d’une boisson alcoolisée portant le même nom, produite et consommée par l’ensemble de la population humaine sur Entom. Différentes variétés de vinorge existent en fonction des terroirs, les fruits sont mauves ou violets dans les régions tropicales, bleutés dans les zones tempérées.

    Vogueciel : nom donné à un type d’aéronefs fabriqué par les Thars, disposant de voiles solaires et dont la forme extérieure évoque un galion volant. Les sustentateurs électromagnétiques et les moteurs perpétuels dont sont équipés ces appareils les classent parmi les moyens de transport modernes les moins polluants à l’usage. Mais leur fabrication requiert des matériaux rares et s’avère extrêmement coûteuse.

    Voïd : officier exécuteur de la nouvelle armée d’élite du Tharseim. Drapés de rouge écarlate, ils portent en permanence un masque de métal poli qui cache leur visage et reflète ce qu’ils regardent comme un miroir.  Montrant un comportement particulièrement brutal et inhumain, ils sont redoutés y compris par les Thars.

    (Vallée des Mousses)

     

    W

    Wudest : cité du Tharseim spécialisée dans l’agriculture et l’élevage, gouvernant la région la plus au sud du pays qui est considérée comme le « grenier » de ce pays.

     

    Z

    Zibril : arbre-montagne endémique de la Nemosia, qu’on ne trouve que dans une gigantesque forêt composée uniquement de ces arbres. On pense qu’il ne s’agirait que d’une seule et immense souche qui couvrirait des centaines de kilomètres carrés. Le Zibril est le symbole de la Nemosia, représenté sur le drapeau du pays.

    Zoë-kheria : ensemble des techniques d’utilisation du Seid visant à comprendre, apaiser et soigner les êtres vivants (contraction de « Zoë meta kheria » signifiant « la vie avec les mains », dérivé du grec). Seules les Sœurs de l’ordre Ophrys sont initiées à ces techniques, en particulier les Melishaï.

    Zolkin : monnaie tharse, communément appelée Zolk. Prend la forme de pièces métalliques à sept côtés ou de billets métalliques, si fins qu’ils peuvent être confondus avec du papier.

     

    (Zoë-kheria)