• Lexique de la planète

    (Mis à jour le 07/05/20)

     
    Voici un lexique permettant aux lecteurs et lectrices de s’y retrouver avec les termes exotiques propres aux romans.

    Cet article nettement plus long que les autres n’est pas destiné à être lu d’une seule traite, mais à accompagner et compléter la lecture des romans selon les termes rencontrés. Il est fort probable que ce lexique tende à s’enrichir de nouveaux mots, au fur et à mesure du développement de nouvelles publications liées à cet univers.

    Si certains mots figurant ici ne sont pas présents dans les histoires déjà publiées, ils feront leur apparition dans d’autres ouvrages concernant la planète Entom Boötis.
     

    A

    Akoumbé : capitale de la Nemosia, située dans la partie centrale du pays sur le parcours du fleuve Nemos.

    Ambremiel : pierres translucides de couleur ambrée, issues de la cristallisation extrême du miel des aporims. Les moniales de l’ordre Ophrys sont les seules à en porter.

    Aporim : insecte social butineur, vivant en colonies et produisant du miel avec le nectar de certaines fleurs géantes. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Arane : nom vernaculaire désignant l’ensemble des espèces d’arachnides sur Entom Boötis.

    Arbres-montagne :  végétaux les plus imposants jamais recensés sur cette planète ou une autre. Ils peuvent mesurer plusieurs centaines de mètres de haut et vivre des dizaines de milliers d’années. Leur taille gigantesque leur permet d’abriter de nombreuses colonies d’insectes et même quelques villages arboricoles.

    Arcoshaï (contraction des termes arcologie et Shaïli) :  moniale de l’ordre Ophrys spécialisée dans les constructions architecturales et les relations avec les terims, les insectes bâtisseurs. Elles portent des robes gris-bleu.

    Armaz : immense océan unique, occupant principalement la partie occidentale de l’hémisphère nord.

    (Arbre-montagne juvénile)

     

    B

    Batumen (terme issu de l’entomologie terrienne) :  un des matériaux de construction des aporims. Il s’agit de géopropolis mélangée avec de la cire secrétée par les ouvrières.

    Belirave : tubercule populaire des régions tempérées à froides, une épaisse peau rugueuse de couleur brune protège sa chair blanche.

    Buhsi : communauté semi-nomade vivant dans le Calsynn, dont le mode de vie primitif est pratiquement exempt de technologie. Vivent principalement de l’élevage et la chasse d’insectes.

    C

    Calsynn : vaste étendue aride située aux confins nordiques de la Ceinture Tropicale, frontalière avec le Tharseim au nord et la Nemosia au sud.

    Castes: elles sont au nombre de sept pour organiser le fonctionnement de la société du Tharseim. Chaque caste est représentée par une couleur. Un ou plusieurs triangles de la couleur appropriée désignent le rang et la caste de chaque personne sur les tenues noires des nordiques.

    Celtica : principale mégapole de la partie orientale du Tharseim, au bord de la mer du Silence.

    Cilide (dérivé du nom latin des moustiques terriens « culicidae ») : insecte ailé des zones humides tropicales, se nourrissant à l’origine exclusivement de l’hémolymphe d’autres espèces d’insectes. Montre une prédilection pour le sang chaud des humains depuis l’arrivée des premiers colons.

    Citrimone : plante médicinale herbacée poussant dans les régions tropicales, recouverte d’un duvet blanchâtre et dégageant un fort parfum citronné.

    Copoce : crustacé terrestre possédant quatorze pattes, capables de se replier dans leur carapace conique extrêmement résistante. Lucifuge, affectionne particulièrement les grottes.

    (Calsynn)

     

    D

    Daruba : arbre-montagne extrêmement toxique des forêts de Valoki. Lors de leur cérémonie d’admission, les Matria de l’ordre Ophrys consomment l’élixir de Daruba qui les rend irrémédiablement stériles.

    Désert Agriote (du nom d’un coléoptère terrien) :  situé au cœur du Calsynn dont il occupe la plus grande partie, ce désert chaud est le plus vaste de l’hémisphère connu.

    Dji : infusion constituée d’un mélange de plantes aromatiques originaires de Valoki, souvent agrémentée d’épices et de miel. Son usage s’est répandu à tout l’hémisphère en raison de sa saveur agréable et ses nombreuses propriétés médicinales.

    Dogou : ville portuaire nemosiane située sur les rives orientales de l’océan Armaz, devenue la principale ville maritime de la Nemosia depuis la chute de Meriv.

    Droselle : sorte de petites mouches butineuses mesurant une trentaine de centimètres d’envergure. On trouve des droselles partout mais elles ont pratiquement disparu du Tharseim. Une espèce endémique vit dans le désert Agriote où elles représentent les seuls insectes pollinisateurs. Les battements de leurs ailes sont si rapides qu’en vol elles semblent entourées de parenthèses transparentes.

    Drosine : cousins des droselles habitant les zones marécageuses, ces insectes volants se nourrissent principalement de végétaux en décomposition. Leurs larves dévorant les racines sous la terre, leur prolifération est nuisible pour les cultures.

     

    E

    Elgadir : plus grande ville du Calsynn et seule agglomération d’importance sur les côtes calsy de l’océan Armaz. Elle est considérée comme la capitale bien qu’aucune administration centrale ne gouverne ce pays.

    Eniapur : cité principale de la province de Hivao, sur les côtes occidentales valokines au bord de la mer de Nacre.  Proche du célèbre archipel des pêcheurs de coquillages, elle est considérée comme la capitale maritime de la Valoki.

    Enil: la plus grande des deux lunes de la planète Entom Boötis, de couleur blanc bleuté. Les mystiques la considèrent comme un symbole de sagesse et de pureté. Il lui faut 31 jours pour compléter sa période de révolution autour de ce monde.

    Entom Boötis : cinquième planète du système Tau Boötis, dans la constellation du Bouvier (la planète est fictive mais ce système solaire existe réellement).

    (Entom Boötis)

     

    F

    Fingsa : plante des régions tropicales à semi-désertiques, produisant des feuilles et tubercules comestibles. Très répandue dans le Calsynn (près des points d’eau) en raison de sa relative résistance à la sécheresse.

    Fouettard (voir Miroiveugle ou Voïd) : surnom péjoratif donné aux officiers exécuteurs du Tharseim par les Thars eux-mêmes.

    Frangeris : pâtisserie valokine très populaire à base de samuca, de quelis, de miel et de graines de luvaliane moulues.

     

    G

    Gantacle (franglais, contraction de gant et « tentacle ») : arme tharse réservée aux redoutables exécuteurs Voïd. Gant métallique dont les doigts peuvent s’allonger en tentacules souples pouvant atteindre trois mètres de long, disposant d’un système électronique démultipliant la force du porteur tout en lui assurant une grande précision.

    Géopropolis (terme issu de l’entomologie) : matériau de construction des aporims. Amalgame de terre et de propolis.

    Ginkgo : village de la province de Leda en Valoki, en partie arboricole, situé dans un secteur rocheux pour la région.

    Glacière : immense canyon situé à la frontière sud du Tharseim, continuellement à l’ombre. Ce secteur s’étend tout le long de la Muraille de Rouglace au pied du versant nord.

    Guerre des Menteurs : période trouble de l’histoire qui vit s’affronter l’ordre Ophrys et les services secrets du Tharseim par des moyens indirects et pernicieux, pendant 21 ans.

     

    H

    Habako : famille royale de Nemosia dont le règne a débuté avec l’indépendance du pays, deux siècles avant le premier roman.

    Hacrif : insecte volant carnivore habitant les jungles équatoriales. L’un des plus terribles prédateurs du Kunvel.

    Harfang (nom d’une espèce de hibou polaire sur la Terre) : capitale du Tharseim, gigantesque mégapole de 400 millions d’habitants s’étendant sur des milliers de kilomètres carrés, elle-même entourée d’une zone industrielle encore plus vaste. C’est la plus grande ville de la planète, 20% des Thars habitent la capitale.

    Hivao : province valokine située sur les côtes occidentales de l’océan Armaz, essentiellement maritime et constituée d’un grand archipel. Région célèbre pour ses immenses mangroves et les perles précieuses extraites de la mer de Nacre.

    (Harfang)

     

    I

    Involucre (terme issu de l’entomologie et de la botanique terriennes) : structure interne des ruches des aporims qui sert à consolider la construction et à protéger le couvain. Mélange de propolis et de cire, l’involucre est fait de grandes lames étirées, aériennes, qui relient les différentes parties de la ruche.

     

    J

    Jailong : province valokine la plus au nord du pays, longeant la frontière nemosiane. Loin d’être une région industrielle, le Jailong a cependant beaucoup plus développé son agriculture que les deux autres provinces. On y rencontre le plus grand nombre de machines en Valoki.

    Jojuba : arbuste mellifère dont l’écorce est blanche à beige, les feuilles bleutées sont ovales et dentelées. Ses fleurs violettes très parfumées sont particulièrement prisées par les insectes butineurs . Mais malheureusement pour eux, cette plante concentre la pollution atmosphérique dans sa sève et son nectar.
     

