• Les insectes sociaux

    8356759764_1881c7db86_o-flickr(crédit photo : USGS)

     

    Notre espèce a toujours porté en elle une soif de découverte et de conquête inextinguible.

    Malgré des débuts difficiles, il ne fallut que quelques décennies aux humains pour étendre leur territoire jusqu’aux tropiques. Les insectes sociaux supérieurs furent découverts 79 ans après l’arrivée du Vaisseau des Origines.

     

    À cette époque, les descendants des premiers colons étaient encore unis par une même idéologie, une même volonté de conquérir, une même nécessité face aux innombrables dangers de la nature géante de ce monde. Il n’existait pas encore de nations distinctes.

    Plusieurs cités étaient bâties dans le Tharseim, des petites communautés éparpillées dans le Calsynn voyaient le jour, la Nemosia était en train de construire sa première grande ville.

    La Valoki commençait à peine à être explorée. Ses jungles immenses recelaient une vie foisonnante d’insectes dangereux et de plantes gigantesques dont certaines se révélaient fortement vénéneuses. L’incroyable masse des arbres-montagne imposait le respect.

    Jamais des êtres humains ne s’étaient sentis aussi insignifiants face à la nature. Ils étaient effrayés.

     

    La peur peut pousser aux pires extrémités.

    Dans chaque nouveau territoire, les explorateurs utilisaient la même stratégie. On érigeait un premier camp de base fortifié, les environs étaient débarrassés de toutes les espèces représentant une menace par le biais d’armes à forte puissance de feu. Plutôt que d’agrandir ce camp, un deuxième était construit assez proche du premier. Le terrain entre les deux était méthodiquement quadrillé et sécurisé, conquis. Et ainsi de suite. Lorsque le secteur était jugé suffisamment important, on commençait à construire un village.

    Cette méthode s’avérait excessivement destructrice, mais à cette époque les humains n’avaient que la technologie pour se défendre et la production industrielle en était encore à ses balbutiements. Dès que l’on sortait des champs de force et des bâtiments blindés, le danger était partout.

    En l’espace de trois générations, certains avaient déjà perdu trop de proches, vu trop d’estropiés, assisté à trop de drames. La peur et la haine des arthropodes indigènes animait les aventuriers téméraires qui rêvaient de conquérir la planète tout entière.

     

    À cette époque, la Corporation Nordique dirigeait l’ensemble de la communauté humaine. Cet organisme exécutif comprenait les plus éminents savants.

    La science dirigeait leurs vies, elle avait permis à l’humanité de trouver un nouveau monde habitable, de s’y rendre, d’y survivre. Il leur avait semblé logique de laisser le pouvoir aux plus brillants scientifiques de leur communauté.

    La famille Angama était une des familles les plus influentes à l’Assemblée de la Corporation Nordique. Ramesh Angama avait été un grand biologiste et un explorateur célèbre du temps de sa jeunesse. Il s’était débrouillé pour que ses deux enfants, arrivés à l’âge adulte, bénéficient de sa renommée et prolongent la gloire de la famille.

     

    C’est ainsi que Palden et Shaïli Angama se retrouvèrent à la tête de la toute première expédition chargée d’explorer la Valoki.

    Palden, l’aîné de vingt-sept ans, était un jeune homme fougueux et sûr de lui, parfois arrogant. Il était bien parti pour devenir, comme son père, un grand scientifique. Shaïli, sa sœur de trois ans plus jeune, n’avait pas moins de caractère mais elle était certainement plus sensible, plus intuitive, un peu rêveuse. Ils étaient tous les deux intrépides et s’adoraient.

     

    Les explorateurs avancèrent péniblement dans un premier temps, ils subirent de lourdes pertes en découvrant les nombreuses colonies d’insectes sociaux peuplant la Valoki. Ces animaux vivant par centaines, voire par milliers, agissaient comme un tout coordonné, une entité unique. Ils représentaient une menace très préoccupante.

