• Interview audio


    Salutations !
    Voici une interview réalisée pour Radio Tout Terrain, une radio de la vallée de la Roya où j’habite.
    Elle n’a pas encore été diffusée bien qu’elle soit faite depuis quelques mois déjà. J’ai envie de la partager ici, avec l’autorisation de la personne qui l’a réalisée bien sûr.


    L’enregistrement a été fait par Aveline Carmoi dans la Librairie du Caïros à Saorge. Merci aux libraires Olivier et Véronique pour leur accueil chaleureux, ainsi qu’à Aveline qui nous a proposé de faire cette interview ensemble.
    Dans la première partie, Olivier nous parle de sa librairie qui est aussi un salon de thé et un lieu d’échange d’idées.
    Puis dans la seconde partie (à partir de 8 min), nous abordons Entom Boötis, son univers et ses romans :



    Je profite de ce court article pour vous donner des nouvelles du troisième tome de ma trilogie qui avance.

    J’en suis pour le moment à la première phase, l’élaboration du scénario, c’est la partie la plus fastidieuse pour moi.
    Même si je sais quelle direction générale va prendre le récit, il faut trouver des idées sur la forme que ce prochain tome va prendre, élaborer tous les détails, les interactions entre les personnages et leur évolution, les lieux qu’ils vont visiter, les rebondissements…

    Certains auteurs travaillent différemment mais en ce qui me concerne, j’ai besoin d’un plan pour structurer le roman et éviter de partir dans trop de directions. Cela m’aide aussi à vérifier la cohérence et l’enchaînement de l’histoire du début à la fin. Cette préparation me permet d’avancer beaucoup plus vite sur l’écriture proprement dite, une fois lancée, que si je dois réfléchir à la suite des évènements entre chaque chapitre au moment où je les écris.
    Nombre d’idées sont remises en question au fur et à mesure que le scénario se construit, parfois aussi au moment de l’écriture du roman lui-même. Et je peaufinerai ensuite le texte, encore et encore, jusqu’à atteindre le sentiment de ne pas pouvoir faire mieux.
    Le but étant de proposer à mes lecteurs et lectrices le meilleur livre que je puisse fournir avec mes compétences actuelles.

    Cela prend donc pas mal de temps, mais j’espère que le résultat sera à la hauteur de ma persévérance et de votre patience.
    Aujourd’hui, environ les trois quarts du scénario sont écrits. Je pense commencer à concrétiser ce troisième tome durant cet automne et si tout se passe bien, le publier courant 2022.

    Voilà. Il ne se passe pas grand-chose sur le blog depuis un moment mais ça avance en coulisse. Je travaille activement à la création de la dernière partie de cette trilogie.


    Ça m’a fait plaisir de participer à cette interview, j’espère qu’elle vous plaît.
    En attendant de prochaines nouvelles, je vous souhaite une belle fin d’été et une bonne rentrée pour celles et ceux que ça concerne.


    À la prochaine !


  • L’Éveil ou la Mort



    J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie du deuxième tome de ma trilogie !
    L’Éveil ou la Mort :

    (en cliquant sur la couverture vous pouvez aller directement sur la page de vente)

    J’avais annoncé que je pensais le publier avant la fin de l’année 2020. Eh bien c’est un peu juste, mais j’ai respecté la deadline que je m’étais imposé et j’en suis très content.
    Pourquoi ce délai ?
    Cela fait quand même trois ans que j’avais sorti le premier tome… Je tenais à ne pas faire attendre davantage les personnes qui ont envie de lire la suite. Et puis c’est motivant de se donner une limite de temps à respecter.

    Depuis la publication de ce premier tome, il y a quand même eu la sortie du Journal illégal de Bakir Meyo, des suppléments pour le jeu Chiaroscuro et certains tracas de la vie
    Je pensais avoir l’occasion d’écrire d’autres articles sur le blog depuis cet été, mais le temps a filé. J’ai donc choisi de consacrer toute mon énergie créative à ce roman.


    ◊♦◊


    Il faut dire aussi que cette année 2020 a été particulière pour tout le monde, n’est-ce pas ?

    Malgré ce qu’on pourrait en penser, les confinements n’ont pas forcément été propices à l’écriture pour ma part.
    Pendant le premier j’étais loin de chez moi, de mon ordinateur et de mes fichiers de travail. Puis ce deuxième confinement n’en était pas vraiment un, en ce qui me concerne, puisque travaillant dans un collège je suis allé bosser comme d’habitude. Avec des protocoles sanitaires supplémentaires qui se sont ajoutés aux taches ordinaires en alourdissant les journées.