    K

    Kalem : plante herbacée de Valoki ressemblant à de la bruyère géante. Envahissante, elle pousse dans des clairières qui deviennent progressivement des champs de kalem. Les fleurs ont les couleurs du feu, nuances de jaune, orange et rouge, et forment des grappes de clochettes très appréciées des insectes butineurs.

    Khelz : monnaie valokine constituée de cristaux taillés en losange, de couleurs et de tailles différentes en fonction de leur valeur.

    Koré (« jeune fille » en grec ancien) : apprentie adolescente de l’ordre Ophrys. Les Koré sont âgées de 12 à 19 ans, elles ne sont pas encore titulaires et portent des robes vert pâle.

    Kunvel : jungles noires impénétrables situées sur l’équateur, constituant la frontière du territoire habitable pour les humains. Aucun explorateur n’en est jamais revenu.

    (Kunvel)

     

    L

    Lamentine : arbre géant dont l’écorce est brune et les feuilles très fines et dentelées, translucides, sont d’un vert très pâle. L’ensemble de la plante est toxique pour les humains. La sève de lamentine, seule partie consommable, constitue une boisson tristement célèbre pour ses propriétés euphorisantes. Elle s’avère aussi hautement addictive.

    Lao Bang : ville principale de la province du Jailong, au nord de la Valoki. Il s’agit d’une cité arboricole bâtie dans un bosquet d’arbres-montagnes. Un monastère de l’ordre Ophrys, presque aussi important que celui de Leda, se dresse à l’écart de la ville.

    Leda : province centrale et capitale éponyme de la Valoki. Entourée de cultures et construite sur une colline, la cité évoque un assemblage de coquillages selon l’architecture traditionnelle de la région, en terre maçonnée avec l’aide des terims.

    Locriste (dérivé du nom vernaculaire « locuste » désignant plusieurs espèces de criquets sur Terre) : insecte herbivore produisant des stridulations par frottements de ses élytres.

    Locustrelle: insecte herbivore cousin des locristes mais de taille plus imposante. Effectuant des bonds gigantesques, qu’elles prolongent en planant dans les airs grâce à leurs petites ailes, les locustrelles sont parfois utilisées comme montures. Contrairement aux locristes, elles ne produisent pas de « chant ». Certaines peuplades consomment la viande des deux espèces.

    Lumine : à l’origine, nom commun désignant une lanterne sphérique et transparente contenant un gaz luminescent dans l’obscurité (la luciférine des lucioles). C’est une invention technologique des Thars, largement utilisée par tous les peuples de la planète. Le terme s’est finalement généralisé à toutes sortes d’objets servant à s’éclairer, y compris par des procédés électriques.

    Luvaliane : arbre-montagne des forêts de Valoki, où il est considéré comme sacré. Son écorce est grise et rugueuse, couverte de nœuds et de crevasses. Les feuilles du luvaliane sont d’un rouge bordeaux très sombre, luisantes et de forme arrondie, presque circulaires. Ses grandes fleurs blanches en forme d’étoile dégagent un parfum très agréable. Le tronc se creuse naturellement d’immenses cavités par endroits, qui servent d’abri à de nombreux insectes, dont les aporims mellifères. On les appelle parfois les « arbres à miel ».
     

    M

    Manil : graminée céréalière poussant uniquement dans les régions tropicales humides, aux épis de couleur rougeâtre. C’est une plante nécessitant beaucoup d’eau et de chaleur, à partir de laquelle on fabrique la farine couramment utilisée dans la cuisine, la boulangerie et la pâtisserie valokines.

    Matria : mères supérieures de l’ordre Ophrys, âgées de trente ans minimum, elles portent une robe blanche en soie et au moins deux pierres d’Ambremiel. Toutes les Matria ont bu l’élixir de Daruba, elles ont renoncé à faire des enfants et consacrent leur vie entière à l’ordre Ophrys.

    Melishaï (contraction du grec ancien « méli », miel, et Shaïli) : élite prestigieuse des Shaïli de l’ordre Ophrys. Les Melishaï sont spécialisées dans la guérison par le Seid, les relations avec les aporims, la production de miel ainsi que des autres produits de la ruche. Elles portent une robe bleu pâle.

    Merdalgue : surnom donné par certains Nemosians à l’ancienne mer Orange, depuis qu’elle est envahie par la pollution et les algues nauséabondes.

    Meriv : cité portuaire établie sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos et de la mer Orange. Ancienne capitale florissante du corail, elle est aujourd’hui en grande partie désertée, en ruines, depuis que les écosystèmes de la mer Orange se sont effondrés.

    Merveillon : nom vernaculaire désignant plusieurs espèces d’insectes butineurs (ressemblant à des papillons géants), dont les grandes ailes colorées peuvent être transparentes, opaques, écailleuses ou lisses, évoquant même parfois l’aspect du métal.

    Miroiveugle (voir Voïd et fouettard) : surnom donné aux officiers Voïd de l’armée tharse par les étrangers, notamment dans le Calsynn.

    Mousserand (ou tisserand des mousses) : habitant du village de Rizom dans la vallée des Mousses. Les techniques des artisans de ce village, pour confectionner des objets décoratifs ou pratiques avec des végétaux, sont tellement particulières et uniques que le terme s’est étendu à toute cette communauté.

    Muca : boisson chaude très populaire, ressemblant au café, tirée des graines de samuca torréfiées.

    Myrme (du grec ancien « myrmêx », fourmi) : insecte hyménoptère terrestre vivant en colonies, selon un système de castes. Il existe un grand nombre d’espèces de myrmes et autant de modes de vie différents. Fait partie des quatre espèces d’insectes sociaux alliées aux Sœurs Ophrys.

    (Myrme)

     

    N

    Navil : fruit à pépins de couleur jaune citron, plutôt rond mais relativement informe et tout bosselé. La consistance de la chair gélatineuse peut faire penser au kaki et son goût ressemble à celui du coing.

    Navilier : arbre fruitier des zones tempérées à froide, aux feuilles caduques très foncées de forme ovale, produisant des fruits comestibles appelés navils qui se récoltent au début de la saison froide. Ses fleurs rouges et parfumées sont appréciées par les Thars pour leur esthétique, pendant le bref été boréal.

    Nemosia : nation centrale de la ceinture tropicale, située entre la Valoki et le Calsynn, dont la capitale se nomme Akoumbé. Essentiellement constitué de forêts et de plateaux vertigineux, c’est un grand territoire au relief marqué de nombreuses falaises. On y trouve les chutes d’eau les plus impressionnantes de toute la planète, en particulier le long du fleuve Nemos. C’est le plus grand cours d’eau de tout l’hémisphère, il parcourt des milliers de kilomètres.

    Neuralvidre : poison mortel synthétique fabriqué par des laboratoires clandestins du Tharseim, interdit par toutes les nations de la planète, le neuralvidre provoque un état d’engourdissement proche de la paralysie. Inodore et incolore, il peut être mélangé à une boisson ou de la nourriture en toute discrétion. Le sujet atteint finit par mourir dans d’horribles convulsions.

    Nurishaï (contraction de nutrition et Shaïli) : Sœur de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les myrmes et la production de nourriture (cultures de plein champ ou souterraines pour les champignons, élevages d’insectes pour le miellat et la viande). Comme les insectes avec lesquels elles travaillent, elles sont omnivores et leurs activités sont très variées. Les Nurishaï sont les sœurs Ophrys les plus polyvalentes, elles portent des robes bleu turquoise.

    Nyam : plante aux feuilles oblongues et luisantes, largement répandue sous les climats tropicaux humides, produisant des tubercules violacés servant d’aliment de base.
     

    O

    Okal : la plus petite des deux lunes de la planète Entom Boötis. Rouge sombre dans la journée et écarlate la nuit, parfois violacée, cette lune est souvent considérée comme maléfique par les superstitieux. Il ne lui faut que 18 jours pour parcourir son orbite autour de la planète. Les éclipses avec Tau et Enil sont fréquentes.

    Okato : grande île nemosiane située sur l’océan Armaz, à l’ouest du continent unique.

    Ombrouge : citadelle calsy située au pied d’une faille dans la Muraille de Rouglace, gardant la frontière entre le Calsynn et le Tharseim. Elle barre le seul passage entre les montagnes à des centaines de kilomètres à la ronde. C’est la ville la plus proche de la Glacière et les Thars y sont implantés depuis plusieurs décennies, au point de contrôler toute la partie nord de la ville, y compris l’aéroport qu’ils ont eux-mêmes construit.

    Ordonnateur : plus haute autorité dans le Tharseim après le Grand Ordonnateur, le chef suprême. Équivalent de ministres, de secrétaires d’État et de conseillers gouvernementaux, ils sont plusieurs dizaines et chacun dirige une branche spécifique de la société nordique. Leurs tenues noires sont ornées de nombreux triangles monochromes en fonction de leur caste. Une bande violette est également présente sur leur col pour les différencier des autres hauts fonctionnaires.