    Quatre espèces en particulier se différenciaient nettement des autres :

    • Les terims bâtisseurs étaient de pacifiques cultivateurs de champignons, aveugles et translucides, qui ne sortaient de leurs dédales souterrains que la nuit. Tant que l’on restait éloigné de leurs constructions monumentales, ils ne s’intéressaient pas aux humains, mais les imprudents se faisaient accueillir par des jets d’acide.

    • Les myrmes omnivores étaient également des créatures terrestres, mais bien plus agressives. Pratiquant l’élevage sur d’autres espèces et même l’esclavage sur les colonies rivales, elles se réunissaient parfois en colonnes gigantesques pour tout dévorer sur leur passage.

    • Les vespères leur causèrent encore plus de problèmes. Ces prédateurs ailés, avec leur dard venimeux, leur tête triangulaire, leur carapace tigrée orange et noire, représentaient une menace supérieure à celle de tous les autres. Elles avaient une vision très développée leur permettant de se diriger aussi bien le jour que la nuit, leur organisation dénotait une certaine intelligence. Elles savaient ruser, feinter, tendre des embuscades, utiliser des tactiques… et elles appréciaient la viande humaine.

    • Autres créatures ailées vivant en colonies, les aporims étaient de paisibles butineuses végétariennes se nourrissant du nectar et du pollen des fleurs géantes. Elles évitaient les nouveaux venus arrivés des étoiles. Nos découvreurs de nouvelles contrées ne voyaient encore que de loin ces insectes de trois mètres de long, avec leurs ailes bleues transparentes, leur corps couvert de fourrure noire offrant un joli dégradé de couleurs.

     

    C’est dans les forêts tropicales de Valoki, la région habitée la plus proche de l’équateur, qu’eut lieu pour la première fois un échange entre un insecte social et un humain…

     

    10984118396_e4431c2a73_o(illustration : Joshua Ezzell)

     

     




  • Le Vaisseau des Origines

    spaceship(crédit illustration : Cronus Caelestis)

     

    Le Vaisseau des Origines atteignit Entom Boötis pendant l’année 2634 de l’ancien calendrier terrien. De nombreuses explorations spatiales avaient été effectuées depuis des générations dans la galaxie.

    Sur certains mondes relativement proches de la Terre mais peu accueillants, on fit des tentatives de terraformation et d’ensemencement. Sans succès. Mais d’autres planètes beaucoup plus rares et lointaines semblaient habitables, certaines possédaient peut-être déjà leurs propres formes de vie.

    On suppose que la planète Terre était arrivée à un stade critique pour l’humanité, que des désastres ont poussé une partie de la population à tenter sa chance dans l’espace.

    Pendant le 24ème siècle, plusieurs groupes de vaisseaux spatiaux quittèrent la Terre pour s’éparpiller dans des directions différentes en espérant que l’un d’eux, au moins, allait trouver un monde accueillant. C’est ainsi que l’humanité essaima dans les étoiles.

     

    La flottille qui se dirigeait vers le système Tau Boötis comprenait plus de 120.000 personnes en âge de se reproduire, choisies pour la diversité de leurs connaissances et de leurs patrimoines génétiques.

    La propulsion ionique, ajoutée à la force de gravité des énormes planètes gazeuses pour provoquer des accélérations sur leur parcours, permettait alors d’atteindre une vitesse de croisière de 60.000 km/seconde.

    En alternant des périodes de cryogénisation et d’éveil, on évita que les générations se succèdent trop rapidement. Tous les colons durent à tour de rôle « dormir » artificiellement pendant des années, puis assurer le pilotage, veiller sur leurs congénères tout en produisant de la nourriture et en assurant la perpétuation de l’espèce.

     

    Leur errance dans le vide sidéral dura près de 300 ans. De nombreuses difficultés menacèrent cette folle expédition, les voyageurs faillirent ne jamais atteindre leur objectif. Problèmes techniques, sanitaires, obstacles potentiellement fatals, conflits internes dégénérant en combats fratricides pour prendre le contrôle… la flottille fut pratiquement détruite.

    Un seul vaisseau parvint au bout du voyage en pénétrant dans l’atmosphère de la planète.