    Un autre évènement a bouleversé mon quotidien, et celui de toutes les autres personnes qui vivent dans l’une des trois vallées de montagne des Alpes Maritimes qui ont été dévastées par une tempête le 2 octobre 2020.
    C’était un choc.
    Les premiers jours nous n’avions plus d’eau ni d’électricité. J’ai participé à des actions de solidarité les premiers temps, période pendant laquelle nous n’avions pas de route non plus pour nous déplacer. Coupés du monde, littéralement.
    Mon village est sans doute le moins touché dans cette vallée, alors nous pouvons nous estimer chanceux malgré tout. Comme je travaille à 10 km de mon lieu de vie et que le collège était réquisitionné pour accueillir des dizaines de secouristes et de militaires, ce « temps libre » a été consacré à porter des vivres et de l’eau, dégager une route et aider à transporter du bois charrié en abondance par la crue…
    Puis au fil des semaines, la vie a repris un cours à peu près normal. Mais il va falloir des années de travaux pour que la vallée retrouve tous ses accès, certains lieux resteront longtemps défigurés.

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    Bref vous l’aurez bien compris, ce n’est pas toujours évident de trouver le temps et l’énergie d’écrire quand on n’en vit pas, qu’on a d’autres activités et qu’il faut aussi faire face à des difficultés matérielles voire une catastrophe.

    Mais bon, voilà c’est fait, un pas de plus vers l’aboutissement de cette trilogie. L’Éveil ou la Mort est sensiblement différent du premier opus tout en s’inscrivant dans sa continuité. Les personnages et les situations évoluent.
    J’espère que ce deuxième tome vous plaira.

    N’hésitez pas à donner votre avis sur ce blog ou sur le site de vente. Si vous voulez m’aider à le faire connaître, le moyen le plus efficace est d’en parler autour de vous et de laisser un commentaire sur Amazon. Ou juste une évaluation sans forcément commenter, en choisissant simplement le nombre d’étoiles que vous accordez au livre.

    Comme pour chacun de mes romans, si vous souhaitez vous le procurer sans passer par Amazon, vous n’avez qu’à me contacter.

    À très bientôt j’espère.





  • Le Relais des Insectes Voyageurs


    Le RIV ou Relais des Insectes Voyageurs fut créé pendant le règne de Shaïli Angama, période souvent considérée comme l’âge d’or de l’Ordre Ophrys.
    Cela faisait une vingtaine d’années que la Valoki était un pays à part entière, ses frontières s’étendaient alors jusqu’au Calsynn. À cette époque, l’immense nation tropicale englobait aussi les territoires qui réclameraient bien plus tard leur indépendance sous le nom de Nemosia.

    Les Sœurs Ophrys tenaient à ce que leur société se détache au maximum de la technologie industrielle. Mais sans les engins volants fabriqués dans les usines des Thars, certaines distances à parcourir pouvaient rendre les voyages extrêmement longs.
    L’usage des ballons dirigeables se généralisa rapidement pour effectuer de longs trajets. Cependant, ils s’avéraient assez lents et il n’était pas toujours pratique de devoir se limiter aux horaires ou aux destinations des transports en commun.

     

    Seules les moniales étaient capables d’utiliser le Seid pour chevaucher des insectes sociaux. Mais les aporims et les vespères, indispensables à leurs colonies, ne pouvaient effectuer de très longs parcours. Même les Sœurs avaient besoin de trouver d’autres moyens de voyager.
    L’idée du Relais des Insectes Voyageurs fut développée par une famille d’éleveurs valokins de la province du Jailong. Cette famille fut pionnière dans le dressage de montures ailées, les premiers élevages s’étant jusqu’alors limités aux usages agricoles.

    Les escarabes avaient été les premiers insectes géants domestiqués, d’abord pour leur chair et leurs œufs. Leur docilité permettait également de les utiliser pour les labours et comme animaux de bât. Mais s’ils se montraient très endurants et capables de transporter de lourdes charges, leur lenteur ne favorisait pas les voyages au long cours.
    Les autres animaux d’élevage tels que les copoces, triules, plismes… ne pouvaient servir de montures pour des raisons morphologiques ou comportementales.

    Après des tentatives infructueuses sur diverses espèces, les dresseurs de montures commencèrent à obtenir des résultats intéressants avec des locustrelles et des locristes.


    Ces deux familles proches d’insectes herbivores possèdent des ailes et des pattes arrière très longues et musclées, leur permettant d’effectuer de grands sauts.
    Les locustrelles se servent de leurs ailes pour prolonger leurs bonds en planant dans les airs, tandis que les locristes sont réellement capables de voler. Il en existe des dizaines d’espèces réparties sur tout l’hémisphère nord.
    Leur usage se généralisa rapidement, même jusqu’au Tharseim pendant la belle saison. Durant quelques années, ce furent les seuls types de montures ailées utilisées par le RIV. Puis l’on parvint même à dresser les membres d’une autre grande famille d’insectes, carnivores ceux-là : les odolules.