    Ophrys : ordre spirituel féminin fondé sur l’énergie psychique appelée le Seid, ainsi que l’harmonie naturelle et la coopération entre les êtres vivants. Le nom est directement issu du grec « ophrys » (qui signifie sommet, hauteur, ou sourcil) et qui représentait un genre d’orchidées sur Terre. Le monastère principal de l’ordre se situe près de Leda, la capitale valokine.

    Orchis : autre genre d’anciennes orchidées terrestres. Ancienne faction mystérieuse de l’ordre Ophrys, dissoute environ deux siècles avant l’époque de Naëlis et Elorine.

    Ordoshaï (« ordo » en latin signifie « ordre ») : Shaïli de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les vespères. Chevauchant ces grands prédateurs maîtres des airs, elles sont chargées de la sécurité des Valokins. Leurs robes sont bleu nuit, elles portent également des armures de chitine lorsqu’elles sont en service. Seules moniales de l’ordre qui portent des armes, elles ne s’en servent qu’en cas d’absolue nécessité.

    (Okal)

     

    P

    Pango : céréale répandue dans toute la Ceinture Tropicale, y compris dans la zone aride du Calsynn en raison de ses faibles besoins en eau. Les épis coniques sont dorés, produisant une farine largement utilisée dans la cuisine bien que les Valokins lui préfèrent le manil. Fermentées, ses graines servent également à fabriquer la bière de pango, un alcool gazeux très populaire.

    Parx (chaîne de) : massif volcanique situé aux confins du territoire peuplé par les humains, au sud, constituant une frontière naturelle entre la Valoki et le Kunvel équatorial. Les plus hauts sommets de la planète s’y trouvent, notamment le piton d’Okal.

    Phasil : ordre d’insectes herbivores et nocturnes des régions tropicales. Se protègent des prédateurs grâce à un camouflage imitant selon les espèces l’écorce, les branches ou les feuilles des arbres, parfois la mousse ou le lichen. Il en existe de nombreuses espèces aux couleurs et aux formes très variées.

    Piton d’Okal : volcan bouclier dominant la chaîne de Parx, inactif depuis plusieurs millénaires (alt. 9324 mètres). Constamment couvert de glace et auréolé de nuages, c’est le plus haut sommet de la planète.

    Plisme : insecte cavernicole endémique de la vallée des Mousses. Paisibles mangeurs de moisissures et de champignons, les plismes à carapace grise sont élevés par les Mousserands qui raffolent de leur chair ferme et parfumée, évoquant celle de la langouste.
     

    Q

    Quelidal : arbre-montagne des régions tropicales possédant la particularité de changer d’apparence selon son âge. Les juvéniles possèdent un tronc brun très noueux, couvert de boursouflures, de creux et de bosses. Ses feuilles sont vert émeraude. Après cinq cents ans de croissance environ, il commence à changer et ne produira des fruits qu’une fois passé le premier millénaire. À l’état adulte le tronc est devenu vert foncé, les feuilles triangulaires d’un vert pâle presque jaune.

    Quelis : fruits du quelidal de couleur orange, en forme de poires, très appréciés pour leur goût sucré et acidulé pouvant évoquer celui de l’ananas.

    Quinoa : ville notable au nord de la Nemosia, frontalière avec le Calsynn. À l’origine entourée d’une forêt primaire qui fut rasée par l’exploitation intensive du bois. Des plantations d’arbres bien alignés occupent la majeure partie du paysage au sud de la cité, tandis qu’au nord s’étend une gigantesque savane.
     

    R

    Rajiforme (mot français signifiant « en forme de raie », le poisson) : insecte volant de grande taille passant le plus clair de son temps dans les étages inférieurs du Kunvel, où pousse sa nourriture favorite. Paisibles frugivores dont la chair est empoisonnée, ce sont des animaux solitaires planant sur d’immenses ailes membraneuses.

    RIV (Relais des Insectes Voyageurs) : réseau d’auberges et de dresseurs d’insectes ayant assuré les voyages aériens ou terrestres à dos d’insecte sur tout le continent unique, pendant plusieurs siècles. Depuis que les Thars ont fortement développé les moyens de transport mécaniques, le RIV n’est plus utilisé qu’en Valoki et en Nemosia. Récemment, la montée en puissance des tribus de pillards ont obligé les Calsy à renoncer également au RIV dans le Calsynn, au profit des navires volants des nordiques.

    Rizom (voir Mousserands) : grand village divisé en deux parties distinctes et unique agglomération de la vallée des Mousses. La partie troglodyte, creusée au pied des falaises qui forment les plateaux de Nemosia au nord, abrite principalement des élevages d’arthropodes cavernicoles. La seconde partie du bourg, sur le sol, est constituée de huttes couvertes de végétaux servant d’habitations aux Mousserands.

    Rosemir : plante aromatique, décorative et médicinale de la Valoki. Minuscule en comparaison de nombreux autres végétaux de la planète (elle forme des buissons d’un mètre de haut), cette plante est très appréciée des humains pour sa taille, son parfum et ses couleurs. Les feuilles en forme de fuseaux sont bleu turquoise, les hampes de fleurs forment des dégradés qui vont du rouge au bleu, en passant par le rose et le violet. Le parfum peut faire penser à la lavande.

    Rouglace (Muraille de) : immense chaîne de montagnes culminant à plus de 3000 mètres d’altitude, s’étalant d’est en ouest sur une bonne partie de l’hémisphère nord. Elle forme une frontière naturelle entre le Calsynn et le Tharseim. Truffée d’appareils de détection et d’armes automatiques par les nordiques, ses roches friables sont également très dangereuses à escalader. Le seul passage terrestre est barré par la citadelle d’Ombrouge.

    (Muraille de Rouglace)

     

    S

    Saison Ardente : saison sèche en Valoki, correspondant à l’hiver dans le reste de l’hémisphère nord. Pendant trois mois, le climat devient caniculaire, il ne pleut pas et un vent aride dégage le ciel en permanence. Il est formellement interdit de faire du feu à l’extérieur pendant cette période, en Valoki.

    Samuca : arbre de la Ceinture Tropicale produisant des fruits ressemblant à des gros raisins jaunes de la taille de courges. Leur jus constitue un cocktail de vitamines souvent conseillé pendant les périodes de fatigue ou de convalescence. Les graines torréfiées sont utilisées comme élément de base d’une boisson chaude appelée muca très appréciée, souvent accommodée d’épices et de miel.

    Scolendre : grand myriapode carnivore des régions tropicales et arides. Redoutable prédateur venimeux mesurant jusqu’à vingt mètres, il s’attaque pratiquement à tous les insectes et ne rechigne pas à dévorer des humains s’il en a l’occasion.

    Seid : énergie psychique que les premières Sœurs Ophrys ont découverte sur cette planète, 79 ans après leur arrivée. On suppose que cette force étrange a contribué au gigantisme des espèces et au développement de l’intelligence des insectes sociaux les plus évolués.

    Shaïli : jeune moniale âgée de 19 à 30 ans, considérée officiellement comme membre titulaire de l’ordre Ophrys. Toutes les Shaïli portent une robe bleue et une pierre d’Ambremiel.

    Solioque siffleur : insecte orthoptère qui « chante »  en propulsant de l’air dans des tubes de différentes tailles sur son dos, produisant des trilles complexes très agréables pour l’oreille humaine.

    Sparg (du nom latin de l’asperge, « asparagus ») : arbuste grisâtre couvert de piquants, poussant dans le Calsynn, dont seules les toutes jeunes pousses qui commencent à sortir de terre sont comestibles pour les humains.
     

    T

    Tau Boötis : système solaire binaire situé dans la constellation du Bouvier, dont la composante principale est une étoile de type F blanc-jaune, sensiblement plus blanche et lumineuse que le Soleil de la Terre, accompagnée d’une naine rouge lointaine de classe M beaucoup moins massive. Le système Tau Boötis abrite douze planètes mais une seule est habitable (Entom Boötis). Tau est également le nom du soleil sur cette planète.

    Terim : insecte isoptère vivant en colonies dans des constructions colossales de terre. Les terims sont aveugles et se nourrissent principalement de végétaux, eux-mêmes prédigérés par des champignons qu’ils cultivent dans des chambres souterraines. Espèce d’insectes sociaux alliée aux Sœurs Ophrys.

    Tersidjan : grande ville nemosiane située en altitude dans la région des hauts-plateaux. Elle s’est considérablement agrandie depuis la chute de Meriv, une grande partie des Merivois s’y étant installés.

    Teylia : plante aromatique et médicinale poussant exclusivement dans les clairières ensoleillées de Valoki, souvent sur les zones rocheuses. Ses petites fleurs roses très odorantes servent d’aromates, ainsi que les feuilles.

    Thars(e) : habitant(e) du Tharseim. Leur pays a été fondé par la Corporation Nordique dont la doctrine est basée sur les sciences, le commerce, le matérialisme et la domination de l’Homme sur la nature. D’abord humaniste et paritaire, leur civilisation a progressivement sombré dans la décadence, le patriarcat et le cynisme.