    Ses habitants avaient frôlé la catastrophe juste avant d’arriver, une secte de fanatiques religieux ayant tenté de les entrainer dans un ignoble suicide collectif. À peine 16.000 personnes avaient survécu à cette interminable traversée, moins de 15 % de la population embarquée au départ vers ce système solaire. On déplora la disparition de nombreux érudits ou techniciens, et avec eux, la perte d’une partie des connaissances héritées de la Terre.

    Leur soulagement fut immense quand ils détectèrent dans certaines régions de l’eau, des formes de vie animale et une abondante végétation.

    Mais lorsque le vaisseau survola l’hémisphère sud, des avaries sévères manquèrent d’achever les survivants au terme de leur voyage. Les systèmes électriques, les réacteurs, la production d’eau, d’air et de nourriture, le contrôle des caissons d’hibernation… tout tomba en panne. L’immense vaisseau de l’espace manqua de s’écraser, puis fut repris en main de justesse en réussissant à dépasser l’équateur. Les appareils se remirent à fonctionner brièvement. Ils parvinrent à survoler l’hémisphère nord puis, ayant détecté des formes de vie de grande taille, atterrirent finalement en catastrophe dans la région froide qui semblait receler le moins de dangers.

     

    Le retour en arrière n’était pas envisageable. Les colons découvrirent avec crainte et émerveillement les créatures gigantesques qui peuplaient ce monde. Des insectes sociaux dominaient le règne animal dans une végétation démesurée.

    Il s’agissait de formes de vie assez proches de celles qu’ils connaissaient, malgré d’importantes différences, ils purent classer la plupart des êtres vivants parmi des grandes familles de végétaux et d’animaux répertoriées sur leur planète d’origine. Ces formes de vie étaient comme de lointains cousins atteints de gigantisme, mais ces espèces étaient bel et bien nouvelles, endémiques.

    Les premiers humains décidèrent de baptiser cette planète Gaîa Entomon, la « Terre des insectes » en grec ancien. Au fil du temps, on ne garda que l’abréviation Entom.

     

    D’innombrables dangers découlaient de l’échelle gigantesque de cette nature, mettant les humains en position de fragilité. La moindre épine pouvait atteindre une taille mortellement dangereuse, la chute d’une graine pouvait tuer une personne et celle d’une branche tout un village. Et il y avait bien sûr les attaques des prédateurs. Les venins, les pièges, les mandibules et les dards des carnivores géants, combinés à leur vitesse et leurs carapaces de chitine, constituaient des dangers terriblement oppressants dans la nature sauvage.

    Les colons s’implantèrent d’abord au nord de l’hémisphère habitable, où les insectes hibernaient pendant la saison froide. Équipés pour s’installer sur un nouveau monde, ils construisirent une première agglomération fortifiée. Ils érigèrent des dômes puis des champs de force impénétrables, à l’intérieur desquels ils purent vivre à l’abri des arthropodes et pratiquer l’agriculture.

    Aucune des espèces végétales terriennes embarquées ne put s’adapter. Ils découvrirent quantité de végétaux comestibles locaux qu’ils cueillaient sauvages ou apprenaient à cultiver. Des insectes furent chassés pour leur viande, certains se révélèrent suffisamment dociles pour pratiquer des formes d’élevage.

     

    Grâce à leur technologie, les humains agrandirent progressivement leur territoire. Ils avaient perdu une partie de leurs anciens savoirs mais en développèrent de nouveaux. Lentement, ils réussirent à s’adapter à ce nouveau monde, ses nouvelles maladies, ses dangers. Ils érigèrent d’autres villes et s’étendirent jusqu’aux régions tropicales du sud. Ils s’efforcèrent d’augmenter leur population pour éviter que leur espèce ne dégénère et s’éteigne.

    Des tensions commencèrent à diviser certaines cités, puis des frontières firent leur apparition, des ébauches de nations.

     

    Les siècles passèrent, on oublia le décompte du temps terrestre. Aujourd’hui, en l’année 608 du calendrier local, l’humanité prospère sur l’hémisphère nord.