     

    ◊♦◊

     

    Au fil du temps, les odolules devinrent les montures volantes privilégiées du Relais des Insectes Voyageurs.
    En dépit de leur rôle naturel de prédateurs, elles n’attaquent jamais les humains. Elles volent bien plus rapidement que les locristes et vivent aussi plus longtemps à leur stade d’imago (l’âge adulte).
    En revanche, leur élevage représente de plus grandes difficultés en raison de leur premiers stades de développement.
    En tant que larves, les odolules sont d’abord des animaux aquatiques.
    Les élevages doivent donc se situer près de rivières, d’étangs ou de lacs. Il faut patienter de longs mois pour qu’elles atteignent leur dernier stade de développement. Et là seulement peut commencer leur dressage en tant que montures aériennes. Il reste avantageux pour les éleveurs de suivre leur évolution dès la sortie de l’œuf, afin qu’elles soient déjà habituées à la présence humaine au moment de leur premier envol.


    La plupart des points d’accueil du RIV sont des fermes-auberges basées sur le même fonctionnement.
    D’une part, un élevage où sont dressées et soignées les montures. De grands enclos en dôme sont utilisés pour parquer les animaux disponibles, en général entourés de bâtiments abritant sellerie, infirmerie et réserves de nourriture, sur le modèle du caravansérail terrestre.
    D’autre part, une auberge pour accueillir les voyageurs qui louent les insectes. Elle propose le gîte et le couvert pour des tarifs très variables selon les endroits, pouvant aller du simple au double.
    Les infrastructures et la main d’œuvre nécessaires au bon fonctionnement de ces établissements imposent une gestion en équipe, bien souvent familiale.

     

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    Toutes les montures du RIV sont louées à la journée. Elles sont dressées pour rentrer toutes seules dans leur élevage d’origine, dès qu’elles sont relâchées après une bonne nuit de repos. Il est donc primordial pour les voyageurs de savoir se diriger vers leur prochaine halte du jour qui est toujours définie à l’avance. Tous les relais successifs sont distants maximum d’une journée à vol d’odolule.
    Il est formellement interdit de déroger à ces règles.
    Des pauses régulières sont effectuées, en moyenne toutes les deux heures. En général, les propriétaires fournissent des rations de nourriture séchée qu’ils accrochent à la selle de la monture pour qu’elle reprenne des forces lors de ces pauses.

    Les odolules portent une muselière en vol pour leur éviter de se mettre en chasse d’autres insectes.
    Elles ont très peu de prédateurs et sont éduquées à voler en altitude lors de leur voyage retour. Les accidents sont rarissimes. Si par malheur l’animal ne rentre pas ou qu’il est blessé en arrivant dans sa ferme, le locataire de la monture risque de devoir rembourser le dresseur à la hauteur du préjudice subi. Peut s’y ajouter une peine de prison en cas de maltraitance avérée, selon le pays.

    Pendant plusieurs siècles, le Relais de Insectes Voyageurs resta le moyen de transport individuel privilégié sur l’ensemble des Ceintures Tropicale et Désertique.
    C’est seulement dans le Tharseim que les insectes volants ne purent jamais prendre autant d’importance que les véhicules technologiques. D’une part en raison de la longue saison hivernale pendant laquelle les arthropodes hibernent ou meurent… mais aussi en conséquence des décisions économiques et politiques des dirigeants qui se sont succédé à la tête de la grande nation nordique.


    Dans le Calsynn, l’avènement de certains clans de pillards a compliqué les choses quelques années avant que débutent les aventures de Naëlis Dirmel et Elorine Sequoia racontées dans les romans. Les voyageurs isolés et les caravanes peuvent être ciblés par des attaques de ces pillards dont certains pratiquent l’esclavage.
    La traversée du Calsynn n’a jamais été facile en raison des dangers représentés par les animaux carnivores, l’aridité du désert et la fréquence des tempêtes de sable. Elle est récemment devenue encore plus périlleuse. Le Relais des Insectes Voyageurs a fini par disparaître complètement de la Ceinture Désertique.

    Après que la Nemosia ait pris son indépendance vis-à-vis de la Valoki, les relations sont tout de même restées cordiales entre les deux nations. Les insectes du RIV et leurs passagers ont longtemps pu circuler librement dans toute la Ceinture Tropicale.
    Mais depuis quelques décennies, les Nemosians se sont nettement rapprochés des Thars. Ils ont favorisé la production industrielle dans tous les secteurs de leur économie. Les aérodocks se sont développés dans la plupart des agglomérations, au détriment du RIV dont les établissements tendent à se reconvertir.