    Tharseim : région tempérée à froide couvrant toute la partie boréale de l’hémisphère habitable, depuis la Muraille de Rouglace jusqu’au cercle polaire. Après six siècles de développement, c’est un territoire en grande partie ravagé par l’industrialisation massive et la pollution qui l’accompagne.

    Toïsan : cité maritime située sur les côtes orientales de la Valoki, dans la province du Jailong au bord de l’océan Armaz.

    Tourko : village valokin de la province de Leda dont la spécialité est l’élevage de vers à soie. Ces derniers se nourrissent exclusivement de feuilles de samuca, arbres abondants dans ce secteur.

    Triule : grand myriapode au long corps sinueux possédant trois angles, chacun garni d’une rangée de pattes, leur permettant d’avoir toujours au moins deux rangées de membres accrochées au sol ou au plafond des grottes. Des piques venimeuses couvrent leur corps de mille-pattes. Dans la vallée des Mousses, les habitants de Rizom les élèvent et se servent traditionnellement du poison contenu dans ces piques, pour enduire les flèches de leurs arbalètes ou de leurs sarbacanes.

    (Drapeau du Tharseim)

     

    U

    Urcalium : minerai apparenté au titane, utilisé massivement par les Thars pour la fabrication d’outils, d’armes et d’armures, ainsi que pour la coque de leurs véhicules. Jadis abondant sur l’ensemble de la planète, on n’en trouve plus aux latitudes élevées de l’hémisphère nord. L’urcalium fait partie des ressources du Sud que les nordiques convoitent fortement.
     

    V

    Vallée des Mousses : située au nord de la Valoki, cette vallée forme une immense cuvette humide au pied des falaises qui marquent la frontière avec la Nemosia. C’est une zone marécageuse abritant de nombreuses espèces de mousses, fougères et champignons, ainsi qu’une faune particulière aux milieux humides. La seule agglomération humaine de la Vallée des Mousses est le village de Rizom, ses habitants sont appelés les Mousserands.

    Valoki : vaste nation située au sud de la Ceinture Tropicale, constituant le territoire le plus proche de l’équateur habité par des humains. Séparée du Kunvel par la mer Serpentine et la chaîne de Parx. C’est une société matriarcale fondée sur la coopération et l’harmonie avec la nature. La Valoki est dirigée par les Veneris Matria de l’ordre Ophrys.

    Valokin(e) : habitant(e) de la Valoki. La plupart des Valokins sont assez petits et minces, bruns, avec une couleur de peau allant du jaune au noir en passant par toutes les nuances intermédiaires.

    Veneris Matria : mères supérieures et dirigeantes de l’ordre Ophrys (la « tête » de l’ordre). Elles sont les plus âgées et les plus vénérables des Matria, portant les mêmes robes blanches mais ornées d’un liseré arc-en-ciel.

    Vespères : insectes sociaux volants et dangereux prédateurs. À l’origine des espèces différentes étaient présentes un peu partout, jusqu’aux régions les plus froides pendant la belle saison. Il n’en existe plus aucune dans le Tharseim. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Vinorge : arbuste géant au feuillage vert strié de nervures orangées, produisant des fruits succulents en forme de croissants. Fermentés, ces fruits servent à la fabrication d’une boisson alcoolisée portant le même nom, produite et consommée par l’ensemble de la population humaine sur Entom. Différentes variétés de vinorge existent en fonction des terroirs, les fruits sont mauves ou violets dans les régions tropicales, bleutés dans les zones tempérées. Leurs nombreux pépins peuvent aussi être séchés et utilisés comme une céréale.

    Vogueciel : nom donné à un type d’aéronefs fabriqué par les Thars, disposant de voiles solaires et dont la forme extérieure évoque un galion volant. Les sustentateurs électromagnétiques et les moteurs perpétuels dont sont équipés ces appareils les classent parmi les moyens de transport modernes les moins polluants à l’usage. Mais leur fabrication requiert des matériaux rares et s’avère extrêmement coûteuse.

    Voïd : officier exécuteur de la nouvelle armée d’élite du Tharseim sous le règne de Hirdan Pascor. Drapés de rouge écarlate, ils portent en permanence un masque de métal poli qui cache leur visage et reflète ce qui se trouve devant eux comme un miroir.  Montrant un comportement particulièrement brutal et inhumain, ils sont redoutés même par les Thars.

    (Vallée des Mousses)

     

    W

    Wudest : cité du Tharseim spécialisée dans l’agriculture et l’élevage, gouvernant la région la plus au sud du pays qui est considérée comme le « grenier » de ce pays.
     

    Z

    Zibril : arbre-montagne endémique de la Nemosia, qu’on ne trouve que dans une gigantesque forêt composée uniquement de ces arbres. On pense qu’il ne s’agirait que d’une seule et immense souche qui couvrirait des centaines de kilomètres carrés. Le Zibril est le symbole de la Nemosia, représenté sur le drapeau du pays.

    Zoë-kheria : ensemble des techniques d’utilisation du Seid visant à comprendre, apaiser et soigner les êtres vivants (contraction de « Zoë meta kheria » signifiant « la vie avec les mains », dérivé du grec). Seules les Sœurs de l’ordre Ophrys sont initiées à ces techniques, en particulier les Melishaï.

    Zolkin : monnaie tharse, communément appelée Zolk. Prend la forme de pièces métalliques à sept côtés ou de billets métalliques, si fins qu’ils peuvent être confondus avec du papier.

    (Zoë-kheria)



  • Dangereuse activité clandestine

     

    « Bien le bonjour, c’est Bakir Meyo. De longs mois se sont écoulés depuis que j’avais interrompu le récit de mon histoire, j’en suis désolé. Peut-être que vous ne ressentirez pas toutes ces longueurs quand mes textes seront publiés, mais si c’est le cas je vous fais mes excuses au nom de tous les membres de notre journal illégal.

    La dernière fois, je vous avais raconté ma première rencontre avec Melina et son fiancé Ousmane, ainsi que son frère Pablo. Je commençais alors mes actions pour la Main Opaline en tant que colleur d’affiches. Une activité bien dangereuse en réalité.

    J’aurais de nombreuses péripéties à vous raconter à ce sujet, mais je voudrais surtout partager avec vous celle qui m’a le plus marqué, et vous allez bientôt le comprendre, à plus d’un titre.

     

    Je faisais le guet quand c’est arrivé.

    Pablo était en train de coller une affiche à une trentaine de mètres, alors que je restais discret à l’angle de la rue, avec mon sac à dos bourré d’affiches. Il y avait du monde sur les trottoirs de ce quartier populaire de Celtica. J’étais mal placé et Pablo a vu les deux flics en premier.

    Tout à coup je l’ai vu balancer l’affiche qu’il allait placarder, et il s’est mis à courir vers moi. Ensuite seulement, j’ai vu les deux types en uniformes noir et rouge derrière lui. Mon premier réflexe : retirer le sac de mes épaules et m’apprêter à courir également. Par solidarité j’attendis un instant que Pablo arrive à mon niveau, les deux flics sur les talons.

    Un seul des deux, en fait. Le plus svelte et sans doute le plus jeune. L’autre, obèse, avait sorti son arme et trottait comme il le pouvait derrière son collègue.

    J’hésitais un instant à sortir moi aussi le revolver qu’on m’avait confié. Mais tirer sur quelqu’un, même un flic, je n’en avais aucune envie.

    À l’instant où Pablo passait devant moi, au lieu de filer à ses côtés j’ai balancé le sac rempli d’affiches à la tête du policier qui allait rattraper mon ami. Mon sac était bien lourd et le type l’a reçu en pleine tête avec une telle force que son casque a violemment cogné contre le mur de l’autre côté. Le flic sonné s’est écroulé à mes pieds. Sans sa protection, je crois bien que je l’aurais tué net.

    L’autre hurla en pointant son arme sur nous. Mais les badauds surpris dans leurs occupations restaient figés sur le trottoir et l’empêchèrent de nous aligner correctement dans son viseur.

    Un rayon brûlant toucha quand même Pablo à l’épaule alors qu’on filait côte à côte. La peur nous donna des ailes et nous réussîmes à semer nos poursuivants.

     

     

    Notre technique habituelle pour disparaître : d’abord changer plusieurs fois de rue, sans cesser de courir et en prenant garde de ne pas revenir sur nos pas. Dans un recoin discret, une ruelle sombre et peu fréquentée, on retournait nos blousons et bonnets amovibles. Les masques anti-pollution cachaient nos visages. Pablo a étouffé un cri de douleur alors que je l’aidais à retourner ses vêtements.

    De là, en cas de problème, nous avions pris l’habitude de nous séparer pour nous fondre dans la foule. Mais cette fois, la blessure de mon ami me poussa à rester avec lui.