    Plus grand monde ne se souvient du périple traversé par les premiers colons, des épreuves incroyables qu’ils surmontèrent pour que leur espèce survive ici. Personne ne se souvient que l’histoire terrienne devrait afficher l’année 3242, s’il existe encore quelqu’un là-bas…

    Personne ne sait ce que sont devenues les autres expéditions humaines parties explorer l’espace infini.

    La vie suit son cours.

     

    Dans le prochain article, je vais vous parler d’un évènement qui a bouleversé le parcours de ces peuples, en particulier dans les régions tropicales. La découverte de nouvelles capacités de l’esprit humain : le Seid.

     

     



     


  • Bienvenue !

     

    Salutation, voyageuse ou voyageur des univers imaginaires.

    Vous avez probablement connu bien des mondes avant d’arriver ici. Installez-vous confortablement, mettez-vous à votre aise.

    Au sujet des insectes géants (des arthropodes pour être exact) ne vous inquiétez pas trop, une majorité de ces créatures ne s’intéresse pas à nous. Pour les plus agressifs, différentes manières de se protéger ont été développées. Certains humains utilisent la technologie, d’autres la seule force de leur esprit. Et ça fonctionne. Mais pour tout dire ces deux cultures ne s’entendent guère… c’est un monde plein de contrastes.

    Bienvenue sur Entom Boötis.

    Cette planète est le berceau du roman que je suis en train d’écrire. J’ai déjà terminé un premier jet, une matière brute d’histoire. Tout ça demande encore d’être travaillé, réécrit, mon objectif étant de trouver un éditeur quand le roman sera prêt.

    Mais chaque chose en son temps. Je ne sais pas encore combien de réécritures vont être nécessaires pour lui donner le meilleur dont je suis capable. Patience. Une règle d’or dans ce métier… Patience doit être le surnom d’une déesse des écrivains.

    D’ici là, j’ai décidé de lancer ce blog pour commencer à vous faire découvrir cet univers. Ça fait un moment que je garde tout ça pour moi, j’ai envie de le partager. Pour vous, c’est l’accès à une partie de mon espace de création, un lieu pour s’évader j’espère, échanger, pour connaître l’avancée de ce projet, et pourquoi pas d’y participer.

    Ce blog va servir de complément au(x) roman(s) pour expliquer plus en détails cet univers. J’ai bien prévu une suite, mais une page se tourne à la fin de cette histoire et on pourra aussi s’arrêter là. On verra en temps voulu pour le pluriel.

    Les articles vont concerner les différents paysages de cette planète, ses peuples, ses villes, son passé, sa faune et sa flore. Parfois sous forme de descriptions, parfois sous forme de petites histoires. Certains personnages vous seront présentés à travers de courtes nouvelles. Et bien sûr, je vous tiendrai aussi au courant de l’avancée du roman.

    Aujourd’hui ma première version fait 707.659 signes espaces compris, soit 112.223 mots, ou 271 pages pleines au format A4. Au format poche on doit pouvoir compter le triple. Ça fait un petit pavé pour un premier roman, c’est une des raisons pour lesquelles je suis en train de le réécrire. J’essaye de limiter les explications, supprimer les passages inutiles et les répétitions, améliorer les scènes qui en ont besoin. Nettoyer, élaguer, aller à l’essentiel. Je sais qu’en première écriture je peux avoir tendance à m’attarder plus que nécessaire dans les détails au détriment du rythme. Tout un équilibre à trouver.

    La seconde version du roman arrive doucement au tiers de l’histoire. Quand elle sera terminée, je vais travailler le style aussi, le choix des mots, les synonymes. Alors seulement, je vais demander l’avis de regards extérieurs sur l’ensemble de l’histoire. Ensuite il y aura sans doute d’autres modifications, puis il sera temps de prospecter pour trouver une maison d’édition. Cette aventure ne fait que commencer !

    Dans le prochain article, je vais vous parler de l’arrivée des tout premiers humains, six siècles avant le début du roman. Avec le temps, vous aurez un aperçu condensé de l’histoire de l’humanité sur ce monde, sur les évènements qui ont amené le contexte que connaissent mes personnages.

    À très bientôt.