    Même la paisible Vallée des Mousses, dont les habitants ont vécu sans technologie moderne pendant si longtemps, ne compte plus qu’un seul relais dans le village de Rizom. De moins en moins fréquenté par des voyageurs à dos d’insecte, il risque là aussi d’être remplacé un jour par une piste d’atterrissage pour les vaisseaux modernes.

     

    ◊♦◊

     

    En ce début de 7ème siècle, il n’y a plus qu’en Valoki que le Relais des Insectes Voyageurs n’est pas menacé de disparition, à plus ou moins long terme. Il y est toujours autant utilisé depuis l’époque de sa création.
    Du moins, c’est ainsi que se présente la situation au début des romans… Beaucoup de choses sont amenées à changer au fil de la trilogie en cours.

    C’est un monde en changement.
    Aussi, toutes les situations présentées sur ce blog sont antérieures au début du premier livre. C’est l’occasion de rappeler que les lecteurs et lectrices peuvent parcourir l’ensemble des textes mis en ligne ici, sans y trouver de révélations sur les intrigues des romans.

    D’ailleurs le deuxième tome de la trilogie avance bien, je pense toujours le publier avant la fin de cette année.
    Et d’ici là, il y aura sûrement d’autres articles à lire sur le blog…

    Je vous souhaite un très bel été.




  • Les peuples du désert


    Je ne sais pas si quelqu’un lira ce modeste carnet de voyage un jour…
    Dans cette éventualité, peut-être souhaiterez vous savoir que je m’appelle Fileas Meyo.
    Je suis né dans le Tharseim où je suis resté jusqu’à mes 27 ans. À vrai dire, fils d’immigrés, je ne m’y suis jamais senti chez moi. Après une série de mésaventures, tant professionnelles que personnelles, j’ai décidé de tenter une autre vie ailleurs… et retrouver mes racines. Celles de mes parents.

    Je me suis d’abord mis à suivre les traces de mon père, Bakir Meyo, dans le Calsynn où il est né. J’ai suivi le même chemin qu’il avait parcouru il y a de nombreuses années alors qu’il n’avait que 15 ans… mais dans l’autre sens. Et voilà qu’à l’instar de mon père, je me mets à écrire moi aussi. Dans nos rares échanges par lettres depuis que je suis parti (certaines caravanes acheminent heureusement du courrier), ma mère m’a d’ailleurs confié qu’elle trouve que nos styles se ressemblent un peu.

    Comme lui, je suis passé par Ombrouge où j’ai traversé la frontière, avant de trouver une caravane pour longer le désert par la voie terrestre et m’amener au bord de l’océan Armaz.

    Entre le désert et la mer


    Deux semaines de marche furent nécessaires pour arriver sur le territoire du clan Meyo.
    Dépaysement total pour moi, et je dois dire assez brutal. Même si je m’étais préparé à ce que j’allais trouver dans le Calsynn, l’imaginer et le vivre sont des choses bien différentes.
    Le changement de climat était déjà déconcertant. L’aridité, la poussière, la chaleur… Et puis les moyens rudimentaires auxquels sont habitués les Calsy pour subsister, comme pour affronter les insectes prédateurs encore si nombreux dans ces contrées désertiques.
    Ces gens sont tout aussi déroutants que leur pays quand on arrive du Nord.
    Je ne me suis pas senti très à mon aise auprès des caravaniers qui effectuaient la navette régulière depuis la citadelle frontalière. Mais ils m’ont quand même mené à bon port.

    Je me souviendrai toujours de mon arrivée dans le village où mon père passa son enfance.
    Les dunes de sable plongent alors subitement dans l’étendue d’eau bleue qui semble s’étendre jusqu’à l’infini. Comme deux mers qui se rencontrent.

    Parmi les autres peuples du Calsynn, les Meyo sont souvent considérés avec une crainte superstitieuse. Comme les gardiens d’un autre monde.
    Les autres habitants du désert ont peur de l’océan qui leur est inconnu.

    entre mer et désert


    Le clan Meyo forme de modestes tribus de pêcheurs. Leur réputation est bonne auprès des autres Calsy, mon patronyme m’a valu un certain respect la plupart des fois où je l’ai mentionné dans le reste du pays.
    Pacifiques et honnêtes gens aux dures journées de labeur, ils font partie des plus civilisés. Ceux que l’on peut considérer comme des « producteurs ».
    Leur accueil fut d’abord des plus chaleureux. Ils m’ont considéré comme un membre de la famille.