    Nous les avions semés. Une fois la peur et l’adrénaline un peu moins fortes, la douleur saisit Pablo. Son épaule était sévèrement brûlée. Sous la veste à présent déchirée d’un trou carbonisé, les vêtements se mêlaient à la chair brûlée de son épaule. Nous reprîmes notre progression aussi vite que possible, vers le ghetto des immigrés où nous vivions.

     

    Nous étions en l’année 539.

    Cela faisait déjà deux ans et demi que j’agissais secrètement pour la Main Opaline. Plus de deux ans à coller des affiches interdites avec Pablo ou un autre coéquipier, à croiser Melina et Ousmane une fois par semaine…

    Entre temps, j’avais fait mes preuves sur les navires de pêcheurs et mes efforts acharnés avaient fini par payer : j’étais monté en grade dans l’estime des marins nordiques. Je commençais à m’absenter pendant plusieurs semaines en haute mer, sur l’océan. Enfin !

    Je vous épargnerai les détails de cette pêche industrielle. Vous avez probablement entendu parler de ces immenses navires qui épuisent les milieux marins, saccageant des écosystèmes entiers. Ces bateaux-usines où les animaux sont directement débités, conditionnés et congelés, et qui causent de véritables génocides sur les espèces… Eh bien, je n’en suis pas fier mais j’y ai travaillé.

     

    (crédit photo : Australian Customs and Border Protection)

     

    Ces longues périodes de travail ininterrompu me permettaient de profiter de congés (mal) payés, entre deux voyages. Et pendant que j’étais à terre, je me glissais à nouveau dans la peau d’un colleur d’affiches clandestin.

    Je commençais aussi à prendre des notes, à écrire des bribes de mon passé et de mon présent. Des réflexions, des sentiments. Des brouillons, en quelque sorte, des textes que vous lisez maintenant. J’étais souvent solitaire et l’écriture me faisait du bien. Elle me permettait d’extérioriser des choses dont je n’avais pas forcément l’occasion de parler directement avec des amis.

    Parfois, simplement parce que le contexte ne s’y prêtait pas.

    Mais je réalisais aussi avec une pointe de tristesse que certains des sujets qui me tenaient à cœur n’intéressaient pas vraiment la plupart des gens. Voire pas du tout. Pire encore, lorsque j’abordais certaines facettes de la psychologie humaine, et donc nos propres travers à tous, j’avais souvent l’impression de jeter un froid.

    En espérant trouver des interlocuteurs curieux et peut-être aussi passionnés que moi par ce genre de sujet, je me retrouvais en fait bien souvent face à une forme discrète, mais bien réelle, de rejet. Je commençais alors à comprendre que malheureusement, la plupart des gens détestent qu’on gratte le vernis des apparences pour essayer de toucher le fond des choses.

    Aujourd’hui que ma vie est derrière moi, j’ai eu bien des occasions de refaire ce constat. J’en arrive à conclure que la plupart des hommes et des femmes se complaisent dans une forme d’ignorance qui leur donne l’illusion de maîtriser leur existence, alors qu’ils sont menés par le bout du nez, de la naissance à la mort.

    La vérité fait souvent mal, c’est vrai, mais le mensonge tue à petit feu.

    Certains préfèrent choisir une « réalité » qui les arrange, et c’est ainsi que l’on s’habitue à vivre dans une contradiction permanente, à la trouver normale. Ainsi que l’on s’habitue à s’entourer de mensonges, et donc aussi à se faire manipuler par ceux des autres. C’est une situation insidieuse et dangereuse. Toxique.

    Mais je m’égare encore… veuillez pardonner les digressions d’un vieillard.

     

    ◊♦◊

     

    Ces deux années qui venaient de s’écouler, je ne prendrai pas la peine de les détailler car il ne s’était rien passé de vraiment important pour moi. J’avais fait quelques rencontres, pourtant je n’arrivais pas vraiment à me lier avec des gens, à part avec Pablo et Melina. J’avais même eu des petites aventures avec deux jeunes femmes de mon âge, des étrangères comme moi bien sûr, mais ça n’avait pas fonctionné entre nous.

    Ces filles que j’avais rencontrées n’étaient pas à blâmer : je ne voulais pas l’admettre mais j’étais déjà amoureux de Melina. Et plus ou moins inconsciemment, je devais me montrer assez peu captivé par ces jeunes femmes qui ne parvenaient pas à l’occulter dans mes pensées.

    Deux ans que je la voyais donner son amour à Ousmane, ce type arrogant que je ne supportais pas. Il était plutôt beau, grand et musclé, plein d’assurance. Mais froid, prétentieux et tellement méprisant avec elle…

    D’ailleurs, ils se disputaient souvent. Comment dit-on, déjà ? « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Quelle farce.

    La vérité, c’est que trop de gens croient trouver l’amour en se retrouvant en fait dans des histoires de domination et de manipulation. Trop de gens s’investissent dans des relations en croyant trouver un être complémentaire, alors qu’ils ou elles se retrouvent face à quelqu’un qui voit leur sensibilité et leur sincérité comme des faiblesses, des failles dans lesquelles on peut s’engouffrer.

    Bref…

     

    La première fois que je les avais rencontrés, c’était dans un petit appartement abandonné que les membres de la Main Opaline avaient squatté un moment. Mais il fallut y renoncer un jour et depuis quelques mois, j’avais le « privilège » de connaître la véritable adresse de mes trois compagnons dans l’illégalité.

    Pablo était en nage et s’appuyait sur moi en titubant, à bout de forces, la douleur lui vrillant les nerfs, quand nous sommes arrivés devant le petit appartement miteux, au dix-septième étage.

    Alors qu’il me passait sa clé magnétique pour ouvrir, nous entendîmes une violente altercation à l’intérieur. Nous échangeâmes un regard angoissé en entendant Melina hurler.

     

     

    La police avait-elle trouvé leur appartement ? Ou bien s’agissait-il d’un autre problème, avec d’autres immigrés peut-être ? Vous le saurez dans le prochain numéro. Et j’ai promis à mes collègues du journal que cette fois, ils attendront bien moins longtemps pour lire la suite.

    À bientôt. »

     

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°11 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 603 du calendrier planétaire.

     



     


  • La version papier de mon roman est disponible

     

    Le papier, c’est du concret !

    Vous faites peut-être partie des lecteurs et lectrices qui préfèrent tenir un vrai livre dans leurs mains, sentir l’odeur du papier et de l’encre, tourner de véritables pages, pouvoir ressentir physiquement le poids et l’épaisseur du roman que vous lisez… c’est mon cas aussi.

    C’est donc avec une certaine joie que je vous annonce la sortie de mon roman au format papier. Un beau bébé de 427 pages avec des mensurations de 14x21cm.

     

    Je suis édité par Librinova, qui n’est pas un éditeur au sens strict du terme, mais une plateforme d’auto-édition pour auteurs indépendants. Cela signifie que les auteurs paient pour être publiés, que ce soit en version numérique ou papier. Et un nombre important de services sont proposés ; conception graphique, corrections, publicité sur les réseaux sociaux, etc… à des tarifs assez élevés selon les prestations.

    Je suis plutôt du genre à faire les choses moi-même, si c’est dans mes cordes. Je ne roule pas sur l’or non plus, alors je me débrouille pour faire les corrections et j’ai réalisé mon illustration de couverture.

    Au départ, je pensais suivre le système mis en place par Librinova de manière classique : d’abord publier seulement au format numérique (ça revient moins cher), puis si on atteint les mille exemplaires vendus en moins de 18 mois, l’entreprise propose de gérer elle-même la publication du livre imprimé. Mais finalement, suite à des échanges avec des personnes qui ont l’intention de n’acheter que la version papier, j’ai changé d’avis.

    Et malgré quelques ventes plutôt encourageantes, je crains de ne pas atteindre les mille exemplaires numériques vendus dans les temps. Déjà, la science-fiction en France, ce n’est pas ce qui marche le mieux. Et je dois reconnaître aussi que je ne suis pas un as de la promotion. Je ne suis pas très à l’aise avec les réseaux sociaux et je n’ai pas une foule de contacts, ni même une grande famille derrière moi pour soutenir mon roman.

     

    Nous vivons une époque où la promo compte énormément, parfois même au point de truquer la réalité. Quelle que soit la qualité du produit, si vous avez plein de monde derrière vous et une bonne stratégie de vente, vous pouvez faire un lancement réussi. Certains vont même jusqu’à payer pour acheter des « fans », c’est devenu une pratique courante. Ça me révolte mais bon… passons.

    Avec le temps, les lecteurs ne sont pas dupes, si le contenu n’est pas à la hauteur. Par contre sans promotion, quelle que soit la qualité du produit, vous passez inaperçu. Noyé dans la masse des publications.

    J’avais aussi envie de tenir mon roman dans les mains, au format papier. Alors vaille que vaille, j’ai commandé une maquette pour l’impression auprès de Librinova, pour que mon roman soit disponible en librairie. Tout s’est bien passé, jusqu’à ce que je reçoive des exemplaires « auteur » où la couverture n’était pas fidèle à la maquette, malheureusement.