    Chaque clan du Calsynn est constitué de plusieurs tribus, certaines regroupées dans un secteur alors que d’autres sont dispersées dans tout le pays. Une partie des clans sont sédentaires, d’autres semi-nomades ou entièrement nomades.
    Le village où est né mon père est bâti dans une crique à l’abri des vents dominants qui balaient les côtes de l’océan. Ce qui ne l’empêche pas d’être frappé par de violentes tempêtes, de temps à autre.

    Ils vivent dans une telle simplicité… je dirais même une certaine misère. Pour moi qui n’avais connu que les mégapoles nordiques, ce fut un choc.
    C’est pourtant cette authenticité que je suis venu chercher ici. Vivre avec le maximum d’autonomie dans la nature, sans être complètement dépendant de la technologie moderne.
    Mais je ne réalisais pas à quel point mon monde était éloigné de celui des peuples du Calsynn.
    Bien que pacifique, le clan de mon père n’est pas très différent des tribus de guerriers qui peuplent le désert. Ce ne sont pas des tendres.

    Chaque jour, ils affrontent l’océan sur de frêles embarcations, pêchant ou chassant en plongée sous-marine des animaux souvent plus gros qu’eux. Les crabes géants tapis entre les rochers, les poissons carnassiers protégés par d’épaisses carapaces, les méduses au venin mortel… Tellement de dangers, de risques pour trouver de quoi subsister et troquer avec les caravanes. Les accidents sont fréquents.
    Malgré la rudesse de ses mœurs, ce clan a gagné mon admiration.


    Mais j’ai dû m’en aller…


    Les premiers temps furent difficiles avant que je commence à m’adapter à leur mode de vie. Étonnamment, j’ai parfois ressenti une certaines familiarité dans certaines tâches, comme si une partie des gestes perpétués par mes ancêtres étaient restés gravés dans mes gènes. Au bout de plusieurs semaines, je commençais presque à me sentir à ma place dans cet endroit.

    Mais les choses se sont gâtées entre eux et moi, quand j’ai commencé à me lier d’amitié avec une femme mariée. Nous ne faisions que parler et passer un peu de temps ensemble dans une bonne entente, mais le reste de la famille et surtout son mari ne voyaient pas notre proximité d’un bon œil. Je n’avais pourtant aucune intention de faire évoluer cette relation vers autre chose.
    J’ai commencé à sentir des animosités. L’ambiance devint franchement pesante quand elle m’avoua des sentiments amoureux de son côté, en évoquant un duel à mort entre son époux et moi pour la « conquérir ».
    Si la mentalité des Calsy est rude pour tous, c’est surtout envers les femmes qu’elle est la plus injuste. Même elles y sont habituées et trouvent cela normal… Un simple regard peut avoir de lourdes conséquences dans certains clans. Pour elle et les autres membres du village, nous étions déjà trop proches.

    Je la considérais vraiment comme une amie pour ma part. Une rupture encore assez récente, dans le Nord, avait laissé mon cœur dévasté. Et je pensais alors que je ne m’en remettrais jamais complètement.
    Après avoir passé six mois à partager leurs journées et leurs nuits, je me résolut à partir avec la première caravane pour continuer mon périple vers le sud.
    Peut-être est-ce grâce à cette décision que je suis encore en vie aujourd’hui…


    Elgadir


    À l’ouest du Calsynn, elle aussi proche de l’océan, cette grande cité est considérée comme la capitale. Elle forme une mosaïque de quartiers complètement hétéroclites, représentant chacun les clans les plus importants du pays. Toutes ces couleurs et ces formes architecturales réunies témoignent de la fabuleuse diversité qu’on peut observer entre les Calsy.
    Il existe même des quartiers temporaires pour les nomades, à l’orée de la cité, qui s’érigent pendant quelques mois puis disparaissent le reste de l’année.

    Il n’y a pas d’administration à proprement parler dans le Calsynn. Chaque clan envoie un chef de tribu pour le représenter lors de grandes assemblées pluriannuelles. C’est là que sont prises les décisions importantes, que sont traités les accords majeurs, que sont forgées les alliances… là aussi que certains litiges sont réglés.

    Pas vraiment d’intérêt à y rester lorsqu’on est un étranger, si ce n’est pour faire du commerce. Je ne voulais pas dilapider le peu qui restait de mes économies… Après quelques semaines, je trouvais une nouvelle caravane pour continuer plus avant dans le désert Agriote.

    le cœur du désert, aride mer de sel

    La mer de Sel


    C’est la partie du Calsynn la plus sinistre et la moins peuplée, ce qui n’est pas peu dire dans cet immense désert. Personne n’y a élu domicile et seuls quelques groupes de nomades ou des fous solitaires la traversent. Un lieu mortel pour tous ceux qui s’y attardent.
    Mis à part le sel qui constitue une denrée semi-précieuse dans le désert, il n’y a rien à trouver d’intéressant dans cette gigantesque étendue stérile. Je n’ai fait que la longer sans m’y attarder, avec une caravane du clan Messuga, le plus important clan de marchands.
    Nous avons contourné la mer de Sel pour nous enfoncer au cœur du désert Agriote. La beauté sauvage de ces contrées, reg rocailleux ou erg de dunes, m’a souvent laissé sans voix.

    Notre convoi était protégé des insectes et arachnides prédateurs par des diffuseurs de phéromones artificielles. Mais les plus grands dangers ne viennent pas des animaux dans ce désert.

    Des clans de prédateurs humains


    Après six mois relativement paisibles auprès du clan Meyo, puis deux mois avec les nomades, d’une caravane à l’autre vers le sud… C’est en compagnie de ces marchands que j’ai vraiment affronté des pillards.
    Jusqu’alors je n’avais assisté qu’à des négociations parfois tendues, quand les Meyo ou les caravaniers payaient un tribut afin qu’on les laisse tranquilles.

    Les Razgah sont des brutes sanguinaires, des esclavagistes, et l’on m’a même raconté que certains s’adonnent parfois au cannibalisme. Ils nous ont tendu une embuscade, perfidement cachés parmi des rochers comme des scorpides du désert.
    Mais les marchands du clan Messuga avec lesquels je cheminais étaient bien armés et décidés à défendre chèrement leurs marchandises. On me confia un fusil à la hâte ; le combat fut bref et très violent. Les Razgah battirent en retraite après avoir subi des pertes qu’ils durent juger trop importantes pour s’acharner davantage.

    De notre côté, il fallut aussi enterrer (ou devrais-je dire ensabler) quelques morts et nous occuper des blessés, avant de reprendre la route vers l’est.
    Cette caravane devait faire halte dans un village permanent des Sileca, un grand clan de mineurs disséminés dans le désert et spécialisés dans les travaux de la forge.

    Mais nous découvrions un village entièrement rasé par un autre clan de pillards dont on m’a dit le plus grand mal : les Morojir. Ils seraient encore pire que les Razgah. Et pourtant, eux aussi siègent aux assemblées des clans à Elgadir.
    Tolérés par les autres peuples, comme des prédateurs régulant leurs écosystèmes. Ils aiment semer la mort, sont capables de décimer ceux qui ont l’audace de résister à leurs pillages.
    Plutôt basés dans le nord et l’est du Calsynn, j’ai eu la chance de ne jamais croiser leur chemin. Leur emblème est un soleil noir.




    Mais aussi des peuples paisibles, cultivateurs et éleveurs


    La caravane des Messuga aurait dû me laisser m’arranger avec les Sileca pour continuer mon périple dans le désert. Mais finalement, ils s’enfoncèrent davantage vers le sud pour troquer leurs marchandises avec une autre tribu.
    En échange du peu d’argent qui me restait depuis mon départ du Tharseim, je les ai accompagnés jusqu’au territoire des Buhsi. Il s’agit d’un peuple d’éleveurs spécialisés dans le dressage de montures volantes ou bondissantes.
    De là, j’allais avoir une chance de poursuivre ma traversée du Calsynn par mes propres moyens. Encore fallait-il que je trouve quelque chose à échanger contre une monture, puisqu’il ne me restait rien.
    J’avais deux bras et deux jambes, une bonne santé… cela risquait de prendre du temps mais mon labeur pouvait se monnayer.

    Les Buhsi sont incroyables de simplicité. Je ne savais pas que l’on pouvait se passer de technologie à ce point-là. Et le désert est tellement grandiose dans cette région !
    Je suis resté chez eux plus de deux mois, à travailler dur avant qu’ils acceptent de me céder une monture volante. Une odolule que j’avais dressée moi-même, d’ailleurs.
    Cela faisait déjà un an que j’avais commencé ma traversée du Calsynn. Je devenais presque un habitant du désert moi aussi.

    Puis c’est auprès des Jezmir, des cultivateurs semi-nomades au sud du Calsynn, que j’ai passé le plus de temps. Trois années assez heureuses.


    Et j’ai trouvé l’amour à nouveau


    Elle s’appelle Besna Jezmir. Mariée très jeune, son époux avait révoqué leur mariage parce qu’elle ne lui avait pas donné d’enfant. Et depuis elle était restée célibataire.
    Nous sommes rapidement tombés amoureux l’un de l’autre… Elle a un sacré caractère mais quelle rencontre !