    Assez décevante par rapport à l’illustration que j’ai réalisée, cette première couverture. Très sombre, des couleurs pas vraiment fidèles, des détails qui manquent :

    (l’illustration originale se trouve en bas de cet article)

     

    J’en ai fait part à Librinova, ils m’ont dit aussitôt qu’il y avait eu une erreur sur le format envoyé, et m’ont proposé de refaire la maquette de la couverture gratuitement. Les 427 pages intérieures sont parfaitement conformes à la maquette, en revanche. Et je trouve que leur équipe a fait un super travail à ce niveau. Alors ces 3 exemplaires ne sont pas totalement perdus.

    Je souhaitais vous montrer une photo avec la couverture telle qu’elle est maintenant, mais ce sera pour plus tard…

    À qui la faute ? Eh bien, les torts sont partagés je dirais. Eux comme moi, nous aurions dû vérifier le format de cette image en passant du numérique au papier. Ce sont des choses qui arrivent. Heureusement, je n’en avais commandé que trois et pas dix d’un coup.

    Si j’avais pris dès le départ le « Pack Librairie » proposé par l’entreprise, j’aurais eu droit à deux exemplaires offerts. Mais comme j’ai fait les choses progressivement, au final ça m’a coûté pratiquement le même prix, sans les avantages du pack. Mauvais calcul de ma part, d’une certaine manière. Mais après tout, ce n’est que mon premier roman publié. Je fais des erreurs. J’apprends.

    Ce qui me rassure avec cette petite mésaventure, c’est que si je n’avais pas commandé ces exemplaires, ce sont mes lecteurs qui se seraient retrouvés avec cette couverture un peu ratée. Donc vous. Là, je suis le seul à l’avoir dans ma bibliothèque en l’état. Tant mieux.

    Maintenant, il va falloir environ trois semaines pour que la nouvelle couverture soit prise en compte sur les sites Amazon et la FNAC. Vous pouvez déjà y voir mon roman disponible au format papier, mais en « rupture de stock » car en fait la mise à jour est en cours. La version papier était déjà en vente mais comme cette première couverture ne me convient pas, je n’en avais pas encore parlé ici.

     

     

    Par contre, la nouvelle version est disponible dès aujourd’hui sur le site Librinova ! Donc si vous souhaitez acheter mon roman en version papier, c’est là qu’il faut aller. Je vous déconseille de le prendre ailleurs avant le 10 janvier.

    Et pour tout vous dire, mes droits d’auteur sont plus importants si vous prenez mon livre directement chez Librinova. Comme ils sont transparents quant à leurs tarifs, je vais faire de même. J’ai fixé le prix de vente de mon roman à 17,90 €.

    Sur quatre prix différents proposés en fonction de la taille du livre imprimé, c’est le deuxième que j’ai choisi, presque le moins cher.

    En fait sur ce prix, je vais percevoir 3 euros par livre si vous l’achetez chez Librinova. L’essentiel revient à l’imprimeur et au distributeur. Si vous l’achetez chez Amazon ou la FNAC, vous paierez le même tarif, mais pour ma part je ne toucherai que 1,50 € par livre vendu. La moitié.

    Ces entreprises prennent leur commission sur chaque vente, bien sûr. Il est donc bien plus intéressant pour moi de vous orienter vers Librinova, qui sont nettement plus généreux avec les auteurs à ce niveau.

    À vous de voir. En créant un compte sur le site Librinova, vous pouvez commander le livre imprimé tout de suite. Et par la même occasion, découvrir d’autres auteurs indépendants. Si vous préférez donner une partie de votre argent à Amazon plutôt qu’aux auteurs, pour des frais de ports plus avantageux ou autre, c’est votre choix et je le respecte. Mais dans votre intérêt, il vous faut alors attendre ces 3 semaines pour être sûr(e) de le recevoir avec la bonne couverture. Celle-ci :

     

    (en cliquant sur l’image, vous irez sur la page de mon roman sur Librinova)

     

     

    Voilà pour les petites explications.

    Sinon, j’ai une autre bonne nouvelle à vous annoncer en ce jour de solstice d’hiver. Je viens d’apprendre que je fais partie des 30 finalistes du « Prix des Étoiles 2017 » !

    Pour participer à ce concours, il fallait publier un roman chez Librinova cette année, avant la fin novembre. Je ne sais pas si je ferai partie des 3 heureux gagnants au final (résultats fin janvier – début février 2018), mais ça me fait déjà plaisir que mon roman se retrouve parmi les 30 finalistes qui ont été sélectionnés, sur 426 romans.

    C’est déjà un bel encouragement pour continuer à écrire et publier !

     

     

    Je vais terminer cet article en vous demandant un petit service.

    Si vous lisez mon roman et qu’il vous plaît, je vous serai très reconnaissant de laisser un commentaire sur le site où vous l’aurez acheté, quel qu’il soit.

    Bien sûr, si vous avez des critiques négatives à formuler, je préfèrerais les connaître dans les commentaires de ce blog ou par e-mail. J’y serai attentif pour mes prochaines publications. Comme vous le sentez, mais vous savez comment les choses fonctionnent : plus mon roman aura de commentaires positifs sur les sites des librairies, plus il aura de chances d’attirer l’attention d’autres lecteurs.

    En tant qu’auteur indépendant, c’est le meilleur moyen pour moi de me faire connaître. Vous, mes lecteurs et lectrices, êtes mon meilleur soutien.

    Voilà, c’est tout. Un commentaire positif et sincère bien sûr, ce serait un super coup de main pour moi, de votre part.

     

     

    De mon côté, je suis en train d’écrire un deuxième tome pour Entom Boötis. Ce n’est encore qu’un premier jet, mais il avance.

    Je suis aussi en train de terminer l’histoire de Bakir Meyo et j’espère la publier au format numérique, d’ici le printemps prochain. Je passe d’un texte à l’autre selon mes inspirations. Comme Bakir est assez populaire auprès des visiteurs de ce blog, Marjorie, une lectrice et amie, m’a proposé cette idée de publier l’histoire terminée en tant que livre. Et je trouve cette idée intéressante.

    Il ne s’agira pas vraiment d’un roman ni d’un recueil de nouvelles, je ne sais pas encore comment qualifier ce genre de texte, à la limite entre les deux. Mais je trouverai.

    L’inconvénient, c’est que vous n’aurez pas la fin de cette histoire ici, sur le blog. Mais au format numérique elle coûtera moins de 2 euros. Ce sera un texte nettement moins volumineux que le roman déjà publié et la suite en cours d’écriture.

    Je vous tiendrai au courant de toutes les nouvelles ici, bien sûr.

     

    Merci pour votre présence et votre soutien. En attendant un prochain article, je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année.

     

    À bientôt !

     



     


  • Chiaroscuro – Umbrae

     

    C’est parti pour une nouvelle campagne de « crowdfunding » pour le supplément Umbrae !

    Il n’y a qu’une seule catégorie d’articles qui ne concerne pas spécialement Entom Boötis sur ce blog : Écriture & autres créations.

    Vous pouvez y lire certaines de mes réflexions sur l’écriture, des infos concernant mes publications, et donc aussi sur l’autre projet créatif dont je fais partie. Le jeu de rôles Chiaroscuro.

    Une nouvelle campagne de financement participatif vient de commencer pour la sortie prochaine du deuxième supplément de la gamme, sur le site Ulule. Si vous souhaitez participer ou jeter un coup d’œil, c’est par là :

     

     

    On peut contribuer à partir de 5 euros. Comme dans toute campagne de financement participatif, les contributeurs recevront des contreparties proportionnelles à la somme qu’ils/elles auront investie. Et certains « bonus » sont accessibles uniquement pour les personnes qui participent à cette campagne de financement.

    Dans Imperium (le livre de base du jeu) et Le destin des Maranteo (notre premier supplément), les axes de jeu développés étaient surtout orientés vers les intrigues politiques et les complots.

    Dans Umbrae, l’accent est mis sur le surnaturel. Différentes formes de magie y sont abordées en détails, comme l’animisme, la magie des Fuligines et de leurs ennemis les nécromanciens. Vous y trouverez également des informations et des secrets sur le duché de Vallombrosa, où pousse l’étrange vigne des amertumes. Une secte d’animistes pervertis, les Denaturae, ainsi qu’un bestiaire consacré aux créatures surnaturelles telles que les chimères, les licornes, les manticores, les morts-vivants… et d’autres encore.

    Ce bestiaire se décline d’ailleurs sous deux formes :

    – Le Bestiaire d’Aliké est un carnet de croquis et de notes sur les créatures que la jeune Aliké a rencontrées au cours de ses voyages, ou dont elle a entendu parler. C’est un petit carnet de 36 pages en noir et blanc (format A5), et les informations qui y figurent au sujet des créatures sont partielles, destinées aux joueurs.

    Ce bonus ne sera accessible que pour les personnes qui participent à cette campagne de financement, si nous atteignons le 2ème palier.

    – Dans le livre d’Umbrae (96 pages A4 en couleurs) vous trouverez les mêmes illustrations de créatures, mais cette fois terminées et en couleurs. Les informations y sont complètes, destinées au Meneur de jeu.