    Les Jezmir forment un clan de tribus éparpillées sur un vaste territoire, pratiquement dans tout le Calsynn. Ils ont la particularité de faire pousser différentes cultures, réparties sur trois ou quatre lieux parfois très éloignés les uns des autres. Accompagnés d’insectes de bât, ils effectuent le même parcours chaque année.

    Dans les lieux les plus arides, ils érigent des champs de pango, une céréale qui peut pratiquement se passer d’eau. Elle entre dans la fabrication de farine ou de la fameuse bière de pango, produite au sud du Calsynn et dans le nord de la Nemosia. Ils récoltent au bout de trois mois et repartent…
    Près des cours d’eau, les années qui ne sont pas trop sèches, ils plantent des tubercules comme le nyam ou surtout le fingsa qui demande moins d’arrosages. Là encore, deux ou trois mois suffisent de la plantation à la récolte.
    Puis ils s’en vont à nouveau ailleurs.

    (Dragonnier de Socotra – crédit photo : Rod Waddington)


    Ils font également des récoltes de végétaux sauvages. Dans les garrigues et les maquis au climat plus doux, souvent proches de la mer Orange ou de l’océan Armaz. Ils ne restent que le temps de ramasser des plantes aromatiques et médicinales, en général au moment de leur floraison. C’est la base de leur pharmacopée. Certains arbres et cactus sont également utilisés pour leurs fruits, leurs feuilles, leur sève ou les sucs qu’ils contiennent.

    Je pourrais vous raconter tant de choses sur ce peuple qui m’a adopté pendant trois ans. Ce sont des gens profondément bienveillants dans l’ensemble. Ils ont un sens de l’honneur très développé. Leurs mœurs sont un peu moins rudes que chez la plupart des autres peuples du Calsynn.
    Et il existe encore tant d’autres clans que je n’ai pas eu l’occasion de connaître…

    Mais je ne me sens toujours pas « chez moi ». Toutes ces péripéties m’ont donné le goût des voyages.
    Besna et moi essayons d’avoir un enfant, sans succès pour le moment. Après en avoir longuement discuté, nous avons décidé de partir pour découvrir la Nemosia. Juste tous les deux.

    Ainsi va s’achever mon récit, pour cette fois. Nous sommes à la fin de l’année 579, cela fait plus de quatre ans que j’ai quitté le Tharseim.
    Nous nous dirigeons vers le sud encore, vers le plus grand fleuve du monde.
    Si tout se passe bien et que je garde l’envie de continuer ce récit de voyage, je vous raconterai un jour ce que je vais découvrir dans cet autre pays. Celui d’où venaient les parents de ma mère…


    Au revoir.





  • Une année sans écrire



    Salutations et bonne année 2020 !
    Déjà un an qu’il ne s’est rien passé sur ce blog. Une année entière sans écrire du tout… ou presque.


    2018 était pourtant une année productive.


    J’ai publié Le journal illégal de Bakir Meyo en juillet, j’ai réédité Les Sœurs du Miel en septembre, tout en travaillant sur la suite.
    Et puis j’ai participé au dernier supplément de Chiaroscuro qui vient d’être publié récemment (un beau projet mené à son terme, c’est une bonne chose).

    À la fin de 2018, j’avais déjà créé toute la structure de mon prochain roman et écrit les trois-quarts du premier jet.

    Mais quand l’hiver arriva, je m’étais aussi lancé dans d’autres activités qui me tiennent à cœur, d’autres projets individuels ou collectifs liés à la terre. Comme je partageais certaines de ces activités avec d’autres personnes, j’y ai consacré de plus en plus de temps et d’énergie.

    Cela fait des années que je navigue entre des passions très différentes, voire opposées, dans l’état d’esprit qu’elles demandent. J’ai souvent du mal à passer des travaux manuels à la création artistique dans la même journée.
    Alors j’avais plutôt tendance à pratiquer plus intensément l’une ou l’autre de ces passions en alternance, en fonction des saisons.


    tomates du jardin

    2019 : une année plutôt physique


    Cette année 2019, je dois reconnaître que mes activités agricoles ont pris beaucoup de place, toutes saisons confondues.

    J’ai mis en place des pratiques de permaculture dans mon jardin potager, participé à la reconstruction d’un énorme mur de pierres avec mes voisins jardiniers… et aussi à une récolte d’olives qui nous a permis de produire notre huile.
    Au printemps 2019, les mêmes personnes allaient partager une partie des jardins mise en commun. Et la plupart des cultures ont duré jusqu’à fin novembre.