     

    Une de mes illustrations. Sur Chiaroscuro, le redoutable Basilic est assez différent de l’animal mythologique qu’on connaît sur Terre.

     

     

    L’équipe créative est pratiquement la même depuis Imperium :

    Aldo Pappacoda (mon frère) : auteur principal, coordination du projet et de l’équipe.

    Olivier Sanfilippo : illustrateur

    Maeva Wery : illustratrice

    Yohan Vasse : illustrateur et maquettiste

    Jahyra : illustratrice que nous avons le plaisir d’accueillir dans l’équipe cette année

    – et moi-même pour les nouvelles d’ambiance, quelques illustrations, cartes… et des idées additionnelles.

    Nous sommes toujours édités par nos copains les Vagabonds du Rêve.

     

    Pour les personnes qui découvriraient Chiaroscuro à l’occasion de cette campagne, des lots comprenant nos deux premiers ouvrages sont aussi proposés. Vous pouvez donc vous procurer toute la gamme à travers cette campagne, y compris des petits bonus qui ne seront pas accessibles en boutique.

    La sortie d’Umbrae est prévue pour fin février 2018, au Festival International des Jeux à Cannes. Mais pour cela nous avons besoin de votre contribution !

    Comme les précédentes, cette campagne commence bien puisque nous sommes déjà à 48 % du premier palier au moment où j’écris ces lignes. Et il reste plus de 30 jours.

    Merci beaucoup si vous participez à cette campagne ou/et en parlez autour de vous.

    À très bientôt.

     



     


  • Le pays de la soie

     

    Valoki, province du Jailong.

     

    Il faisait à peine jour quand Arun et sa petite sœur Erity se mirent en route avec le troupeau de chenilles à soie.

    — Vous êtes sûrs de vouloir tous les emmener ? s’était étonné leur père. Certaines sont bien mûres…

    Le cuir blanchâtre des plus grosses chenilles, atteignant quatre mètres de long, était effectivement en train de se teinter de jaune.

    — Ça fait une semaine qu’elles ne sont pas sorties à cause du mauvais temps, avait rétorqué le jeune homme. Et je me suis arrangé avec les moniales pour prendre quelques feuilles sur le samuca qui est à la sortie du village.

    Leur père les avait laissé faire en haussant les épaules. Erity n’avait rien dit avec ses mains, elle s’était contentée de sourire en aidant son grand frère.

    Maintenant qu’il était adulte, Arun était responsable du troupeau familial. Leurs parents pouvaient se consacrer aux activités complémentaires qui faisaient de cet élevage une exploitation plus rentable.

    Le frère et la sœur menèrent leurs chenilles alors que le soleil commençait à poindre derrière les collines. Le village s’éveillait doucement, tandis qu’une brise légère dispersait les dernières brumes de la nuit.

    Ils ne portaient que des longues badines de bois vert pour diriger le troupeau, mais malgré leur taille imposante, ces animaux craintifs étaient aussi lents que paisibles. Le mouvement et le son de la badine fouettant l’air suffisaient généralement à les faire changer de direction.

     

    Deux arbres marquaient la sortie du village et le début de la forêt. Géants, ces arbres s’avéraient quand même bien moins impressionnants que les arbres-montagne qui ressemblaient à de véritables collines, plus loin dans le paysage.

    Les bergers et leurs animaux passèrent d’abord près d’un arbre à l’écorce brune, sous des feuilles dentelées et translucides, d’un vert très pâle. Arun et Erity durent presser les chenilles pour éviter qu’elles ne s’attardent sous le feuillage toxique de la lamentine.

    Le frère et la sœur ne cessaient de se lancer des coups d’œil, communiquant en silence par quelques phrases en langue des signes. Arun lui demanda de devancer les animaux et l’adolescente courut aussitôt vers l’arbre suivant.

    Leurs parents avaient cru qu’elle souffrait d’une déficience mentale quand elle était enfant, mais la petite Erity était seulement sourde. Même les Sœurs Ophrys ne pouvaient rien contre les défauts de naissance avec lesquels certaines personnes, plantes ou animaux, devaient parfois vivre. La jeune fille n’en possédait pas moins de nombreuses qualités, elle s’avérait intelligente, volontaire et intuitive. La vie de bergère lui plaisait.

    Erity atteignit le samuca bien avant les chenilles. Elle escalada l’énorme tronc bleuté sur quelques mètres, puis entreprit de couper quelques-unes des grandes feuilles ovales d’un vert éclatant, avec sa machette. Les animaux excités à l’approche de leur source de nourriture s’arrêtèrent tout net, pour dévorer les premières feuilles immenses qui tombaient au pied de l’arbre.

    Arun adressa une félicitation gestuelle à sa sœur. En allant assez vite, aucune chenille n’avait besoin d’entreprendre l’escalade du tronc. Ce serait une autre paire de manches s’il fallait les en faire redescendre.

    Dix feuilles, pas une de plus, pour ne pas trop blesser le samuca. Elles étaient si grandes que les quinze chenilles avaient de quoi s’occuper.

    De cette manière, ils ne prenaient pas le risque que l’une d’elles ne commence à tisser son cocon dans les branchages… Arun avait déjà fait cette erreur, la dernière saison.

    Toute la famille avait dû se mettre à l’ouvrage pour décrocher les chrysalides suspendues dans les branches. Il avait fallu aller les chercher à une telle hauteur qu’il y eut des dégâts sur les cocons. La grande remorque avait été attelée au tracteur familial à la hâte, ils avaient pris du retard sur d’autres travaux car c’était aussi le moment de certains labours.

    Contrairement à la province de Leda, dans celle du Jailong on utilisait de nombreuses machines agricoles depuis quelques années.

     

     

    Erity avait proposé cette idée avec ses petites mains agiles : emmener les chenilles jusqu’aux feuilles, sans les laisser monter dans l’arbre. Il était toujours bon pour les animaux de faire un peu d’exercice, et cela évitait quelques allers-retours aux éleveurs pour transporter sans cesse des feuilles fraîches à la ferme. Son grand frère pouvait à présent observer l’efficacité de cette idée avec une certaine fierté. Simple, mais il fallait y penser.

    Les dix immenses feuilles recommandées par les moniales furent finalement dévorées assez vite. Affamées à la fin de leur croissance, les plus grosses chenilles qui changeaient de couleur commencèrent à s’approcher tranquillement du tronc.

    Erity descendit de l’arbre en vitesse pour prêter main forte à Arun, il fallut même donner quelques véritables coups de badine pour convaincre les plus motivées de renoncer aux feuilles de l’arbre.

    Les doigts de l’adolescente s’agitèrent pour former une phrase silencieuse et son grand frère acquiesça. Ils poussèrent la quinzaine de chenilles en direction de leur ferme. Elle avait raison, pas de temps à perdre. Il ne faisait aucun doute qu’un jour sa sœur serait à la hauteur pour assumer ce rôle. Il songea qu’elle serait même peut-être meilleure que lui.

    La matinée était bien entamée quand le petit troupeau regagna la ferme, sous la conduite de ses deux gardiens. Une autre étape attendait maintenant les animaux les plus « mûrs », comme disaient les éleveurs de chenilles à soie.

    Il y avait dans la ferme trois types de constructions très différentes.

    Deux maisons traditionnelles aux allures de coquillages servaient d’habitations, elles-mêmes agrandies de quelques annexes plus modestes, à mesure que la famille s’était développée.

    Les machines agricoles étaient rangées dans un immense hangar au toit métallique, moderne, où de grandes cuves d’eau étaient aussi en train de chauffer sur des feux.

    Encore plus imposante au centre de la ferme, une énorme structure de bois en forme de dôme leur servait d’étable. Elle était partiellement couverte de végétaux pour laisser passer un maximum d’air et de lumière, tout en protégeant les chenilles des rayons directs du soleil. D’imposants cocons blanchâtres étaient déjà accrochés sous certaines poutres.

    Dès que les animaux furent à l’intérieur, les chenilles les plus développées entreprirent de se hisser à leur tour dans la structure. Il était temps pour elles d’entamer leur métamorphose. Du fourrage de feuilles de samuca séchées fut distribué aux autres par les deux jeunes bergers, faute de mieux. Les jours de récolte, ils ne pouvaient laisser le troupeau dehors.

    Alors qu’ils prenaient quelques instants pour admirer le travail des chenilles qui tissaient chacune son cocon au-dessus de leur tête, le tracteur des parents arriva devant le dôme-enclos.

    Cette machine était sans doute la plus moderne de la ferme. Une grande fierté pour les parents à qui elle avait coûté très cher. Le tracteur venait des usines du Tharseim, comme d’autres engins, il avait d’abord été acheté par un négociant et amené en Nemosia.

    De là, les modèles autorisés par les Sœurs Ophrys pouvaient être revendus jusqu’en Valoki. Celui-ci fonctionnait avec une pile à combustible et un moteur à hydrogène, il ne rejetait que de la vapeur d’eau. Aucune pollution à l’usage.