    Depuis septembre, j’ai aussi retrouvé un emploi à mi-temps, ce qui n’est pas toujours évident dans la petite vallée de montagne où j’habite. Il s’avère que ce boulot est assez physique également… Au moins, je ne dépends de personne pour payer mes dépenses.


    Et les aléas de la vie…


    Depuis le mois juin, l’état de santé de mon père s’est dégradé brutalement. Il a été admis aux urgences puis dans deux autres hôpitaux pendant l’été, pour être finalement placé dans un EHPAD dans un état de santé préoccupant.
    Cela fait longtemps que nous n’avons pas une bonne relation mais ce qu’il traverse me remue.

    Voilà, juste pour vous dire qu’il arrive aussi que notre temps et notre énergie soient absorbés par des évènements importants qui font partie de notre chemin.

    il reste toujours une lumière




    L’inspiration dans tout ça ?


    J’écrivais en 2016 dans un article sur ce blog qu’il faut aller la chercher, l’inspiration. Que même si on avance d’un petit pas à la fois, avec de la volonté on nourrit notre créativité et on parvient au bout de nos projets.
    Je le pense toujours. Au fond c’est vrai, je dois reconnaître que l’envie de me plonger corps et âme dans l’écriture m’a un peu quitté pendant cette année 2019.

    Rester des mois devant son ordinateur à écrire, ce n’est pas très bon pour le corps, à vrai dire. Pour mon équilibre personnel j’ai aussi besoin de m’activer dans la nature. D’alterner entre mes différents centres d’intérêt.

    C’est difficile à accepter mais parfois, il faut laisser le temps recharger nos réserves d’énergie créative. Quand on a donné tout ce qu’on pouvait dans une ou plusieurs créations, c’est ce qui arrive au bout d’un moment. Plus longtemps on a donné sans interruption, plus on peut avoir besoin de « repos ».
    L’esprit a quand même tendance à continuer de travailler sur ce qui nous tient à cœur, même inconsciemment.

    Pendant toute cette année écoulée je me suis nourri de nouvelles informations, j’ai observé, analysé, appris plein de choses.
    J’ai pris des notes, remis en question certains passages du roman en cours, ajouté d’autres idées. L’histoire s’enrichit progressivement.


    Une nouvelle année commence…


    Et j’espère que cette année verra la parution du deuxième tome des aventures de Naëlis, Elorine et d’autres personnages dont certains attendent de vous rencontrer depuis un moment.

    C’est encore difficile de promettre un délai pour moi, mais j’ai très envie d’écrire à nouveau. Je m’y suis déjà remis récemment, quelques heures par-ci par-là.
    Tout ce tome 2 est bouclé dans ma tête et mes notes, il reste « seulement » à lui donner vie.

    Finir un premier jet d’abord. Puis tout reprendre, tout corriger, encore et encore, comme il se doit dans les règles de l’art.
    Demander l’avis de regards extérieurs, si je trouve encore des personnes disposées à m’apporter une petite aide.

    Je ne vous cache pas qu’il me reste beaucoup de travail pour arriver à mon objectif sur ce roman.


    Idéalement, j’aurais souhaité ne pas trop faire attendre les lecteurs et lectrices qui ont aimé Les Sœurs du Miel et souhaitent lire la suite.
    Je voudrais bien publier un livre par an, mais c’est compliqué parfois de tenir un tel rythme de travail sur son temps libre. En tout cas, tous les ans… peut-être quand je serai grand.

    Maintenant, je me sens prêt à me replonger dans mon univers imaginaire toujours en création, malgré ce qui se passe dans la vie de tous les jours.
    Je préfère prendre le temps d’écrire une histoire qui sera, je l’espère, à la hauteur du premier tome. Voire mieux si j’y arrive.
    Sans me précipiter pour soutenir un rythme normalisé dans le milieu littéraire, qui peut pousser à privilégier la quantité au détriment de la qualité.

    Je pense que pour atteindre un objectif qui nous permet d’être fier de notre travail pendant longtemps, on a besoin de créer avec notre cœur autant qu’avec notre tête et nos tripes. Donner le meilleur de soi, ça prend forcément du temps et encore davantage pendant certaines périodes plus difficiles.
    Mes textes sont loin de me rapporter de quoi en vivre, mais je n’ai rien perdu de cette passion.

    Je voulais surtout vous dire que même si cela me prend plus de temps que je le souhaiterais, je ne lâche pas l’affaire et j’irai au bout de cette trilogie.

    Il y a toujours quelques petites histoires qui pourraient aussi surgir sur ce blog, de temps en temps. Des pistes restent à explorer, j’ai pas mal d’idées encore en gestation pour cet univers…

    À bientôt, en souhaitant que vos projets comme les miens se réalisent.
    Prenez soin de vous.