    Bien évidemment, les modèles plus polluants s’avéraient bien moins chers, mais ils étaient interdits dans les trois provinces valokines.

    Quelques années auparavant, comme encore de nombreux éleveurs et agriculteurs dans ce pays, cette famille utilisait des escarabes ou d’autres insectes domestiques. Il n’y avait plus que dans la province de Leda, autour de la capitale, que les animaux de trait restaient plus nombreux que les machines.

    Une bonne partie des acteurs de la petite entreprise familiale fut réunie : les parents d’Arun et Erity, mais aussi une grand-mère, deux oncles et une tante. La grande remorque du tracteur fut placée sous la structure en marche arrière, puis le plateau fut élevé le plus près possible des cocons.

    Après une brève discussion pour déterminer ceux qui étaient prêts pour la récolte, on désigna les deux chanceux qu’on allait laisser éclore. Ensuite, les membres les plus agiles de la famille se hissèrent dans la structure pour décrocher délicatement, une à la fois, quatre lourdes chrysalides des poutres de bois.

    Le temps de réaliser cette opération délicate, l’heure de la pause déjeuner avait sonné. La remorque fut laissée à l’ombre avec ses cocons. La famille prit un bref repas froid sans cesser de surveiller leur précieux butin du jour. Heureusement pour eux cette fois, aucun cocon ne commença à s’ouvrir.

     

    Ce laps de temps suffit à terminer le chauffage des grandes cuves dans le hangar. Ils y transportèrent les cocons, et toujours avec autant de précautions pour ne pas les abîmer, les plongèrent dans les cuves d’eau bouillante. Tuant instantanément les insectes à l’intérieur.

    Comme les cocons flottaient, ils les firent tournoyer un moment pour les imbiber entièrement dans l’eau. Ensuite, ils entreprirent de repérer les départs des fils de soie et les dérouler soigneusement, les accrocher à une machine pour en faire des écheveaux. Les fibres des quatre cocons furent réunies en fils continus sur la grande dévideuse.

    Les malheureuses larves géantes ébouillantées furent débitées, puis emportées pour être cuisinées et conservées. Rien n’était gâché dans les élevages valokins.

    Plus tard dans la journée, les écheveaux allaient être amenés en ville dans un atelier de tisserands. Ensuite seulement, la soie brute serait transformée en ces étoffes si légères et si douces que les gens les plus modestes ne pouvaient s’offrir. Mais comme souvent, ce n’étaient pas les producteurs de matière première qui engrangeaient le plus de bénéfices.

    Quand les aînés de la famille n’eurent plus besoin d’eux, Arun et Erity s’en retournèrent auprès de leurs animaux pour s’assurer qu’ils ne manquaient de rien.

    Ils assistèrent à l’éclosion du premier merveillon attendu, puis du deuxième aussitôt après. Un mâle et une femelle qui déployèrent leurs grandes ailes blanches, et se mirent à voltiger sous la grande structure aérienne pour commencer leur étrange ballet amoureux.

    Un seul couple produisait des dizaines d’œufs qui pouvaient être vendus, mangés ou élevés. Largement de quoi assurer la génération suivante.

    Les dernières arrivées, quant à elles, achevaient à peine la construction des cocons dans lesquels elles s’enfermaient. Les prochaines chenilles allaient toutes terminer dans l’eau bouillante, sans doute. Mais là encore, il n’y aurait aucun gaspillage.

    Le stade larvaire représentait l’essentiel de leur vie, de toute façon, même à l’état sauvage. Arrivés à l’âge adultes, les bombyx du samuca ne se nourrissaient pas et vivaient quelques jours seulement, le temps de se reproduire et de mourir de faim.

    Les deux jeunes bergers les laissèrent à leurs ébats en fermant soigneusement la porte du dôme-enclos.

    Diffuseurs de phéromones à la ceinture, ils s’éloignèrent vers la forêt en quête d’un samuca plus éloigné, mais qu’ils pouvaient dépouiller de quelques feuilles supplémentaires. Les parents allaient venir les chercher avec le tracteur.

    Et ainsi s’acheva cette journée, une parmi tant d’autres pour cette petite famille d’éleveurs valokins.

    Quelques années plus tard, Arun allait renoncer à l’élevage pour se lancer dans le tissage, et augmenter ainsi leurs bénéfices en transformant lui-même les fibres de soie grège en tissu précieux.

    Erity allait devenir la chef de la ferme. Elle eut une vie heureuse, se maria et donna la vie à deux beaux enfants qui malgré la surdité de leur mère, eurent la chance de profiter de leurs cinq sens.

    Depuis cette époque d’ailleurs, cette famille perpétua la transmission de la langue des signes à ses enfants.

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    (Bombyx du mûrier. Crédit photo : Ash Bowie)

     

    De nombreuses légendes circulaient en Valoki quant à la (re)découverte de la soie. La plupart l’attribuaient aux Sœurs Ophrys ou même à leur fondatrice en personne, Shaïli Angama. Pratiquement à chaque fois, il était question d’une chrysalide qui serait tombée toute seule dans l’eau avant de terminer sa métamorphose. Et en voulant tirer sur les fibres, surprise, de longs fils soyeux se déroulaient du cocon.

    Il est tout aussi probable qu’un paysan, un chasseur ou un simple marcheur ait pu faire cette trouvaille. En tout cas, vraisemblablement les premiers colons, les survivants du Vaisseau des Origines, n’avaient pas ramené ce savoir de la Terre. Tellement de connaissances avaient été perdues…

    L’usage de la soie ne s’est répandu sur Entom Boötis qu’à une époque où l’ordre Ophrys rayonnait sur toute la Ceinture Tropicale. Quand la Nemosia faisait encore partie de la Valoki.

    Comme l’ordre Ophrys, la soie avait eu son heure de gloire. La tradition perdurait en Valoki, mais les Nemosians avaient fini par y renoncer au profit de fibres végétales, puis synthétiques. La soie véritable restait prisée dans tout l’hémisphère, même parmi les nordiques, en tant que produit de luxe.

     

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    Cruel, cet élevage ? Oui et non, il faut mettre les choses en perspective.

    Sur Entom, la grande taille des insectes permet de produire beaucoup de soie avec peu d’animaux, c’est un avantage. Ce qui permet aussi de préserver des exploitations de taille modeste, correspondant à l’éthique des Sœurs. Les robes des Matria et des Veneris Matria sont en soie.

    On peut aussi laisser l’insecte sortir tout seul de son cocon, mais alors il déchire les fibres, la soie obtenue est de moins bonne qualité. En Valoki d’ailleurs, certaines personnes récoltent les cocons des merveillons sauvages. Mais ils gagnent moins bien leur vie que les éleveurs.

    Il y a souvent des dilemmes à prendre en compte, à l’origine de certains choix. Des compromis.

    Les élevages permettent de réguler cette espèce de chenilles qui peut faire des ravages sur le samuca, leur nourriture exclusive. Cet arbre produit quant à lui des fruits jaunes très sucrés de la taille de courges. C’est avec leurs pépins torréfiés qu’on fabrique le très populaire muca, équivalent du café sur cette planète.

    La viande des bombyx du samuca est comestible à tous les stades de leur développement, aucun gaspillage n’est toléré. L’animal est respecté dans la mesure où il est bien traité toute sa vie, et sa mort ne laisse pratiquement aucun déchet.

     

    La moitié de la population valokine est végétarienne, mais il n’y a pas de tensions avec l’autre moitié. Les chasseurs et les éleveurs ont leur place en Valoki, tant qu’ils respectent certains principes.

    Les Sœurs Ophrys reflètent d’ailleurs cette tendance, chacune des quatre branches suivant une alimentation particulière. Les Ordoshaï et les Nurishaï mangent de la viande.

    Comme elles consomment toutes au moins du miel, aucune moniale n’est purement végétalienne.

    La tolérance est de mise. Elles ont compris depuis longtemps que la vie se nourrit de la vie, c’est ainsi que fonctionne la nature. Pour les Sœurs, il s’agit avant tout d’un problème de respect dans la manière de s’occuper des animaux, de leur naissance à leur mort.

    C’est pourquoi elles s’opposent fermement à ce qu’elles considèrent comme le véritable ennemi de la vie : l’industrie.

    Pour maintenir des traditions et des métiers parfois ancestraux, tout en assurant des conditions de vie saines aux animaux, aux plantes et aux personnes, elles ont choisi de maintenir les entreprises valokines à taille humaine.

    Des fermes, pas des camps de concentration. Des ateliers de transformation, pas des usines.

    Des agriculteurs et des artisans qui aiment leur métier, qui ont le temps de soigner leurs champs et leurs animaux, de fabriquer des produits de qualité tout en participant à la préservation de leur environnement naturel.

    Question de choix et de priorité, pour les sociétés comme pour les individus. Qualité ou quantité. Juste mesure et parcimonie, ou surconsommation effrénée et gaspillage.

    Être ou avoir, telle est la question… du bonheur.

    Prenez soin de vous.